« À ces soldats sans armes… »

« Nous sommes en guerre…  » L’anaphore martiale de M. Macron lors de sa seconde allocution avait pour but de revêtir la tenue dans laquelle le Chef de l’Etat prend toute sa dimension, l’armure du Chef de guerre. L’ennemi est là, il faut se mobiliser, se regrouper au nom de l’union sacrée, faire preuve de discipline, et le généralissime de doter ses troupes des moyens de gagner la bataille ! La communication a produit son effet : un sondage montre une progression de 13 points d’opinions favorables permettant au président de franchir la barre des 50%. Malheureusement, l’histoire de France a tendance à bégayer : du « il ne manque pas un bouton de guêtre » du Maréchal Le Boeuf en 1870 à « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » de Paul Reynaud en 1940, ces discours ont conduit au désastre parce qu’ils cachaient une grande impréparation. C’est le cas, une fois de plus. Le réveil au clairon, tardif, dissimule trois fautes majeures de nos gouvernants : défaut d’anticipation, pénurie de moyens, stratégie inopérante.

Commençons par la dernière : le confinement est le principe de la stratégie. Peut-il endiguer le mal définitivement ? Evidemment non ! Il faudra bien l’arrêter un jour après des conséquences économiques calamiteuses, et le mal resurgira, d’autant plus que la règle n’aura pas été suivie par tous. En fait, le confinement, c’est notre ligne Maginot. Cela peut bloquer l’ennemi, le ralentir, mais cela ne peut le vaincre. Il est destiné à retarder au maximum la propagation du virus, le temps que les pénuries et les erreurs commises soient réparées. C’est un cache-misère ! La fermeture des frontières en amont, la généralisation de l’usage des masques, des gants, du gel hydroalcoolique, le dépistage massif et systématique des personnes contaminées dans la population, et l’emploi rapide de la chloroquine dans les traitements, comme le préconise le professeur Raoult, auraient composé une stratégie efficace dont la France n’avait ni les moyens matériels, ni la volonté politique. Des pays asiatiques comme la Corée du sud, ou européens, comme l’Allemagne, ont été plus réactifs et étaient mieux pourvus que nous.

Car, une fois encore, le « Mal français », indéracinable, semble-t-il, celui-là, apparaît dans toute sa splendeur : un pays suradministré, bardé d’organismes de planification, d’évaluation et de contrôle, dont l’organisation est chamboulée en permanence par un prurit de réformes, se révèle incapable de prévoir les crises parce qu’il ne tire aucun enseignement des erreurs passées. En 2016, Mme Touraine, suivant un des dogmes qui règnent dans les écoles d’administration, selon lequel, plus c’est gros, mieux ça marche, et moins ça coûte, a réuni quatre établissements dans l’Agence « Santé Publique France ». Auparavant, c’était l’EPRUS qui gérait la réserve sanitaire, et l’Institut de Veille Sanitaire qui anticipait les risques. Le premier était notamment chargé de maintenir les stocks. Malgré, ou peut-être à cause de la présence d’autres organismes destinés à l’évaluation des risques, ou à la sécurité des produits, le nouveau diplodocus administratif, son conseil scientifique, et ses dix directions, ont poursuivi et accéléré l’inflexion initiée en 2011 : il ne fallait plus conserver inutilement le milliard de masques chirurgicaux et les 700 millions de FFP2, mais réserver des options d’achat, notamment… en Chine. Le flux devait l’emporter sur le stock, l’économie souple sur la précaution jugée superflue. Le tout était enrobé par une trouvaille rhétorique : il fallait distinguer les stocks stratégiques, et les stocks tactiques. Le Haut Conseil de Santé Publique préconisait de réserver les FFP2 aux personnels de santé, mais en excluant les pharmaciens, les ambulanciers et… les chirurgiens-dentistes ! Par ailleurs, subsidiarité oblige, le renouvellement des FFP2 devait incomber aux établissements hospitaliers, et non plus à l’Etat. C’est ce qui explique que celui-ci se trouva « fort dépourvu, lorsque la bise fut venue » : 150 millions de masques chirurgicaux et une indigence chronique pour les FFP2. Il restait quatre entreprises françaises qui commençaient à livrer aux clients étrangers, par exemple Valmy au NHS britannique, lorsque la commande nationale arriva. Mme Buzyn préféra dire que les masques étaient inutiles. En fait, il n’y en avait pas, avec l’énorme danger de voir le personnel médical, le plus exposé, subir une hécatombe ! Même incurie pour les tests et, pour les réticences à soigner par la chloroquine, il semble qu’une guerre souterraine entre l’INSERM et le CNRS, d’une part et l’IUH de Marseille de l’autre, ait entraîné une disqualification du produit alors que celui-ci obtient des résultats positifs.

