Irma ou l’heure de vérité !

carrureLa France n’est pas à la hauteur ? La solidarité d’un grand pays à l’égard de ses ressortissants, victimes d’une catastrophe, se doit d’être exemplaire. Elle ne l’a pas été. Les informations et les images qui viennent de Saint Martin sont déroutantes. Nous savions qu’un cyclone d’une ampleur et d’une intensité rares allait frapper les îles de Saint-Barthélémy et de Saint Martin avec une violence extrême. L’ensemble des Antilles allait être touché sur sa façade nord-ouest avant que l’ouragan ne poursuive sa route dévastatrice vers la Floride. Ces phénomènes météorologiques sont récurrents et habituels en cette saison. Simplement, « Irma » était annoncée comme exceptionnelle. Il n’y a donc pas eu de surprise, mais l’on s’est contenté des recommandations d’usage et des théories des climatologues pour expliquer le rapport entre l’apparente montée en puissance de ces catastrophes météorologiques et la grande peur médiatique du réchauffement climatique. Sauf qu’ici, au lieu de disserter sur les angoisses théoriques à long terme, qui ne font d’ailleurs pas l’unanimité, il était plus pertinent de prendre toutes les mesures d’urgence pour parer ou au moins limiter le danger immédiat. Il fait certes mieux vivre à Saint-Martin qu’en Haïti. L’ancienne colonie devenue collectivité territoriale bénéficie d’avantages qu’envient les habitants de la première possession française à s’être rendue indépendante, au point qu’un certain nombre d’Haïtiens y ont émigré. Pour autant, il paraît aujourd’hui évident que l’Etat a été défaillant, et que le désordre qui règne après le passage ravageur du cataclysme a révélé un niveau d’insécurité et un état de la population qu’on ne soupçonnait guère auparavant.

La prévision des dégâts matériels et des risques humains n’a manifestement pas été suffisante. Elle n’a pas tenu compte de la situation réelle de l’île, vue de loin comme un paradis pour touristes aisés, ce qui est relativement vrai de Saint Barthélémy. La réalité, c’est que la population de Saint Martin a crû de manière extrêmement rapide et en accentuant des disparités considérables.  En 20 ans, elle est passée de 25 000 habitants à 75000. La division du territoire entre les zones française et néerlandaise, sans véritable frontière est un élément d’attractivité non seulement économique, mais aussi démographique, puisqu’elle facilite les situations illégales. Le nombre des nationalités présentes dépasse la centaine. Il s’agit notamment de migrants antillais, haïtiens en particulier. Comme la Guyane ou Mayotte , Saint Martin, est une porte ouverte à l’immigration clandestine et une usine à fabriquer des français de papier. Le niveau de vie quasi-européen est un aimant pour les ressortissants des Caraïbes. La population du secteur français a donc rejoint et dépassé celle de la partie néerlandaise : de 8000 en 1982 à 38000 en 2007 pour la première, de 17000 à 36000 pour la seconde. Cette évolution explique en partie la mauvaise qualité de l’habitat et son exposition, qui dénotent de la part des autorités tant locales que nationales une légèreté coupable. Par ailleurs, Saint Martin connait un taux de chômage important, de l’ordre de 33%. Sa sociologie est donc comparable à celle des quartiers sensibles de la métropole, le soleil et le tourisme en plus. Compte tenu de ces données, et d’autres comme l’absence de ressource locale en eau potable en dehors de la désalinisation de l’eau de mer, des mesures préparatoires auraient dû être prises. La coupure de la production d’électricité était également prévisible, et ses effets désastreux, aussi. Il était certes trop tard pour renforcer les bâtiments, mais il fallait davantage regrouper la population, réunir les moyens d’assurer sa santé et son entretien physique. Cela n’a pas été fait. Enfin, il aurait fallu prévoir les problèmes d’insécurité, les pillages qui risquaient de se produire, et qui ont effectivement dévalisé les pharmacies. Certains résidents disent vivre dans la peur en raison de bandes armées qui circulent en quête de rapines. Là encore, les effectifs de sécurité, qu’on renforce tardivement, ont été mal évalués.

La réaction gouvernementale qui consiste à montrer des images et à nous abreuver de discours sur la livraison du matériel et l’envoi de renforts, pour rétablir l’ordre et la sécurité des habitants, cache mal son caractère tardif. Le gouvernement qui a dépêché son ministre a pensé comme d’habitude à communiquer plus qu’à agir. Comme les carabiniers, il donne l’impression d’arriver après la bataille, sans avoir anticipé. Que M. Macron préside une réunion de crise en même temps que son Premier Ministre n’a aucune utilité. Un seul aurait suffi pour prendre les décisions, mais il fallait montrer que le Président, à Athènes au plus fort de la tempête, ne faisait pas qu’injurier les Français, mais s’intéressait aussi à eux lorsqu’ils étaient dans le malheur. Il se rendra sans doute sur les lieux. Le souverain hollandais y est déjà, bien que la situation dans la partie de l’île qui dépend des Pays-Bas soit moins grave, notamment pour la sécurité, les effectifs nécessaires ayant été sur place à temps. Il est plus facile d’aller à la rencontre de la population sinistrée lorsqu’on a le sentiment d’avoir répondu à l’attente de celle-ci. La comparaison n’est, hélas, pas à l’avantage de la France. On observera que les Etats-Unis, les gouverneurs dont les Etats sont touchés ou menacés, et le Président Trump lui-même, ont fait preuve d’un plus grand sérieux et d’une anticipation très prudente, qui découlent de l’expérience calamiteuse de Katrina en 2005.

