Législatives partielles : réflexe ou réflexion ?

divorceL’élection de trois députés « Les Républicains » lors des législatives partielles de dimanche dernier, dont mon ancien directeur de cabinet Vincent Ledoux, maire de Roncq appelle trois commentaires. Le premier concerne les taux de participation. Ils oscillent de 34,25 % dans l’Aisne à 22% dans mon ancienne circonscription du Nord, en passant par 26,1 dans les Yvelines. Un cinquième des électeurs ici, un tiers là : cela témoigne d’un grand désintérêt des Français pour la politique actuellement. Certes, l’élection d’un député qui siégera un peu plus d’un an alors que la télévision montre fréquemment un hémicycle aux bancs dégarnis n’a rien de motivant. Le spectacle donné parfois par l’Assemblée, la gesticulation des frondeurs à gauche comme celle des candidats aux primaires à « droite » donne sans doute à penser à beaucoup de compatriotes que ça ne vaut pas la peine de se déplacer. Ils le feront pour l’étape sérieuse de 2017, avec la Présidentielle et les Législatives dans la foulée. Toutefois, il faut craindre que l’enlisement du pays dans une situation qui paraît sans issue ne décourage un grand nombre d’électeurs. La France ne s’est pas suffisamment réformée. La droite n’a pas eu le courage de le faire, la gauche n’en a pas les moyens puisque son fonds de commerce idéologique s’oppose aux mesures à l’évidence nécessaires au redressement et à la santé de la Nation. Je ne vois aucun candidat crédible à la présidentielle capable de susciter l’enthousiasme. Où ils ne sont que des chevaux de retour de l’UMP, qui après avoir ciblé une clientèle durant la campagne, s’empresseront d’oublier leurs promesses, une fois élus, où ils ont des idées, des valeurs, et ils seront écartés en proportion de la force de leurs convictions. Comme dans la consommation, le produit trop typé n’est pas le plus demandé. Les sondages vérifient cette règle. Ils donne l’avantage à celui qui rassure parce que ses positions, qui ont beaucoup changé, sont les plus centristes aujourd’hui. Le calme, la compétence apparente, et l’absence d’écart par rapport à la pensée unique et au politiquement correct font de Juppé le chouchou des médias et de leurs sondages. Les Français s’habituent à être gouvernés par une caste de politiciens professionnels. Cela ne déchaîne pas leur enthousiasme. Alors, ils y pensent le moins possible, juste un peu avant d’aller voter.

Ce rétrécissement de l’intérêt pour la politique perçue comme un jeu de spécialistes, dont il ne faut attendre rien de bon, est évidemment un immense danger pour la démocratie. Le débat des idées a déjà disparu au profit d’un vote réflexe. L’importance de l’abstention vient ainsi d’un rejet massif du PS au pouvoir par l’électorat de gauche. Ses soutiens musulmans ont disparu après le mariage unisexe et ce n’est pas la honteuse célébration du 19 Mars qui va les rameuter. Les ouvriers, les salariés du privé délaissent un parti qui est jugé à juste titre responsable de la rareté du travail. On ne trahira pas Jaurès en disant que les gens modestes voient dans la patrie le vecteur d’une légitime solidarité nationale. Ce qui a changé, en un siècle, c’est que beaucoup aujourd’hui voient dans les choix politiques de ceux qui les gouvernent une sorte de préférence étrangère qui favorise l’immigration, multiplie les aides aux immigrés y compris clandestins et érige la discrimination positive au profit de minorités. Aussi, on assiste à une montée du Front National qui passe largement devant le parti socialiste dans deux circonscriptions sur trois. Mais cette ascension se heurte à un plafond de verre que les Régionales avaient  situé plus haut sans le fissurer. L’électorat de droite modérée vote « républicain » comme on achète un produit en fonction de l’étiquette et sans regarder la liste des ingrédients qui le composent. De même on choisit le candidat LR en rejetant le socialiste et le FN, mais sans trop se préoccuper des options très diverses des candidats d’un parti qui n’est plus qu’un officine de placement électoral.  Peu nombreux sans doute sont les votants qui aient abandonné la gauche pour la droite au nom d’un prétendu Front Républicain. Pour ceux qui l’ont fait, on ne peut imaginer un vote plus moutonnier que celui qui consiste à soutenir l’adversaire le plus à même de vous vaincre contre le plus éloigné du pouvoir. Cela donne à notre vie politique un aspect mécanique qui vide le choix de tout contenu vraiment réfléchi. Le candidat issu des primaires et opposé à Marine Le Pen sera élu. Les jeux sont faits. Nous ne sommes plus en démocratie.