La mobilisation après le 15 Mars, alors que le péril est connu depuis début janvier, est une faute lourde qui sera la cause d’un grand nombre de morts et d’une nouvelle défaillance économique dans un pays déjà en grande difficulté. Alors, le pouvoir peut bien comme le précédent pour le terrorisme, tirer quelque profit sondagier fugace, de la catastrophe, il faudra qu’il rende des comptes, lui qui a menti et tergiversé. Ses prédécesseurs, aussi, qui ont accumulé les fautes. Pour le moment, trois médecins, ont, par le biais de leur avocat, Me Fabrice Di Vizio, déposé une plainte contre Edouard Philippe et Agnès Buzyn…

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15 commentaires

  1. DELAFOSSE - 23 mars 2020 8 h 37 min

    Un jour viendra où il faudra bien « tomber les masques ». Mais comme vous le dites, je crains aussi qu’aucun enseignement ne sera suivi sérieusement dans la durée après tout cela. Comme d’habitude d’ailleurs, après chaque épreuve vécue par notre société « lobotomisée ».
    Quand j’écoute notre Président dans ses discours, j’ai l’impression d’entendre GALABRU dans son film « Le viager » :
    « Faites-moi confiance  » !

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  2. Jacques Peter - 23 mars 2020 9 h 15 min

    Le gouvernement ne rendra pas des comptes. Il ne le fait jamais. Tout au plus sera-t-il renvoyé lors des prochaines élections et remplacé par une équipe différente, peut-être pire.

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  3. Gérard Pandolfo - 23 mars 2020 10 h 58 min

    Cnes? Ou plutôt CNRS

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    • vanneste - 23 mars 2020 13 h 37 min

      Je me demande bien d’où vient cette confusion stupide. Peut-être le désir de voyager ! Merci
      !

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  4. DELAFOSSE - 23 mars 2020 11 h 35 min

    L’État et le Gouvernement ne rendent jamais de comptes sur rien..même la Justice ne peut obliger à régler financièrement ce qu’ils doivent.
    Contrairement aux dirigeants redevables du secteur privé, on ne verra jamais un huissier saisir les meubles de Matignon ou de l’Élysée !
    Seul le suffrage des élections peut faire acte de sanction.
    Vive la République

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  5. Amouyal - 23 mars 2020 13 h 50 min

    La France n est pas un pays ou les puissants rendent des comptes .
    En 1945 on a tondu des pauvres femmes et les papon , bousquet et consorts n ont pas fait une heure de prison.
    Il en sera de meme en 2020 , les possedants et leur caste intouchable joueront aux chaises musicales et un clone de macron nous sera imposé tres vite , en toute  » absence de democrarie « 

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  6. Decaillet - 23 mars 2020 17 h 02 min

    En étudiant les chiffres de morbidité de ces dernières années, il apparaît que cet hiver 2019/2020 le covid-19 causera moins de décès que les grippes saisonnières de 2017/2018 et 2018/2019. Quel enseignement en retirer ? Que ce confinement obligatoire, et très peu utile, va permettre des décisions impossibles jusqu’alors : sonner le glas de l’Europe après le Brexit, gérer l’éclatement de la bulle financière mondiale, faire taire les gilets jaunes, détricoter les lois sociales en France, instaurer des couvre-feux là où cela était impossible, revenir aux nationalisations en rachetant aux copains à qui on les avait vendus les bijoux de famille, en permettant ainsi par ce tour de bonneteau à ces sus-mentionnées copains de récupérer l’argent qu’ils auraient perdu s’ils avaient gardé leurs fiducies, et bien d’autres problèmes encore. Nous allons avoir des surprises. Mais peut-être pas seulement des mauvaises.

