L’imposture « Juppé »…

HommeTarte2Juppé a cessé de cotiser au parti qui lui a assuré la carrière que l’on sait. L’auteur de la « Tentation de Venise » dévoile ce qu’il a toujours été : un membre caricatural de la caste qui a géré et continue de gérer le déclin et la décadence de la France en s’étant drapée dans les oripeaux d’un gaullisme peu à peu vidé de sa substance. Ce livre révélateur m’avait définitivement éloigné du personnage. Que disait-il ? En survolant cette ville merveilleuse qui a toujours fasciné les esthètes un tant soit peu narcissiques, il pensait qu’un homme aussi intelligent que lui, aussi brillant, promis à de hautes destinées, avait bien tort de perdre son temps à faire de la politique soit pour compenser les faiblesses de ceux qu’il secondait, soit pour tenter de séduire sur les marchés du XVIIIe arrondissement de Paris, des gens dont il n’avait rien à faire. L’énarque fort en thème, le « meilleur d’entre nous » selon Chirac, à vrai dire mauvais juge en la matière, a toujours fait preuve d’une arrogance froide et d’un mépris peu compatible avec l’esprit de la démocratie française. On cherche en vain dans son parcours les raisons du respect admiratif qu’il suscite et qui motive chez lui une surestimation de soi totalement injustifiée.

Certes, à l’origine, il y a la réussite à des concours. Mais pour autant, doit-on prendre la politique pour un jeu qui devrait être réservé à ceux qui sont à la hauteur, pas un jeu de hasard, mais un exercice intellectuel ? Le 2 Octobre 2014, Pujadas interroge Juppé en lui rappelant fort justement que, lors des « Etats Généraux de l’Immigration » du 31 Mars 1990 qui réunissent le RPR et l’UDF appelés à devenir majoritaires trois ans plus tard, les propositions retenues et soutenues par Juppé, Secrétaire Général du RPR à l’époque, comprennent la fermeture des frontières, l’incompatibilité de l’islam avec la France, et la préférence nationale. Chacun sait qu’aujourd’hui c’est le Front National qui les défend et que Juppé les condamne. Manifestement surpris par ce rappel inopportun, et reprenant rapidement sa morgue habituelle, il lance : « vous avez marqué un point ». Tout est dit. La politique n’est qu’un jeu d’adresse et d’intelligence. Les idées et les valeurs n’y ont d’importance que pour la plèbe ignorante. L’ennui, c’est que le parcours du génie est semé d’erreurs et de fautes. Passons sur celles qui lui ont valu d’être condamné. Il a profité d’un système et au moins a-t-il fait preuve de fidélité à son patron, Jacques Chirac, qui l’avait instauré. Calcul ou lien affectif sincère ? Cela ne regarde que lui.

En revanche, ce sont les bourdes politiques qui doivent d’abord retenir l’attention. Juppé en tant que second a toujours bénéficié du succès du mouvement conduit par Chirac et animé notamment par Pasqua. C’est ce qui lui a valu ses élections à Paris lorsque Chirac remportait les vingt arrondissements. Sans doute est-il considéré comme un excellent maire de Bordeaux, mais cette ville, dirigée par Jacques Chaban-Delmas depuis le lendemain de la seconde guerre mondiale, n’a jamais été à gauche et lui a été offerte en héritage. Sur le plan national, le bilan est beaucoup moins brillant. A deux reprises, en 1986, lorsqu’il est au Budget, puis en 1993, quand il participe à son gouvernement, Juppé est aux côtés d’Edouard Balladur. En 1995, il choisit néanmoins de soutenir Chirac et de participer à son élection, grâce à une campagne démagogique au nom de la lutte contre la fracture sociale. Devenu Premier Ministre, il s’empresse de mener une politique totalement contraire aux promesses du candidat, et qui continue d’une manière plus brutale et moins habile la politique de redressement voulue par Balladur. Privatisations maladroites, augmentation de la pression fiscale de l’ISF à la CSG, tentative de modification des régimes spéciaux des retraites précipitée qui entraîne le chaos. Juppé est droit dans ses bottes. Son impopularité s’envole. Après avoir congédié les « Jupettes » sans ménagement, le Premier Ministre s’associe au Secrétaire Général de l’Elysée, autre membre de la même caste, plus surfait encore, si c’est possible, Dominique de Villepin, pour suggérer au Président la dissolution de l’Assemblée Nationale, archi-majoritaire et qui pouvait largement tenir trois mandats en perdant à chaque échéance des élus, si Balladur avait été élu. Cette incompréhensible décision ramena la gauche au pouvoir. Celle-ci bénéficia de la croissance mondiale alors que nos génies de l’Elysée et de Matignon s’étaient laissé convaincre que la crise guettait, et qu’il était donc important de se donner cinq ans de plus. Ces cinq années furent offertes à la gauche qui ajouta aux mesures de 1981 et de 1988, de nouveaux boulets aux pieds de l’économie française et développa sans vergogne des politiques laxistes sur le plan de l’immigration et de la sécurité.