Enfin, il faut souligner que les trois élus sont des Maires qui bénéficient d’un ancrage local et d’une notoriété. Dans l’Aisne, la candidate du Front National est conseillère municipale d’opposition à Saint-Quentin. Dans le Nord, c’était une illustre inconnue. Il faut en tirer la conclusion que les électeurs ont, au-delà de l’étiquette, un intérêt pour la personne qu’ils élisent. Il faut espérer que cela dépasse la simple connaissance du nom pour prendre en considération le travail accompli, l’action sur le terrain. La conclusion à tirer de ce triste dimanche est donc  double : il est indispensable de relancer le débat des idées. L’introduction d’un référendum d’initiative populaire est le meilleur moyen de faire qu’on privilégie la réflexion sur les idées plutôt que le réflexe de l’étiquette. Le choix d’une personnalité locale a sa valeur, mais il faudrait interdire TOUT cumul de mandats afin d’éviter que la répétition d’un nom ne produise elle-aussi un réflexe. On ne devrait juger un politique que selon les idées qui l’animent et sur l’efficacité du travail qu’il accomplit en leur nom. A ce titre, bien sûr, le Président actuel ne devrait pas avoir la moindre chance.

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4 commentaires

  1. kerneilla - 22 mars 2016 16 h 06 min

    Pourriez-vous me dire si les « primaires » importées des Etats Unis, est constitutionnellement admissible en France, du fait qu’elle aboutit à priver la majorité des électeurs d’un choix réel entre tous les candidats, au profit d’un « choix » manichéen entre deux candidats présélectionnés par une minorité d’électeurs autoproclamés… c’est un déni de démocratie; et un enterrement de première classe pour le débat d’idées… Qu’en pensez-vous ?

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    • vanneste - 22 mars 2016 17 h 13 min

      Les primaires, après le quinquennat, sont une étape supplémentaire vers la dénaturation de notre Constitution. De Gaulle voulait minimiser le rôle des partis et faire de l’élection présidentielle celle d’un homme (ou d’une femme) par un peuple. Désormais, ce sera le choix d’un parti qui dans le cas présent risque de choisir pour le peuple. En revanche, l’américanisation supposerait que l’Assemblée ne soit pas une chambre d’enregistrement fondée sur la majorité présidentielle. Or, son élection dans la foulée de la présidentielle la réduit à ce rôle, à peine atténué par l’exceptionnelle médiocrité de l’actuel président.

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  2. DELAFOSSE - 22 mars 2016 19 h 49 min

    C’est pas le tout de miser sur le culte de la personnalité..encore faut-il en trouver une!

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  3. Thibault Loosveld - 14 juin 2016 10 h 55 min

    Ce taux d’abstention considérable dans la Xème circonscription du Nord était une conséquence directe de la députation du prédécesseur de Vincent Ledoux. Je pense que les électeurs sont découragés, voire écœurés, par les individus qui changent d’opinions comme d’autres personnes changent de chemises: récemment, l’actuel maire de Tourcoing a plaidé pour un « islam français », ce qui constitue un énième reniement venant d’un homme ayant réalisé un recrutement largement cosmopolite dans le cadre de la campagne municipale tourquennoise de 2008.

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