On élit un Président, non un programme !

fillonpremierLes sondeurs et les commentateurs se trompent d’élection. Les avis parcellaires sur tel ou tel aspect du « programme » d’un candidat à l’élection présidentielle ne se situent pas au niveau de ce scrutin. L’élection présidentielle a certes été dénaturée par le quinquennat qui fait que le Chef de l’Etat est avant tout le candidat élu du parti gagnant dont la majorité parlementaire va ensuite mettre en oeuvre sur le plan législatif, tout au long du mandat, les mesures annoncées durant la campagne. L’instauration des primaires accentue cette dérive puisqu’elle rend les sympathisants d’une formation maîtres du jeu. Mais on en perçoit alors les inconvénients. Le candidat désigné est rappelé à l’ordre par le parti pour qu’il tienne compte du ralliement des partisans de candidats évincés, pour qu’il amende son programme afin d’élargir sa base électorale, et cela avant même que les élections législatives définissent les marges de manoeuvre du Président. Le Président, tel que l’a conçu la Ve République ne doit pas être le prisonnier d’un programme, mais le porteur d’un projet qui vise à atteindre des objectifs après avoir formulé un diagnostic sur l’état et les besoins du pays. C’est le gouvernement qui détermine et conduit la politique du pays, et non le Président, qui a en charge la continuité, le long terme. Le quinquennat a rendu la distinction moins claire, mais il n’en reste pas moins que c’est le gouvernement appuyé sur une majorité qui assure la réalisation d’un programme. Celui-ci, sauf en cas bien improbable de cohabitation, doit être conforme aux objectifs dessinés par le Président qui a tous les moyens de chercher à les atteindre malgré les réticences de la majorité : 49/3 indispensable quoiqu’en pense le repenti Valls, relecture des textes sur demande présidentielle, référendum, dissolution, enfin. Néanmoins, il est indispensable de séparer la stratégie présidentielle des opérations tactiques du gouvernement. C’est pourquoi, il est absurde de s’attaquer à un « programme présidentiel » sans interroger d’abord le candidat sur les objectifs. Le programme éventuel n’est qu’un moyen de les réaliser.

François Fillon est aujourd’hui victime de cette confusion. D’une part, il a lui-même insisté sur l’aspect cohérent et peaufiné des réformes qu’il envisageait pour soigner son image de candidat sérieux. D’autre part, s’il confirme son jugement sur l’Etat du pays tout en paraissant céder sur les remèdes, il suscitera un doute chez les électeurs et même chez ses partisans. Les premiers pourront voir dans un recul soit comme l’aveu d’une véritable menace qui pesait sur leurs « droits » ou avantages, soit comme un signe d’une préparation moins solide qu’il n’y paraissait. Les seconds, motivés par l’originalité d’un candidat décidé enfin à casser la baraque, celle du déclin français à force de médiocrité et de démagogie, en un mot, de « raffarinades », seront déçus et verront se répéter les illusions déjà perdues avec Chirac ou Sarkozy. C’est pourquoi, face à la démagogie échevelée de la gauche qui veut ajouter sans cesse de la dépense à la dépense, et face aux atermoiements de la fausse droite, il faut d’abord imposer le diagnostic. C’est avant tout sur lui que doit reposer le débat. Il faut avoir le courage et la lucidité de dire que le modèle français dans son ensemble est suicidaire. Un pays endetté, déficitaire à tous les étages, finançant à crédit une dépense publique délirante et des cohortes de fonctionnaires en surnombre, notamment dans les collectivités locales et la myriade des instances inutiles créées pour recaser les « amis », n’est pas un modèle, c’est un épouvantail ! Quant au modèle social porté comme un étendard, il n’est qu’un slogan qui masque la détérioration d’une situation sociale caractérisée par de multiples injustices. Un chômage important bien que masqué par de nombreux artifices, des emplois aidés aux formations superflues, n’est pas un modèle ! Une France à deux vitesses avec des emplois pérennes où l’on travaille moins pour gagner plus et s’absenter plus souvent, et des professions où il ne faut pas compter ses heures, être moins protégé, et pour finir être soumis à une fiscalité redistributive excessive, y compris au profit d’étrangers, n’est pas un modèle. Un pays qui prive les sans-dents des soins coûteux non remboursés et qui ne permet pas aux personnes frappées par des pertes d’acuité visuelle ou auditive, de se doter des meilleurs moyens de remédier à un handicap subi, mais qui, pour des raisons idéologiques, oblige les cotisants à rembourser l’avortement choisi, n’est pas un modèle.

