L’OCCIDENT COMPLIQUE face à L’ISLAM. (I)

images (69)L’assassinat à  Londres d’un soldat britannique par deux musulmans, sujets de sa Majesté, eux aussi, mais d’origine nigériane, fait imméditement penser à la série de meurtres commis par Mohamed Merah en France et à l’attentat commis à Boston par les frères Tsarnaev. Dans les trois cas, il s’agit de crimes perpétrés « au nom de la foi islamique », par des membres de la communauté nationale contre laquelle les actions étaient à l’évidence menées. Auparavant, une vie « normale », sans pratique ostentatoire de la religion, des faits de délinquance, des voyages à l’étranger dans des zones de conflits politico-religieux, ou une conversion n’avaient pas attiré suffisamment l’attention des services de renseignement et de sécurité. On mesure la difficulté de tout prévoir et les obstacles au déploiement d’une surveillance de personnes apparemment sans importance. La réponse de Pierre Cohen, le Maire de Toulouse, avait été de créer un Conseil de la laïcité. Il s’agissait d’un réflexe désuet sans rapport avec la situation présente.

Celle-ci doit s’analyser à plusieurs niveaux. Il faut d’abord être aveugle pour ne pas voir qu’ une ligne de conflits parcourt la planète à la limite du monde musulman, à la frontière entre le Dâr al-Islam et le Dâr al-harb, la terre de la guerre. Du sud des Philippines jusqu’au Nigéria, des groupes armés musulmans pratiquent la guerre sainte contre les mécréants, catholiques philippins, bouddhistes thaïlandais ou birmans, hindouïstes indiens, juifs israëliens, orthodoxes russes ou serbes, coptes éthiopiens, chrétiens du Soudan et du Nigéria. Dans le Dâr al-Islam, le monde musulman, deux évolutions sont remarquables : en premier lieu, le prétendu « printemps arabe » a fait basculer plusieurs pays d’un nationalisme arabe dictatorial vers des gouvernements islamistes. La chute de Saddam Husayn en Irak avait été l’annonce de ce renversement, c’est-à-dire de la victoire des héritiers d’ Al Hasan Al Bannâ, le fondateur des Frères Musulmans sur ceux de Michel Aflaq, ce chrétien qui en Syrie avait créé le parti du Baas, celui de Asad, aujourd’hui menacé. Dans ces pays, à commencer par l’Irak, « libéré » par les Américains, la liberté religieuse a reculé et les Chrétiens, installés dans cette région depuis l’aube du christianime, c’est-à-dire des siècles avant l’arrivée de l’Islam, sont nombreux à devoir s’expatrier. De manière générale, la dissymètrie entre la tolérance envers les autres religions dans les Etats de culture chrétienne et l’intolérance à l’encontre du christianisme, en particulier, dans les Etats musulmans s’est accentuée.

En second lieu, l’ensemble du monde musulman est parcouru par des conflits. La violence y est endémique. Elle est liée, soit à des oppositions ethniques, avec les Kurdes, par exemple, soit à des confrontations religieuses comme la lutte à laquelle se livrent Sunnites et Chiites du Pakistan au Liban, soit encore à une hostilité à toute forme de présence étrangère. L’Afghanistan offre un condensé de ces ingrédients. La zone de fracture entre Musulmans et Chrétiens en Afrique se double de celle entre arabes ou berbères « blancs » du nord, et « noirs » du sud. Là encore, il faut être très distrait pour ne pas voir que l’Islam et le Christianisme, comme le rappelait Benoît XVI, avec une infinie délicatesse, à Ratisbonne,  n’entretiennent pas les mêmes rapports avec la violence et ne professent pas la même attitude à l’égard de »l’Autre ». La Turquie « laïque » est parvenue à réaliser son unité en chassant et en massacrant Arméniens et Grecs. Elle connaît toujours la question Kurde, et des esprits pour le moins dérangés voudraient la faire rentrer dans l’Europe… Il y a eu bien des horreurs dans le monde chrétien, mais on aurait beaucoup de mal à en trouver les prémisses dans les Evangiles, alors que Mahomet, c’est une évidence, était aussi un chef de guerre.

En face, dans le Dâr al-harb, la mondialisation,associée à un vieillissement de l’Europe et à une politique irresponsable de ses dirigeants, a développé trois phénomènes : d’abord, une immigration massive en provenance de pays musulmans ; ensuite l’arrivée de capitaux des riches pays sunnites du Golfe, dont certains sont liés aux Frères Musulmans, d’autres dominés par le Wahabisme, particulièrement intolérant ; enfin le développement d’une idéologie inconsistante, mêlant repentance, renoncement à l’identité autochtone et reconnaissance appuyée des identités « étrangères », pacifisme et soutien à des interventions militaires confuses et contradictoires dans lesquelles on perçoit l’intérêt parfois compliqué des Etats-Unis, beaucoup moins celui de l’Europe. Le résultat est consternant : au sein des mosquées financées souvent par des pays étrangers auxquels elles demeurent liées se forme une communauté religieuse ( l’Umma) qui s’estime plus légitime que la nation, sans d’ailleurs que cette appartenance n’aille parfois de pair avec des rivalités nationales d’origine… Des « convertis » en quête de repères que la bouillie européenne ne risque pas de leur fournir, des « paumés » de banlieue à la recherche d’un tuteur pour les faire tenir debout et leur donner la puissance dont ils se sentent frustrés après films et jeux vidéos, des fanatiques et des trafiquants, enfin,  surgissent dans ce désert culturel scintillant de richesses et de dépravations, dont ils sont tenus à l’écart comme l’immense majorité de la population, mais avec une haine et un mépris qui les arment et les différencient. Al Bannâ écrivait :  » l’Islam est dogme et culte, patrie et nationalité, spritualité et action, Coran et sabre. » Il n’est pas difficile de comprendre qu’une pareille formule n’est compatible ni avec le Christianisme, ni avec la laïcité, ni avec l’idée d’une Nation républicaine dont les citoyens respectent la loi et ne s’opposent à elle lorsqu’elle blesse leur conscience que par des moyens non-violents. Et pourtant, la mère de Imad Ibn Ziaten l’un des soldats français de confession musulmane, assassinés par Merah, a dit du meurtrier de son fils qu’il déshonorait l’Islam et se dit bouleversée par la mort du militaire britannique. C’est en comparant ces deux attitudes qu’il faut chercher la solution.

(la suite, demain.)

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