Le meilleur d’entre-nous ne l’a jamais été. Mais son imposture confine aussi à la trahison. Certes, ses idées n’ont jamais dépassé ses ambitions. Il vote Krivine en 1969, parce qu’il trouve que Pompidou « manque de punch » : toujours le jeu ! Il se dit gaulliste, mais il participera de plus en plus ouvertement à l’abandon de ce qui fait le gaullisme, la défense de la souveraineté et de l’identité de la France. Ardent européïste, contrairement à Philippe Seguin, il deviendra carrément communautariste, en disant tout le bien qu’il pense des Frères Musulmans. Lors de l’intervention militaire contre Kadhafi en Libye, il est Ministre des Affaires Etrangères, et parle d’un investissement pour l’avenir, justifié par le contexte du « Printemps Arabe ». Quelques années plus tard, il reconnaîtra que cette opération a été un chaos et un fiasco. Cela ne l’empêchera pas de récidiver contre Bachar El-Assad, qui « fait le lit de Daesh (l’Etat islamique) » et tombera nécessairement. On pourrait s’attendre à ce qu’un homme de ce niveau soit mieux informé et plus perspicace. On se contentera de rappeler qu’il a remis la Légion d’Honneur à Tareq Oubrou, grand recteur de la Mosquée de Bordeaux, membre de l’UOIF, c’est-à-dire des Frères Musulmans, fer de lance du prétendu Printemps Arabe avec la Turquie et le Qatar.

L’un des premiers « Young leaders » de la French-American Foundation en 1981, Juppé a été « l’homme de droite » préféré des médias, pour lesquels il a d’abord été une cible, puis un chouchou, puisque la gauche allait perdre. Finalement, ils ont eu encore mieux avec Macron. Juppé veut maintenant conduire la prochaine liste macroniste aux élections européennes, sans s’abaisser à rejoindre le mouvement présidentiel. Il faut espérer qu’aucun électeur « de droite » ne se laissera encore duper.

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5 commentaires

  1. DELAFOSSE - 16 janvier 2018 9 h 23 min

    Pleinement d’accord avec vous.
    Un homme souvent droit dans ses bottes mais quelquefois à coté de ses pompes.
    Plus on tombe de haut, plus dure est la chute. la vie est parfois bien cruelle et cela est valable pour tout le monde.

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  2. paranoïk - 16 janvier 2018 14 h 36 min

    Je le hais depuis 1995, quand il a augmenté les impôts comme le fit hollande en 2012 .

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  3. DE VOS Alain - 16 janvier 2018 16 h 45 min

    Merci pour ce tableau parfait. On lui doit la gauche au pouvoir et sa cohorte de choix dangereux pour notre pays. Qu’il aille ailleurs et qu’on ne l’entende plus.

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  4. Alain - 21 janvier 2018 10 h 22 min

    Ce portrait est excellent ! Et puis , cette histoire de cotisation non payée , c’est petit pour un si grand homme .

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  5. Carole - 28 janvier 2018 15 h 20 min

    A la retraite ALI Juppé!! oui ce mec s’est compromis comme la gauche « Plenel » avec les islamistes, par opportunisme et lâcheté 🙁

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