Le temps des chefs est revenu.

Quand on observe le vaste mouvement politique qui se dessine dans le monde, on s’aperçoit que de nombreux pays, et non des moindres, placent à leur tête des hommes à poigne, des chefs sûrs d’eux et déterminés, inspirés principalement par l’intérêt supérieur de leur nation, et par l’affirmation de son identité. Qui plus est, les peuples les reconduisent, non seulement là où un régime autoritaire laisse un doute sur la qualité de l’élection, mais aussi dans des démocraties où le vote est libre et réellement secret, avec souvent une grande partie des médias hostile au personnage ainsi mis en avant. Vladimir Poutine a été le modèle. La restauration de la Russie comme grande puissance aura marqué sa présidence. L’élection de Trump aux Etats-Unis, avec les slogans de « l’Amérique d’abord » ou « rendre à nouveau l’Amérique forte » a été une sorte d’écho occidental. Certes, le président élu n’avait pas obtenu plus de voix que son adversaire, mais qui affirmerait aujourd’hui qu’il ne sera pas réélu ? En Chine, Xi Jinping affirme le retour d’un grand timonier en Chine. Après une succession de gouvernements pour la plupart éphémères, le Japon est dirigé par Shinzo Abe qui détient le record de durée en tant que Premier Ministre et n’a pas hésité à se rendre au sanctuaire Yasukuni, dédié aux héros qui ont donné leur vie à l’empereur.  Erdogan en Turquie paraît vouloir ressusciter la grandeur ottomane, turque et musulmane à la fois. Bolsonaro au Brésil, Duterte aux Philippines, Al-Sissi en Egypte incarnent avec plus ou moins de succès ce besoin d’un ordre, face au terrorisme ou à la délinquance, établi avec vigueur par un homme dont l’idéologie se résume en priorité nationale, en patriotisme. Pour la première fois, le BJP est reconduit au pouvoir en Inde. Narendra Modi, après un mandat à la tête du gouvernement de Dehli a accru sa majorité et écrasé le parti du congrès dirigé par la dynastie Nehru-Gandhi. Curieusement, il y a une sorte de parallèle entre cet immense pays qu’est l’Inde et Israël. Dans les deux cas, après une indépendance difficile par rapport à l’Empire britannique, de longues années ont été dominées par le parti de centre-gauche qui avait été le fer de lance de la libération. Dans les deux cas, un parti de droite, nationaliste, issu à l’origine des extrémistes de l’indépendance, occupe maintenant le pouvoir, avec à sa tête un homme connu pour sa fermeté.

Une région du monde échappe seule à cette évolution assez générale : l’Europe, à l’exception peut-être de la Hongrie aujourd’hui, et de l’Italie demain. Certains s’en féliciteront peut-être. Ils continueront à affirmer que l’Europe est le havre de l’humanisme, la terre bénie de l’ouverture et de la tolérance, la championne d’une vision cosmopolite dont la seule identité est de refuser des racines exclusives au profit d’un universalisme fondé sur les droits de l’homme et le marché ouvert. Ce beau discours est malheureusement tenu par des chefs d’Etat et de gouvernement, fugaces pour la plupart ou insipides pour ceux qui durent, assez inconsistants dans l’ensemble. Mme Merkel qui a duré a montré ses limites. Quant aux figures de la technocratie bruxelloise, elles ne possèdent ni légitimité démocratique, ni charisme porteur, et n’évitent parfois pas le ridicule : comment une Union de 446 à 512 millions d’habitants peut-elle être représentée par des personnages aussi falots ?

On doit donc s’inquiéter du rapport de forces qui va s’établir et s’établit déjà entre ce géant obèse sans visage et sans volonté et les puissances voraces qui agissent désormais dans le monde. Comme il paraît assez évident que l’existence d’un Charlemagne ou d’un Napoléon est exclue en raison de la divergence légitime des nations d’une part, et de la loi qui veut qu’un choix commun ne peut être fondé que sur un compromis pour choisir le personnage le moins capable de faire de l’ombre aux autres, la seule solution consiste à faire en sorte qu’il y ait en Europe une collection d’Orban ou de Salvini, capables de s’entendre. Après tout, ce serait un retour aux sources de l’épopée occidentale. Les rois grecs étaient de fortes personnalités, de l’impérieux Agamemnon au bouillant Achille en passant par le rusé Ulysse. Ils ont néanmoins gagné la guerre de Troie !