En finir avec cette idéologie, ce mensonge national qui voue notre pays au déclin est une nécessité. Dans le débat, celle-ci doit d’abord s’imposer. Les solutions à apporter viennent ensuite. Pourra-t-on remédier au mal en demeurant dans une zone monétaire qui avantage l’Allemagne à notre détriment ? Devra-t-on conserver la pyramide technocratique européenne ? Ce sont là des questions qui se situent évidemment au niveau du débat présidentiel. Elles risquent de fragiliser l’unité des soutiens de François Fillon, mais elles sont beaucoup plus pertinentes que celles qui portent sur la diminution indispensable du nombre des fonctionnaires, ou sur les priorités du système de santé, qui exigent seulement de la justice et du bon sens.

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4 commentaires

  1. DELAFOSSE - 5 janvier 2017 9 h 50 min

    En effet, face à l’Europe, au Parlement, au Conseil d’Etat, au conseil Constitutionnel, aux syndicats, à la rue et à l’évolution trop rapide du Monde actuel…qui peut penser un instant qu’un programme de candidat à la Présidentielle quel qu’il soit peut être respecté ?
    Alors, votons l’Homme ou la Femme d’abord…le « reste » suivra !

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  2. Jacques Peter - 5 janvier 2017 17 h 28 min

    La zone monétaire n’avantage pas l’Allemagne. La zone est la même pour tous; les critères de convergences ont été acceptés par tous. Il se trouve simplement que la France a accepté de participer à la zone mais refuse ne respecter les critères. L’Allemagne, logiquement, accepte la zone et respecte les critères.
    Le jour où la France acceptera la rationalité elle sera sur la voie du redressement.

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    • vanneste - 6 janvier 2017 7 h 03 min

      L’Euro est une monnaie moins forte que ne le serait le Mark et plus forte que les monnaies du sud, France, Italie, etc… L’Allemagne a amélioré sa compétitivité par les lois Hartz en 2004-2006. La France, qui avait l’habitude de compenser son retard sur l’Allemagne en dévaluant, ne peut plus le faire. Non seulement, elle n’a pas engagé les réformes nécessaires, mais elle a poursuivi la dérive de ses dépenses démagogiques. Que ces réformes soient toujours indispensables est une évidence, mais pas nécessairement pour une majorité de Français. Le retard pris me semble difficilement rattrapable en dehors d’un retour aux monnaies nationales. Cette idée n’est pas seulement défendue par des souverainistes mais aussi par des fédéralistes qui pensent que l’Euro plombe l’Europe.

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  3. Ribus - 5 janvier 2017 20 h 23 min

    Vous avez raison de rappeler le sens de cette élection qui impose un homme et une vision et non un programme et un parti politique. Seulement voilà, la Vè République est-elle encore la Vè République ?

    En apparence, oui et les politiciens le rabâchent sans cesse comme des mantras ou une petite prière au général de Gaulle. Les institutions sont toujours en place mais leur fonctionnement et l’équilibre des pouvoirs entre elles ont été quasiment détruits au fil des réformes constitutionnelles.

    Nous sommes en plein dans un régime de partis et une république des juges. La France est dirigée de l’extérieur et l’Élysée n’est plus, en fait, que la représentation permanente de Bruxelles à Paris.

    Du fait principalement du quinquennat, le président et l’assemblée marchent d’un même pas désormais et cela a fortement entamé la prééminence du président. Je crois même qu’un simple Premier ministre suffirait aujourd’hui au fonctionnement des institutions.

    La verticalité du pouvoir de la république gaullienne a été abandonnée au profit de la transversalité si chère aux socialistes libéraux.

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