FRANCE-ALLEMAGNE : JE T’AIME. MOI NON PLUS !

images (60)France et Allemagne jouent à « Je t’aime.  Moi, non plus ». Wolfgang Schaüble avait pourtant joué les grands frères compatissants en disant : « la France doit poursuivre le chemin des réformes structurelles. Elle sait qu’elle a des coûts administratifs et du travail trop élevés. » C’était plutôt sympathique de voir des réformes structurelles dans un brouet de contre-sens, de mesures complexes et de réformettes, assaisonné, il faut le dire, d’un net changement lexical présidentiel, qui permet de dire compétitivité ou entreprise privée, sans donner l’impression de proférer un gros mot. En bon professeur soucieux d’encourager un mauvais élève qui témoigne d’un peu de bonne volonté, l’Allemagne veut surtout que l’exécutif français prenne ses distances avec le discours idéologique et démagogique qui l’a amené au pouvoir et avec le Parti Socialiste.  Celui-ci, comme un taureau harcelé par le picador gauchiste, continue bêtement à voir rouge. Certes, le PS aime l’Allemagne, mais pas les conservateurs allemands. Pas de chance : ils sont au pouvoir et comptent bien y rester. Alors, Ayrault twitte en allemand un mot doux pour Angela tandis que Hamon, toujours prêt à exhiber une intelligence qui devient légendaire, s’en prend à  Merkel coupable, selon lui, de croire que l’austérité, çà marche. La confrontation souhaitée par Bartolone entre la France et l’Allemagne se produit,  mais c’est entre les deux discours socialistes, celui des réalistes qui pensent que ce n’est pas parce qu’on a dit une chose pour accéder au pouvoir qu’il faut se priver de dire le contraire pour s’y maintenir  et les doctrinaires, les obsédés de l’exception française, de la dépense publique improductive érigée en modèle. Pour dissimuler le changement de cap du pédalo présidentiel, il y a heureusement le brouillard des mots :  croissance contre austérité. Dans le fond, l’opposition franco-allemande existe sur ces deux termes, et la division des socialistes se résume à une nuance dans le ton : dialogue franc et amical ou polémique.

Un allié vient au secours des Français : le nouveau gouvernement italien veut aussi en finir avec l’austérité de Monti. Mais il faut se souvenir que les mots dissimulent autant qu’ils révèlent. Lorsque Letta  ferme la page de l’austérité, c’est pour ouvrir celle la baisse de la pression fiscale sans endettement, qui ne peut se concevoir qu’avec une diminution de la dépense publique. Ce n’est pas la voie choisie par l’exécutif français, et encore moins celle réclamée par le PS qui demande, comme d’habitude de faire payer par l’impôt des riches la réhabilitation de la dépense publique et l’allongement sine die du retour aux équilibres. La vraie frontière passe entre les pays du nord et ceux du sud de l’Europe. Au nord les bons élèves, les fourmis qui ont fait les réformes nécessaires à temps, dans l’Euroland ou en dehors, et au sud, les cigales qui sont entrées dans l’Euro avec leurs mauvaises habitudes, rachetées, dans le passé, en spoliant les épargnants par des dévaluations, devenues impossibles. L’écran protecteur de l’Euro s’est transformé en piège. Au nord un travail moins rémunéré pour une partie de la population. Au sud un chômage insupportable. Au milieu, la France, avec son secteur public démesuré, ses amortisseurs sociaux qui atténuent les symptômes mais l’empêchent de guérir. L’Espagne subit une cure drastique, mais voit son commerce extérieur s’améliorer. La France faute d’avoir su mettre en oeuvre les réformes structurelles indispensables, voit les mauvais chiffres s’accumuler, alors que ses atouts géographiques, démographiques, culturels, ses infrastructures, sa réputation pourraient  en faire aisément le champion européen.

L’Allemagne est aujourd’hui ce champion. Son chômage est à 5,4 % quand le nôtre est à  10,8%. 25% des jeunes Français sont touchés contre 7,7% des Allemands. La croissance allemande est depuis près de dix ans supérieure à la nôtre. Son industrie représente 21% du PIB contre 12 % en France, doublée par le Royaume-Uni. Son excédent commercial est de 190 Milliards d’Euros quand notre déficit, qui persiste de puis dix ans, est en 2012 de 67 Milliards. Les Allemands nous vendent 104 Milliards de marchandises et nous en achètent pour 64 Milliards. Ces résultats sont dus à des choix qui ont été faits avec courage de l’autre côté du Rhin et devant lesquels nous avons reculé. L’UMP ose aujourd’hui reprocher à la gauche d’en appeler à l’héritage, mais durant 10 ans j’ai entendu les gouvernements de droite critiquer les 35 heures et leurs effets sans qu’ils aient l’audace de les abroger ! L’Allemagne a tiré le bilan du recul de l’Europe et elle l’a fait alors même qu’elle devait supporter le poids de la réunification et de la parité du Mark.Elle bénéficie désormais d’un Mark avantageux qui s’appelle l’Euro. Elle a préservé son industrie avec un coût du travail à peine inférieur au nôtre, mais avec un rapport prix-qualité mondialement reconnu. Elle n’a pas hésité à décourager le chômage et à baisser le pouvoir d’achat des salaires dans les services. Elle a choisi le travail. La France, de gauche comme de « droite » a choisi le chômage et l’assistance. Alors, plutôt que de se battre sur les mots, il faut maintenant décider : ou quitter l’Euro et restaurer notre compétitivité grâce à une monnaie dévaluée, soit baisser le coût du travail par une série de vraies réformes structurelles qui comprendront nécessairement la TVA sociale, le système des retraites, la remise en cause du mille-feuille administratif. La droite, hyper-majoritaire pendant de longues années n’a pas eu le courage de le faire. Peut-on raisonnablement imaginer qu’un exécutif de gauche, revenu à la raison, puisse le faire ?