Les élections européennes en France ont témoigné de la décadence profonde de notre pays. Alors que les grands dirigeants savent s’identifier à leur peuple et être soutenus par une majorité de manière continue, selon le modèle de Viktor Orban en Hongrie, les Français connaissent exactement la situation inverse. Un personnage à la psychologie trouble s’est emparé du pouvoir dans un climat délétère et à la suite d’une étonnante manoeuvre médiatique et judiciaire. Ce socialiste haut fonctionnaire et banquier a multiplié les fautes, mais a continué à bénéficier d’un soutien exceptionnel auprès des grands médias. Elu par défaut contre Marine Le Pen, il caresse l’espoir de recommencer en 2022. Loin d’être porté par un peuple qui se reconnaît en lui, il entend conduire un peuple qu’il méprise, parce qu’une majorité ne voudra pas de son adversaire. La France est aujourd’hui apparemment fractionnée en de multiples familles politiques et réellement coupée en deux comme le montre le vote « en marche » des beaux quartiers, des banlieues résidentielles et des régions paisibles, expression mécanique d’une sociologie, non d’une vision politique. L’Europe est aujourd’hui menacée par une submersion migratoire, mais on lui fait croire que l’urgence est climatique pour qu’elle tourne le dos au vrai péril, et le Président français est un acteur essentiel de cette trahison.

 

 

 

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7 commentaires

  1. DELAFOSSE - 29 mai 2019 7 h 55 min

    Et oui, il suffit souvent d’une seule forte personnalité pour tout faire basculer dans la réussite (mais parfois dans le le chaos ). L’ Histoire l’a toujours prouvé…et Macron en rêve !

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  2. LAUBER Catherine - 29 mai 2019 9 h 19 min

    Il « a continué à bénéficier d’un soutien exceptionnel auprès des grands médias » Oui, c’est une très grande faute de la part de ces médias, je trouve cela honteux !
    Et pour ce qui est des prochaines élections présidentielles, je ne suis pas sûre du tout, au vu des derniers résultats nationaux, que le vote se reportera sur notre « petit roitelet » qui n’a de loin pas l’envergure d’un « chef ».
    Beaucoup beaucoup de Français portent la blessure très profonde du mépris qu’il manifeste devant la souffrance des « petits », et la révolte des « gilets jaunes » même si elle ne s’exprime plus que très peu à cause de la violence des casseurs, cette révolte risque fort de nous revenir dans la figure comme un boomrang ; quand on ne l’attendra plus…!

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  3. en passant - 29 mai 2019 16 h 20 min

    Un chef ? D’accord, mais pas de gauche :

    https://twitter.com/pbriday/status/1133651476998426625

    car, comme le disait le président Macron pour justifier son choix pour Alstom, « on n’est pas au Venezuela, ici ».

    Cette décision, dans la plus pure ligne libérale (l’Etat n’intervient pas) porte à présent ses fruits, comme beaucoup d’autres.

    La ligne néolibérale étant portée par toute la presse, par la simple raison que les propriétaires des journaux y ont un intérêt direct, ce n’est vraiment pas nécessaire d’en rajouter.

    Il faut trouver un équilibre, comme dans l’article de Kolakowski déjà cité « comment être (en même temps) socialiste, conservateur et libéral ».
    Si la France veut survivre, il me semble que cet équilibre sera, par la force des choses, vers nettement moins de libéralisme économique qu’actuellement. Vers plus d’interventionnisme en tout cas.

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  4. Jacques Peter - 29 mai 2019 22 h 16 min

    Et toujours pas d’appétence pour le libéralisme à droite. Alors on singe la gauche et on s’étonne des piètres résultats.

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  5. Ribus - 30 mai 2019 11 h 09 min

    Vous supposez dans votre définition que le chef est suivi par toute une nation ; les Français en ce moment ont un chef de faction. Par son charisme et son autorité bienveillante le vrai chef obtient l’adhésion de tout un peuple y compris au bout du compte ceux qui ne sont pas du même bord que lui. Nous avons un faux chef qui lutte contre son peuple pour imposer un métissage et tuer la civilisation fondatrice d’un pays. Nous sommes donc dans un Etat barbare au sens premier du terme : «βάρϐαρος / bárbaros  » : l’étranger. Le combat qui a lieu n’est pas seulement entre patriotes et progressistes mais entre civilisés et barbares.

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  6. Galatine - 30 mai 2019 20 h 15 min

    Sans être un fan absolu de Poutine – et d’Erdogan encore moins – , osons la comparaison entre ces patriotes qui pensent à leur pays avant tout et l’ectoplasme présidentiel français, marionnette cooptée par la haute fonction publique, la justice idéologisée, quelques oligarques du monde des affaires et l’ensemble des médias…

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  7. Pitton Rita - 31 mai 2019 9 h 27 min

    Merci pour ce post et merci aux commentateurs surtout à En PASSANT dont je me sens proche .

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