Le Pape chez les minorités catholiques d’Asie.

papeLes deux Papes qui se sont succédé de manière inhabituelle correspondent assez bien à l’opposition entre l’approfondissement et l’élargissement, les esprits critiques diraient entre l’introversion et l’extraversion. Benoît XVI n’avait pas son pareil pour dégager avec finesse les points d’appui essentiels de la foi et, dans ce but, il donnait un éclairage saisissant sur les textes. Cette précision de la pensée qui n’a jamais présenté la moindre rigueur excessive autre qu’intellectuelle n’a pas été bien comprise par l’inculture généralisée de notre époque. Elle a souvent été rejetée par l’idéologie du politiquement correct qui domine les médias. Les remous autour de son discours de Ratisbonne, qui était d’une totale justesse et dénué de toute brutalité, restent la marque déprimante du niveau actuel de la pensée mondiale. Le Pape François cherche moins à approfondir qu’à communiquer. A plusieurs reprises, des déclarations ambiguës sur l’orientation sexuelle ou l’islam ont témoigné d’une volonté d’ouverture. On peut supposer qu’il s’agit là d’une stratégie qui cherche à éviter le repli sur soi d’un catholicisme de moins en moins européen et qui se trouve donc confronté partout dans le monde à d’autres religions liées à d’autres cultures. On peut espérer qu’il y a dans son appel à l’accueil des migrants le voeu de convertir, même si l’expérience quotidienne des pays européens à forte immigration musulmane n’apporte guère de crédit à ce projet qui indispose nombre de catholiques français.

Dans cette logique tournée vers le monde, « orbi plutôt qu’urbi », le Saint-Père se rend dans deux pays asiatiques où les chrétiens et les catholiques en particulier sont très minoritaires. Au Myanmar, l’ancienne Birmanie, ils sont 6% de la population, dont 1,3% de catholiques. La visite du Souverain-Pontife est très délicate en raison de la situation politique du pays et des tensions ethniques et religieuses qui le caractérisent. Le peuple birman est bouddhiste à 88%. Les minorités religieuses sont le plus souvent liées à des ethnies minoritaires qui habitent les « Etats » qui entourent les provinces centrales, le noyau ethnique et confessionnel du pays. Les Chrétiens, pour beaucoup protestants dans cette ancienne colonie britannique, se situent plutôt au Nord dans les Etats Chin ou Kachin. Les musulmans (4%) sont à l’Ouest, en bordure du Bangladesh, ex Pakistan-Oriental. La Junte militaire qui a dirigé une dictature durant 50 ans détient toujours une grande partie du pouvoir et continue à lutter contre les guérillas indépendantistes ou rebelles de la périphérie, les Kachins, les Karen, au Nord, et les « Rohingyas » musulmans de l’Etat Rakhin à l’Ouest. La spécificité de ces derniers est qu’ils sont considérés par beaucoup de Birmans comme des étrangers venus du Bengale voisin dans le cadre de l’Empire britannique. Dans le cadre de la transition démocratique actuelle, Aung San Suu Kyi, le Premier Ministre, qui est soutenue par une large majorité du Parlement doit ménager les militaires et l’opinion majoritaire. Les accusations portées contre le Prix Nobel ont été à la fois injustes et malencontreuses. Il est probable que le Pape François pourra au contraire l’aider à oeuvrer dans le sens d’une solution pacifique. Il a, sur les conseils de l’Archevêque Charles Bo, évité de jeter de l’huile sur le feu, en parlant des « Rohingyas de l’Arakan », mots proscrits, et a mis l’accent sur le respect des minorités en général. Le fait que le Chef de l’Armée, le général Min Aung Hlaing, ait tenu à lui rendre visite en premier est un signe positif.

Il faut toutefois à nouveau s’étonner du décalage entre la réalité et sa traduction dans les médias. La discrimination et les persécutions ne sont pas choses rares, hélas, dans le monde. Mais dans cette « égalité », il y a des persécutés qui sont plus égaux que les autres selon l’heureuse expression d’Orwell. Les musulmans de Birmanie ont droit à une mobilisation médiatique très supérieure à la moyenne. Il faut donc rappeler les faits. D’abord, la vague de répression et d’expulsions récente qui a fait fuir un tiers de la population concernée, soit 600 000 personnes a fait suite à des attaques de rebelles islamistes contre une vingtaine de postes de police qui ont coûté la vie à 12 policiers. L’Armée rebelle a certes repoussé les avances d’Al-Qaïda, mais l’exemple syrien montre qu’il n’y a pas toujours adéquation entre l’adhésion réelle et sa revendication. On dénombre malheureusement trop de régions du monde où la présence de l’islam s’accompagne de violences à l’encontre d’autres croyances ou entre les obédiences islamiques. Le Yémen offre aujourd’hui un Etat de catastrophe humanitaire au moins aussi grave que le Myanmar. Il y a à cela une explication simple. La violence est inscrite au coeur de la nature humaine. Des religions tentent de l’éradiquer : c’est le cas du bouddhisme et du christianisme. Pour autant, il serait vain de prétendre qu’elles y soient parvenues, puisqu’au contraire, c’est parfois en leur nom qu’elles ont été commises. L’islam dans ses textes fondamentaux ne la rejette pas. Il souhaite la paix, mais par la soumission, et c’est tout le problème. Sa puissance de conviction tient peut-être d’ailleurs à ce qu’il est plus conforme à la « nature humaine ». Certes, il y a des « interprétations » différentes de l’islam. Les Soufis, réputés plus « humanistes » et modérés l’ont récemment payé cher dans une mosquée du Sinaï où 305 d’entre eux ont été victimes d’une attaque salafiste. Mais ce sont aussi des Soufis qui manifestent au Pakistan, le pays des « purs », pour défendre la loi sur le blasphème au nom de laquelle la chrétienne Asia Bibi croupit en prison depuis 2009 en attendant son exécution pour… avoir bu un verre d’une eau réservée aux musulmans. Il est difficile de ne pas voir que l’idée de discrimination religieuse et non raciale est inscrite dans l’islam. La situation particulière de cette foi est gommée en raison du poids que certains pays ont acquis au sein des Nations Unies. En Septembre 2015, l’Arabie Saoudite s’est trouvée à la tête du Conseil des Droits de l’Homme, qui avait remplacé en 2006 la Commission, discréditée par la présidence de la Libye du colonel Kadhafi ! Le Haut Commissariat qui est l’agence active de l’ONU sur ces questions est dirigée par un Prince jordanien. On pourrait penser que l’ensemble manque d’équilibre. C’est ce que disent bien sûr Américains et Israéliens…

Le Pape François se rendra ensuite au Bangladesh voisin, où les chrétiens ne représentent que 0,2% d’une population en proie à l’activisme religieux. On peut espérer, et prier pour que son action soit bénéfique pour les chrétiens de la région et à travers eux pour les progrès de celle-ci en humanité.

 

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