Le « Droit » et la guerre, ou une paix réaliste ? (II)

bashartoujoursla

Comme écrivait de Gaulle : « vers l’Orient compliqué, avec des idées simples ». La première repose sur le réalisme qui prend en compte le rapport de forces. En Libye comme en Syrie, l’armée nationale, c’est-à-dire Haftar et Assad peuvent l’emporter sur le terrain grâce à leurs alliés et ramener la paix sur l’ensemble du territoire. Toute autre solution est vouée à l’échec et ne fera qu’alimenter la guerre. Lorsque des impasses meurtrières multiplient les groupes extrémistes, divisent l’espace, dispersent les populations qu’elles accablent de malheurs et que les démocraties occidentales soutiennent le processus au nom de la morale, cela relève de l’aveuglement ou du cynisme, ni du droit, ni de l’éthique ! Le choix de la Russie de Vladimir Poutine, avec l’appui de l’Iran, et de l’Egypte, a le mérite de la clarté. Il consiste à redéployer l’influence russe en Méditerranée en l’appuyant sur des régimes autoritaires nationalistes plutôt que de soutenir des Etats religieux qu’une illusion a pu peindre en vecteurs de la démocratie. Il n’est pas sûr que l’Arabie saoudite continue de s’y opposer, car elle souhaite avant tout la stabilité qui la préserve : un Etat riche mais très fragile. Ce sont les chiites de l’intérieur ou à ses frontières, au Yémen, notamment, et l’Iran qui l’inquiètent. La Turquie est obsédée par les Kurdes qui en Irak et en Syrie ont profité de la situation pour acquérir leur autonomie. Elle ne peut que désirer le retour aux Etats qui s’opposeront à la création d’un Kurdistan. Israël n’est sans doute pas le pays le plus enclin à vouloir le rétablissement de l’ordre chez ses voisins, des adversaires ainsi renforcés, et au sein desquels, le dangereux Hezbollah aura accru sa puissance. Quant aux Etats-Unis ils affichent une ambiguïté dont la source se trouve dans le bras-de-fer entre Trump, contraint de prouver son absence de collusion avec Moscou mais souhaitant, en fait, une entente avec les Russes pour tirer l’Amérique du guêpier  syro-irakien, et les va-t-en-guerre du Congrès obsédés par une menace russe imaginaire. Aussi Washington alterne-t-il les sanctions, les punitions ciblées contre Damas et ses alliés et la suspension de l’aide au rebelles de même que le soutien aux Kurdes, qui ne font pas la guerre à Assad. Deuxième idée, donc : il importe que les Occidentaux s’ils collaborent avec la Russie pour restaurer la paix, offrent des garanties à l’Etat hébreu. Celui-ci a besoin d’espace. Il ne serait pas sérieux de l’imaginer en sécurité dans ses frontières militaires de 1967, avec deux Etats armés et hostiles sur un territoire aussi exigu. Troisième idée : la démocratie à l’occidentale, qui est loin d’être parfaite, ne s’exporte pas partout. En Europe de l’Est, c’est possible. Cela ne l’est pas, essentiellement pour des raisons culturelles et religieuses, dans la plupart des pays musulmans. Le recul prodigieux de la Turquie est un triste enseignement. Ce sont les militaires qui avec Atatürk avaient instauré une certaine démocratie en détachant le pays de l’Islam. Il n’y a pas de démocratie musulmane comme il y a une démocratie chrétienne. Les Frères Musulmans en ont fourni la preuve. Les maréchaux Sissi et Haftar, l’armée nationale syrienne de Bachar Al-Assad, sont les meilleurs vecteurs d’un régime qui respecte les minorités, et c’est déjà beaucoup. La contradiction actuelle de notre « bien-pensance » officielle consiste à proclamer le droit des minorités contre la majorité dans nos pays tout en soutenant les groupes religieux majoritaires dans les pays du Moyen-Orient. Ainsi les ardents partisans de la laïcité en France n’imaginent pas, paradoxalement, que le patriotisme puisse conduire de nombreux syriens sunnites à soutenir Assad plutôt que de s’unir à des coreligionnaires étrangers venus semer la haine sur leur sol. Leur « laïcité » accepte l’idée d’une « communauté » musulmane en France mais se soucie peu des communautés chrétiennes d’Orient.

