L’Europe entre éclatement et fusion : une bombe !

europe2L’Europe est parcourue par des mouvements contradictoires, comme un navire secoué par des vents contraires. Le Royaume-Uni a choisi par référendum de quitter l’Union Européenne, mais les dirigeants nationalistes écossais souhaitent qu’un nouveau référendum puisse cette fois permettre à l’Ecosse d’accéder à l’indépendance. L’argument du retour à l’Europe peut avoir un poids décisif auprès des Ecossais qui s’étaient majoritairement opposés au « Brexit ». Le Royaume d’Espagne connaît une situation comparable avec le souhait des dirigeants nationalistes catalans qui désirent eux-aussi un référendum en vue de rendre la Catalogne indépendante. Si l’Espagne n’envisage nullement de quitter l’Union Européenne, il s’agit dans les deux cas, du risque d’un éclatement d’Etats-Nations anciens. Les conflits ont été importants entre l’Angleterre et l’Ecosse, mais l’union des deux « nations » remonte au XVIIIe siècle. Le royaume de Castille et celui d’Aragon, qui englobait la Catalogne se sont unis au XVe siècle et ont formé une puissance prestigieuse qui au siècle suivant a conquis le nouveau monde et dominé l’Europe. Ces sécessions auraient une signification plus forte que la séparation de la Slovaquie et de la République tchèque, ou que l’éclatement de la Yougoslavie. Ces deux Etats avaient, en effet, été créés par les traités qui avaient suivi l’effondrement de l’Empire d’Autriche-Hongrie en 1918. La menace de divorce entre Wallons et Flamands plane toujours sur la Belgique. Mais, dans ce cas, le statut spécial de Bruxelles, région à part entière, mais divisée entre les deux communautés, et jouissant de l’image trompeuse de « capitale » européenne, est une sorte de boulon qui maintient l’unité du pays. Les conservateurs de Londres comme ceux de Madrid, minoritaires dans les régions séparatistes, se dressent avec vigueur contre l’indépendance des deux régions. Ce serait pour ces deux vieux Etats-Nations, qui ont été à un moment de leur histoire les puissances dominantes sur la planète, un recul effroyable, une rétrogradation insupportable.

Pendant ce temps, M. Macron est allé rendre visite à M. Tsipras à Athènes. Suivant sa tactique de séduction, maintenant bien connue, qui consiste à dire aux dirigeants étrangers qu’il rencontre ce qu’ils souhaitent entendre, et à éviter ceux qu’il a l’intention de critiquer, le Président français, a dit aux Grecs tout le mal qu’il pensait du FMI. Faisant assaut de démagogie, il a appelé à une plus grande confiance entre les pays européens. Manifestement, lui échappe le fait que la Grèce soit entrée en fraude dans la zone euro avec des chiffres trafiqués pour définir sa situation économique réelle ! Il est vrai que ses amis socialistes avaient à l’époque été les complices réjouis de l’admission d’un pays gouverné alors par un socialiste. Pour le coup, et contrairement à l’adage, c’est le Grec qui devrait se méfier du cadeau qui lui est fait. C’était l’emballage d’une proposition qui est la première marche du fédéralisme européen, cette fois de la disparition des nations, éclatées ou non, dans un ensemble européen encore plus contraignant, où leur souveraineté finira de disparaître. M. Macron a relancé l’idée d’une unité budgétaire de la zone Euro, fondée sur un exécutif unique, et doté d’un parlement de plus. Chacun comprend qu’à force de créer des structures politiques supplémentaires, il faudra songer à en supprimer d’autres. Si on n’imagine pas  mettre fin au Conseil de l’Europe, ni au Parlement Européen, on envisage de diminuer le nombre des parlementaires nationaux, et on se dira qu’un jour, leur champ d’action étant de plus en plus limité, il sera temps d’éteindre la lumière et de fermer les bâtiments, qui seraient de merveilleux musées. Un député « En Marche », spécialiste du tourisme, a d’ailleurs, paraît-il,  préfiguré cette évolution, en faisant payer les visites de l’Assemblée…