Sous les rafales qui ont emporté des constructions trop légères, deux décors se sont aussi effondrés : celui de l’efficacité de l’Etat, et celui d’un paradis touristique qui cachait une réalité bien française, celle d’un pays en voie de dislocation en raison d’une immigration massive. La cohésion sociale, ce que Durkheim appelait la « solidarité mécanique » entre des gens qui sont semblables, laisse place à une coexistence de gens qui, en grande partie, sont les uns avec les autres par intérêt. Lorsque les conditions sont réunies pour que cet intérêt prenne libre cours et quand des individus ne sont pas des citoyens animés par le sens du bien commun, alors la sauvagerie est de retour. Le gouvernement que nous subissons n’a aucune idée de la dimension de ce problème, pas plus qu’il n’en a eue de l’ampleur d’Irma.

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7 commentaires

  1. Jean - 10 septembre 2017 18 h 55 min

    Votre très bon article rejoint celui-ci : https://www.dreuz.info/2017/09/10/barbarie-a-saint-martin-la-france-est-elle-encore-une-democratie-occidentale-digne-de-ce-nom/

    Pendant ce temps, en France, on se gausse des Américains dont l’organisation pour anticiper la catastrophe exigerait que notre gouvernement fasse profil bas.

    Et au Texas, le méchant Donald a fait don d’un million de sa poche pour aider…

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  2. Thibault Loosveld - 10 septembre 2017 19 h 46 min

    L’ouragan Harvey de catégorie 4 a détruit plusieurs têtes de puits et donc les silos par où transite le méthane extrait dans la partie est du gisement texan d’Eagle Ford. Pour cette seule raison, une commission d’enquête parlementaire doit effectivement questionner le gouvernement et il sera difficile pour Nicolas Hulot d’invoquer la responsabilité de Donald Trump tant il est vrai que Barack Obama se sera opposé pendant quatre ans à l’oléoduc Keystone XL.

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  3. fernand naudin - 11 septembre 2017 11 h 09 min

    pas de panique,j’ai entendu hier matin sur France Intox que des cellules de soutien psychologique avaient été dépêchées sur place! ils sont sauvés!!
    voilà ce qu’on appelle avoir le sens des priorités!

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  4. DELAFOSSE - 11 septembre 2017 18 h 51 min

    Je ne suis ni « Macronien » ni « Macroniste » mais quand je vois ce consensus qui tire à boulets rouges sur l’ ambulance, cela m’est difficilement supportable.
    Les dégâts causés par l’ouragan à Saint Martin sont comparables à ceux d’une guerre. Cela demande de la solidarité nationale plutôt que de la critique politicienne car la situation est exceptionnelle et personne ne pourrait prouver que cela aurait pu être mieux géré.
    Existe-t-il un seul parti politique français ayant eu l’idée d’organiser une souscription pour aider ceux qui là-bas ont tout perdu ?
    Ce n’est pas notre gouvernement qui est nul…c’est notre pays tout entier !

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    • vanneste - 11 septembre 2017 19 h 45 min

      Cela a été mieux géré sur la partie hollandaise de l’île. Lorsqu’on envoie un ministre plutôt que des gendarmes et que le ministre, Mme Girardin avoue « qu’elle fait passer les secours avant la sécurité », ce qui est idiot, puisque les secours ne sont efficaces que s’il y a de la sécurité, on se rend compte que la crise, prévisible, a été anormalement mal gérée. Le gouvernement se drape dans la solidarité et le malheur que ne respectent pas les oppositions. Or, c’est pour cacher ce qu’il sait parfaitement : il n’a pas rempli sa mission ! Sur 11 pharmacies, 8 ont été entièrement dévalisées. Ne fallait-il pas les protéger en priorité, compte tenu des difficultés d’approvisionnement ?

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  5. Ribus - 11 septembre 2017 21 h 24 min

    Cet État libéral sur le déclin ressemble de plus en plus un vieux mangeur de hamburger : gros, gras, flasque, lent dans sa démarche, essoufflé et sans énergie et sans force ; omniprésent, énorme mais encombrant et sans utilité réelle.

    Macron, charlatan politique, hermaphrodite mal assumé qui distille son ambivalence dans ses longs discours pleins de vent ne pourra faire illusion bien longtemps sur l’état réel de l’État.

    Un jour ou l’autre, les pillages se produiront sans qu’il y ait besoin de cyclone préalable. Les pillages finiront par s’installer dans notre quotidien comme les attentats. Ce sera alors une nouvelle assez banale.

    On sent bien que les mesures annoncées, les postures de fermeté, les plans et autres « refondations » ne fonctionnent pas. La machine est paralysé. Finalement, nos mondialistes et européistes ont voulu démolir la Nation et ils ont détruit la République simultanément.

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    • Ribus - 11 septembre 2017 21 h 30 min

      La machine est paralysée : c’est mieux.

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