    Non, la crise actuelle est une façon de sortir de la crise structurelle occidental qui dure depuis 40 ans où plus sans trop affecter les plus riches. La raison du plus fort est toujours la meilleure. Nous sommes en train de le démontrer.

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  7. Loosveld - 23 mars 2020 17 h 33 min

    A l’évidence, une psychose est entretenue par le pouvoir en place, peut-être afin de trouver une porte de sortie parlementaire à quelques laquais d’Emmanuel Macron, désavoués par le premier tour des élections municipales françaises en 2020: en effet, toute contamination virale suit la loi statistique de Poisson, cette dernière étant fondée seulement sur une probabilité et une durée, à l’exclusion de toute distance entre les cobayes.
    Comme le Général de Gaulle, jadis en négociation avec Franklin Delano Roosevelt concernant un acier chromé au tungstate de fer et de manganèse ayant été élaboré à Unieux dans le département français de la Loire, nous devons aussi hurler pour faire reconnaître nos Libertés par les marxistes de l’ENA !

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  8. en passant - 23 mars 2020 18 h 06 min

    Ah non, ce n’est pas l’étatisme qui est en cause ici… ce qui est en cause, ce sont les réformes de structures et l’orientation prise, depuis 2010, d’une réduction des dépenses publiques. Toutes choses que vous n’avez cessé d’encourager.

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    • vanneste - 23 mars 2020 18 h 32 min

      Où voyez-vous que la dépense publique ait reculé ? Elle n’a cessé de croître atteignant 57% du PIB. Le problème n’est pas la nécessité de baisser le gaspillage d’argent public, mais de mieux utiliser celui-ci. Exemple : a-t-on besoin d’un service public audio-visuel ? la réponse est : non ! Et du même coup, on supprime la redevance. En revanche les missions régaliennes doivent disposer de plus de moyens !

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    • Oblabla - 23 mars 2020 18 h 54 min

      « Ah non, ce n’est pas l’étatisme qui est en cause ici… ce qui est en cause, ce sont les… réductions des dépenses publiques. »
      On hallucine à la lecture de pareilles stupidités.
      La France c’est 57 % de dépenses publiques et 48.4% de prélèvements obligatoires soit 10 points de plus que l’Allemagne qui malgré tout a en proportion 3 fois plus de lits de réanimation que nous et malgré un nombre de cas de coronavirus 50% supérieur au notre a 10 fois moins de morts que nous.
      Ça vous parle ça??

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      • vanneste - 23 mars 2020 21 h 03 min

        Il n’est pas certain qu’il y ait plus de contaminés en Allemagne qu’en France. Seulement, les Allemands font plus de tests, dépistent davantage et soignent plus précocement avec un handicap, une population plus âgée. Dépistage + soins intensifs rapides : solution moderne qui nécessite des moyens que la France n’a pas parce qu’elle connaît une pénurie de masques, de tests, et qu’elle craint une surcharge des hôpitaux d’où son recours à une technique médiévale, le confinement !

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  9. rocbalie - 23 mars 2020 23 h 11 min

     » réveil au clairon, tardif, dissimule trois fautes majeures de nos gouvernants : défaut d’anticipation, pénurie de moyens, stratégie inopérante.  »
    moi précisément c’est a partir de ce moment là du texte que j’ai commencé a tiquer !
    le refus de conserver des stocks de précaution est certes indiqué mais le fait que la Chloroquine ai été sortis de la liste des produits en vente libre le 13 JANVIER 2020 !
    ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?

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  10. Loosveld - 24 mars 2020 0 h 31 min

    Le confinement, c’est surtout une aubaine pour museler les gilets jaunes et d’autres mouvements sociaux français pertinents en science économique.
    Si l’Italie du Nord est confinée comme le prétendent les journalistes qui ont des intérêts publicitaires dans le confinement, pourquoi cette télécabine fonctionne-t-elle présentement ? http://www.youtube.com/watch?v=zSWPmfYe6KA

    La réponse à cette question est simple: http://www.youtube.com/watch?v=177oZZxKLIQ

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  11. DELAFOSSE - 24 mars 2020 19 h 23 min

    Veillons quoiqu’il en soit, à ne pas trop tirer sur les ambulances, il sera bien temps de polémiquer sur tout cela quand cette crise prendra fin…ou pas !
    « Les chiens aboient et le virus passe »

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