L’élection présidentielle française prend ici toute sa signification que les Français n’ont guère pu appréhender au milieu des péripéties qui l’ont jalonnée. Les Français étaient majoritairement opposés à la dilution de la souveraineté démocratique dans la technocratie bruxelloise. Leur vote de 2005 avait été clair. La victoire paradoxale de Macron fait aujourd’hui de la France un vecteur du fédéralisme européen, alors que jamais les divergences n’ont été aussi fortes. Certes, les Français sont favorables au maintien de l’Euro par peur du saut dans l’inconnu, mais l’homme qu’ils ont fait rentrer à l’Elysée va résoudre leur contradiction en faisant taire toutes leurs réticences vis-à-vis de l’Europe. Ses propos très durs à l’encontre des Etats qui s’opposent à l’immigration ne laissent aucun doute à ce sujet. Le Front National a eu le grand tort de mettre l’accent sur la souveraineté monétaire plutôt que sur l’identité menacée par l’immigration. Le résultat est que les Français vont perdre, et leur souveraineté, et leur identité. Le maintien de l’Euro renforcera la primauté économique de l’Allemagne qui restera de très loin la première puissance industrielle, quels que soient les efforts de la France en matière de coût du travail et de flexibilité de l’emploi, parce que nous conserverons une monnaie dont nous n’avons pas les moyens. La France se réjouira d’être une zone de loisirs agréable, de plus en plus visitée par des étrangers, des visiteurs qui sont les bienvenus, mais aussi des migrants qui seront assistés ou occuperont les nombreux emplois non-qualifiés créés par nos types d’activités. Ceux-ci pèseront sur notre dépense publique et sur le niveau des salaires.

La France n’est pas menacée d’éclatement mais de disparition. Rarement dans l’histoire, un peuple aura accéléré son suicide avec autant d’aveuglement !

 

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3 commentaires

  1. jean goychman - 8 septembre 2017 22 h 37 min

    Je ne pense pas que le FN ait eu tort de mettre l’accent sur la souveraineté monétaire. Elle est vitale. Nous sommes entrainés vers le fond depuis des décennies en raison d’une escroquerie poussée à la quasiperfection dans laquelle les banquiers internationaux se sont octroyé le droit de fabriquer de la monnaie (scripturale dans l’immense majorité des cas) à partir de rien en nous faisant croire qu’il la possédait physiquement. La meilleure preuve qu’elle ne leur appartient pas est que le capital remboursé est détruit, afin de ne pas augmenter d’une manière vertigineuse la monnaie circulante. Par contre, les intérêts sont bien de l’argent physique. Cette création monétaire liée à l’établissement d’une dette (car la banque considère qu’en vous prétant de l’argent elle vous achète une dette) rendue possible grâce à l’abandon de toute valeur intrinsèque de celle-ci au profit d’une valeur « fiduciaire  » (fiducia = confiance en latin) est la plus grande escroquerie de tous les temps. Pour s’accomplir, elle à besoin du couple demoniaque argent fiduciaire – banque centrale indépendante (du moins en apparence) car en fait les 3 banques centrales FED, BoE et BCE sont des banques privées controlées toutes les 3 par le même groupe de banques privées, et ceci à l’insu de ceux qui se font ainsi « plumer » Et dire qu’il y a des gens qui sont effrayès par la perspective de quitter l’euro. Une telle naïveté est hallucinante…

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  2. Ribus - 9 septembre 2017 6 h 08 min

    1- La France est engagée dans un processus de libanisation et non de disparition. Le communautarisme qui la ronge est double. Celui de l’islamisme qui gagne chaque jour du terrain et finira par se traduire par de véritables enclaves d’abord minuscules puis de plus en plus nombreuses et de plus en plus grandes.

    2 – Le 2è communautarisme est bruxellois qui vise à faire disparaître la France historique. Ce communautarisme ne s’attaque pas à l’espace mais davantage au Temps. Il cherche à dévitaliser notre identité.

    3- Ces deux communautarismes sont liés par un intérêt et un but convergents. Il s’agit de détruire définitivement l’idée même de nation. Nous sommes donc dans un piège mortel. D’un point de vue géographique, la France de 2050 ressemblera peut être à celle de la guerre de Cent ans. Seulement, on l’a oublié et on tente de faire croire que notre géographie actuelle est éternelle, ce qui est une illusion au regard des événements présents et à venir.

    4- Pour ce faire, les ploutocrates ont décidé d’effacer l’Histoire de France de nos mémoires et de celle de nos enfants. Comme cela le morcellement et la fragmentation du territoire et de la nation seront vus comme une nouveauté et non comme une catastrophe.

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  3. erwan - 9 septembre 2017 11 h 09 min

    M. Vanneste, vous saviez mieux que personne que « les civilisations meurent par suicide, non par meurtre » comme le disait Arnold joseph Toynbee. Votre dernier paragraphe prend, à la lumière de cette vérité, tout son sens. C’est parce que le peuple français ne défend pas ses valeurs de civilisation qu’il est voué à disparaître, entrainant avec lui sa civilisation. De Gaulle aimait à dire avec amertume que le peuple français n’était pas un peuple fait pour se battre, mais un peuple fait pour se coucher…Notre époque l’illustre de façon dramatique.

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