Mot clés:

9 commentaires

  1. kerneilla - 30 avril 2013 16 h 59 min

    1. Et si la Cour des comptes donnait une grande publicité à toutes « les danseuses de la république », citons dans le désordre: les avantages extravagants en plus des rémunérations: frais de représentation, logements de fonction, voitures luxueuses… les conditions de fin de mandat et de retraite exhorbitantes des ministres…
    les dépenses injustifiables (Trier Weiler !) et emplois fictifs…
    les doubles ou triples emplois dans les ministères, et autres administrations , les mille-feuilles de toutes sortes…
    les subventions qui enrichissent les copains et les partisans sans profiter à l’ensemble de la population… les dépenses culturelles qui ne font plaisir qu »au petit nombre qui en profite
    2. et si les journaux menaient des campagnes d’assainissement des finances publiques?
    3. et si la Justice s’en mêlait d’un peu plus près; au lieu de s’occuper des PV pour un Km de dépassement de vitesse au radar…
    4. et si l’Education Nationale formait des citoyens digne de ce nom, et qu’ils en sortent avec des compétences utiles (et non des théories fumeuses : théorie du genre rejetée officiellement par la Norvège qui ne finance plus les labos de recherche sur le sujet)
    5. et si la Sécu arrêtait de rembourser tous les médicaments inutiles, et remboursait mieux les dents et les lunettes qui sont indispensables…si elle surveillait l’utilisation des taxis et ambulances qu’elle rembourse…
    6. si on cessait de faire des dépenses injustifiables : ex. des rond-points inutiles partout
    Tout cet argent libéré pourrait permettre à l’état de rembourser ses dettes, et d’assumer un peu mieux ses fonctions régaliennes….

    Répondre
  2. Langelot - 30 avril 2013 21 h 02 min

    non… on ne peut pas l’imaginer. Les capitaines de pédalo ne deviennent pas des amiraux de flottes.

    Répondre
  3. Vincent Portier-Ripoche - 1 mai 2013 16 h 45 min

    La sortie de l’Euro sonnerait le debut de la Clochardisation et la mise a feux des reserves vives de l’Etat- Nation…cqfd, pour relever la tete, La France doit rejetee,unanime, la PAMPERS ATTITUDE de nos politiques pour une ALLIANCE CIVIL, le 08 Mai 2013…au plus tard.
    Apres, sans UNIFICATION de la Democratie Republicaine et Populaire de France, notre PATRIE sera recouverte d’une vague
    bleumarine en 2014….
    Messieurs les politiques de tous bords,permettez moi

    de vous dire que vous avez depuis trop longtemps laisse vos bijoux de famille au vestiaire

    Répondre
  4. Vincent Portier-Ripoche - 1 mai 2013 17 h 06 min

    En conclusion c’est du moins un aveu de faiblesse ou au mieux un Appel de Detresse….L’Hopital qui se fou de la Charite…

    Répondre
  5. Vincent Portier-Ripoche - 1 mai 2013 17 h 17 min

    Votre CV parle pour vous,heureusement que ses bons Rotord et Igor on plus d’epaisseur physique que votre douceureuse attitude…Il semble qu’ils n’aient aucune confiance en l’avenir de la coquille vide que vous Presidez…et pour cause, la dissolution est proche….Le RPF est mort avec le General…Mes amities emues a vos Altesses…et bonjour chez vous…Que des Vainqueurs,Philippe De Villier en tete….Le RPF est une veritable attraction pour ne pas dire Un Puy Du Fou.

    Répondre
  6. Vincent Portier-Ripoche - 1 mai 2013 17 h 18 min

    RIP…Sinceres Condoleances.

    Répondre
  7. Frédérique - 2 mai 2013 22 h 18 min

    « Peut-on raisonnablement imaginer qu’un exécutif de gauche, revenu à la raison, puisse le faire? »
    Faut-il que vous soyez désabusé en ce moment, pour avoir osé cette question. mdr!

    Répondre
  8. Thibault Loosveld - 2 mai 2013 23 h 22 min

    @ Monsieur le Député:

    « Je t’aime. Moi, non plus. » peut aussi résumer le parcours du député-je-ne-me-présenterai-jamais-contre-Christian-Vanneste depuis un an. Ayant participé à sa campagne du second tour en juin 2012, je remarquai dans son stock de documents de campagne une affiche intitulée « François Fillon soutient Gérald Darmanin ». S’il n’était pas possible d’affirmer que ces affiches auraient servi de roue de secours au cas où les journaleux n’auraient pas mordu à l’hameçon, elles confirmeraient l’une de ces hypothèses:
    – ou bien François Fillon fit preuve d’une grande légèreté en apportant ce soutien car Gérald Darmanin resta au sein du groupe copéiste lors de la scission du 27 novembre 2012.
    – ou bien François Fillon voulait accroître le nombre de copéistes à l’Assemblée Nationale mais, dans ce cas, pourquoi s’est-il plaint de voix qui lui manquaient face à Jean-François Copé ?

    Répondre
  9. Thibault Loosveld - 2 mai 2013 23 h 34 min

    Addendum: les fins lettrés auront remplacé « auraient servi de roues » par « eussent servi comme roues » !

    Répondre

Exprimez vous!