Les atrocités commises par les rebelles notamment sur les soldats syriens sont au moins aussi coupables que celles reprochées au « régime » par Mme Del Ponte. Depuis le début de la guerre civile, la majorité des Syriens qui sont demeurés en Syrie vivent dans les zones contrôlées par le gouvernement de Damas, le pays « utile » des grandes villes. Depuis l’étiage de 2015, celui-ci a reconquis la plus grande partie du territoire. La plupart des 8 millions de déplacés intérieurs se sont réfugiés dans le secteur loyaliste. Les six millions de réfugiés, dont la plus grande partie se trouve dans les pays voisins, reviendront en Syrie dès que la paix aura été rétablie. Ils avaient fui la guerre plus que le régime. Quant aux réfugiés en Europe, par la Turquie, la Libye ou le Maroc, l’immense majorité n’avait aucun rapport avec la Syrie. La compassion orchestrée n’était qu’un prétexte pour légitimer une politique migratoire suicidaire pour l’Europe. Le rétablissement de l’ordre au profit d’Etats forts est la condition objective d’une cessation de l’immigration sauvage qui finance l’ignoble trafic des hommes et conduit à la souffrance et à la mort de beaucoup d’entre eux. La plupart viennent de pays qui connaissent la guerre ou la misère, de l’Afghanistan à l’Erytrée. L’Europe n’a aucune responsabilité dans la mauvaise gouvernance de ces pays. Elle n’a aucune dette à assumer envers eux, et ne peut absorber l’immigration sans mettre en danger sa culture, sa sécurité et la santé de ses habitants. Elle doit seulement, pour servir le bien commun des Européens contribuer, quand elle le peut, à ce que les Etats qui servent au transit aient les moyens de stopper le trafic, et la volonté de le faire. Elle doit aussi participer au développement des pays qui ne peuvent offrir à leur population des conditions de vie décentes. Elle doit systématiquement renvoyer dans leur pays, les migrants qui le fuient alors que des soldats européens, et notamment français, sont morts pour y assurer la sécurité.

Il est grand temps que le réalisme l’emporte. Celui-ci est souvent objectivement plus humain que les discours compassionnels qui tentent de suppléer au manque de courage politique.

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1 commentaire

  1. Ribus - 16 août 2017 18 h 29 min

    C’est une bonne idée de mettre les événements en regard pour entrevoir les erreurs et les fautes des « dirigeants » occidentaux. Cela met surtout en lumière le constant bellicisme des États Unis qui vise à nourrir les appétits financiers de son industrie militaire.

    Pour les Européens et les Français en particulier, c’est encore plus humiliant. Nous avons tourné le dos à nos propres intérêts et suivi aveuglément Washington. Ce panurgisme idiot mérite une sentence de l’Histoire. Nos intérêts nationaux ont été et sont encore aux mains de sombres crétins dogmatiques dont la seule satisfaction est d’avoir leur photo et de bons articles dans les journaux.

    Notre diplomatie est complètement ruinée par ces errements de plusieurs décennies et la France est devenue un pays moyen, dont l’influence se réduit de plus en plus. Son poids économique et sa puissance militaire sont également en baisse constante.

    Cela est surtout très visible car la situation au Moyen-Orient a toujours été très complexe et nos »élites » se sont satisfaites de postures, de solutions faciles et simplistes et de vision à court terme. Cela tranche avec la stratégie de « temps long » comme celle de la Russie de Poutine.

    L’ère Macron risque fort de continuer cette politique de l’affichage et de l’instantané. On sent bien quelque effort d’originalité, de changement et de lucidité. Mais cela semble très superficiel ; çà manque de consistance. On ne reconstruit pas une diplomatie et une influence en quelques semaines.

    Ce jeune homme est également atteint du syndrome bonapartiste en croyant qu’il est aussi prompt, rapide et novateur que le fut le Premier consul. Tout est donc fait à la va-vite, sans prendre le temps de la réflexion, sans attendre le bon moment ; c’est la bougeotte.

    De plus, Macron risque de placer la France sous la bannière européenne et de la faire disparaître complètement du concert des Nations en tant que puissance souveraine et indépendante. Il va peut-être vendre à vil prix une diplomatie prestigieuse ( la France) mais en perte de vitesse au profit d’un énorme ventre mou mais qui est un nain diplomatique (UE).

    Au final, l’Histoire va sans doute se faire sans nous par bêtise, incompétence et suffisance sauf pour les pots cassés qu’il faudra payer puisque nos « dirigeants » sont très doués pour faire payer à la France les factures des autres.

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