Vers l’explosion sociale ?

Le regard rivé sur le seul horizon du Covid, les Français apprennent que leur délivrance se fera en trois étapes, soumises aux aléas de la pandémie. Dans deux jours, l’oracle présidentiel tombera sur leurs esprits embrumés par la peur collective et la sidération entretenue et stimulée comme à plaisir. La diction sera parfaite, et les mots soigneusement choisis, mais la France s’enfoncera un peu plus dans l’étrange brouillard d’une activité ralentie, d’une opposition muette, d’une démocratie suspendue qui “en même temps” prolonge un pouvoir de moins en moins légitime et mitonne une colère populaire d’autant plus rageuse qu’elle aura été enfermée plus longtemps. Selon un sondage exclusif établi par l’institut Ifop, 85% des Français s’attendent à une explosion sociale dans les prochains mois dans le pays, soit 13 points de plus que la dernière mesure, en janvier 2020, lorsque les gilets jaunes avaient déjà creusé l’impopularité du pouvoir. Evidemment, ce sentiment domine outrageusement aux extrêmes, avec plus de 90% des interrogés mais il reste largement majoritaire dans les partis “de gouvernement” 84 % chez les sympathisants “républicains”, 79% chez les proches du Parti Socialiste et dominant néanmoins chez les “macronistes” avec 62%. Le manque de recul et d’expérience rend les jeunes moins soucieux, avec 77% ( seulement ?) pour les 18-24 ans. Mais, ce qui est plus grave est le fossé de 13 points qui sépare les ouvriers des cadres. 92% pour les premiers, et 79% pour les seconds s’attendent à la déflagration. C’est à la fois le signe de l’effondrement de la confiance dans le gouvernement actuel qui atteint désormais la base sociologique des marcheurs de 2017, mais aussi celui d’une fracture sociale entre les plus exposés aux conséquences économiques de la crise sanitaire, et ceux qui le sont moins.

Mensonge ou erreur, M. Macron avait parlé de guerre. Non ! La guerre rassemble contre l’ennemi alors que la crise isole les individus dans un ” sauve qui peut”, un “chacun pour soi” mortifères. L’ennemi, l’autre est nécessaire pour resserrer les rangs, consolider les solidarités, affirmer les identités. Pendant les guerres, on se suicide moins, parce qu’on appartient davantage au groupe qui a besoin des efforts de tous. La crise au contraire voit augmenter les dépressions et les risques suicidaires, parce qu’elle souligne que l’on peut, que l’on doit, se passer de ceux qui sont inutiles, de ceux qui deviennent des fardeaux. Or la crise actuelle redouble l’éviction : d’abord, elle établit une distance sociale, ce terme révélateur qui indique combien la séparation physique est aussi une rupture communautaire, une suspension des lieux, des institutions, des moments qui rechargent le “vivre-ensemble” au sein de l’entreprise, de l’association, à l’occasion de la fête, de la cérémonie, de la célébration. Ensuite, elle replie les individus sur eux-mêmes, en isolant davantage encore ceux qui vivent seuls, en privant des équilibres que procurent les échanges ceux qui souffrent d’un milieu étroitement familial, exigu ou étouffant, en condamnant un peu plus à la passivité et à l’assistanat ceux  dont l’activité et le métier sont indispensables au sentiment qu’ils ont de leur dignité.

20% des Français ont des pensées suicidaires, d’après un sondage de l’Ifop et de la fondation Jean Jaurès. Depuis le reconfinement, le nombre de jeunes patients accueillis aux urgences pédiatriques pour des crises suicidaires a doublé. Il faut voir dans ce phénomène la troisième vague de la crise sanitaire qui aura donc par trois fois pris le gouvernement en flagrant délit d’impréparation, d’incompétence, et d’incohérence : d’abord face à la maladie elle-même, faute d’une stratégie efficace dotée des moyens nécessaires, ensuite avec un confinement mortel pour notre économie, et absurde en raison des inégalités imposées d’en-haut par une administration déconnectée de la réalité, enfin vient la démoralisation d’une nation réduite à une foule d’individus soumis à un Etat coercitif et inefficace dont ils ne retirent plus la moindre fierté.

Dans son palais, le président ne songe pourtant qu’à sa réélection. Puisque la guerre contre le virus a fait long feu, est-il en train de changer son fusil d’épaule, et de s’inventer une vraie guerre ? La démonstration bien peu convaincante face à la Turquie, la défense et promotion du blasphème ont suscité un vent de réprobation dans les pays musulmans les plus fanatisés. La France songerait maintenant à restreindre l’immigration en provenance de certains d’entre eux et tente de restituer aux envoyeurs quelques-uns des malvenus qu’ils nous avaient expédiés. La “sécurité globale” est à l’ordre du jour. Aussi, les manifestations de la gauche pétitionnaire contre le pouvoir tendent à jeter les électeurs qui se croient “de droite” dans les bras du macronisme. C’est là le dernier épisode de la mystification dont les Français sont l’objet depuis 2017. Le maniaque de la repentance chez lui (ou à défaut, en Algérie), le récidiviste de l’ingérence chez les autres, et aux yeux de tous, le spécialiste de l’impuissance est bien mal placé pour incarner le réveil de la fierté nationale !

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8 commentaires

  1. L’explosion sociale est la pire des choses. Les foules déchaînées ne peuvent que détruire. Les exaspérations des uns et des autres ne font pas un projet alternatif. Rien ne vaut le débat. Mais pour cela il faudrait un projet alternatif audible porté par un champion indiscutable. On le cherche encore. Philippe de Villiers? un général?

  2. En terme de prospective je considère que l’effondrement EST inévitable- “global” – collectif – Une trop grande quantité de facteurs en crise entrent en cohérence ; les courbes (toutes) se rejoignent.
    Je pense que l’épicentre se situera aux USA. Une guerre civile probablement et pour commencer.
    La réponse sera individuelle, chacun pour soi et ses proches. Il n’y aurait pas de “sursaut collectif” ; tout au plus « local ».
    Un retour aux sources du « survivalisme ».
    ON saura mais on foncera dans le chaos. La question c’est la durée du chaos et quel nouvel équilibre – homéostasie – ?
    Serons-nous encore présent en tant qu’espèce ? Mais c’est bien sur 🙂

  3. Un Satané virus envoie la France dans les Ténèbres . La France s’est majoritairement séparée de la Lumière d’en Haut : beaucoup sont athées ou avec les Forces diaboliques , opposées d’en Bas .

    Mais une lueur apparaît au bout du tunnel car certains prient .

    Et oui le vaccin arrive .Merci Très Haut .

  4. Si le virus ne tombe pas du ciel, pourquoi le vaccin le serait-il ?
    Je dirais plutôt: Merci aux chercheurs et à la puissance financière qui les anime ! C’est moins poétique et moins angélique, mais tellement plus réaliste.
    Si Dieu n’avait pas voulu que l’on se batte contre les virus, il y a déjà longtemps qu’il les aurait supprimés. Car dans ce domaine, ce n’est pas les prières qui ont dû lui manquer !

    1. R.PITON
      Chacun voit midi à sa porte.
      En matière de Foi, je préfère la “Conviction à la “Certitude” c’est moins sectaire et cela me permet une ouverture plus sereine pour pouvoir discuter et être accepté auprès des “brebis égarées”.

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