Non, la France n’est pas de retour !

parlementecraseLes Français ont pu entendre la traduction du discours de « leur » Président à Davos. Soyons honnêtes, c’était moitié-moitié, comme le sentiment qui se dégage de ce nouvel épisode de la mise en scène présidentielle. Narcisse était manifestement très content de sa prestation et de son numéro de « globish ». Jupiter était l’objet de l’admiration de tous ceux que leur réussite fait converger vers ce foyer enneigé du mondialisme et qui reconnaissaient l’un des leurs. Les Français étaient partagés. D’un côté, ils pouvaient, pour certains, ressentir quelque fierté d’avoir un représentant jeune, brillant, et parlant si bien le sabir atlantique, avec peut-être la promesse d’un décollage économique grâce à l’afflux des entreprises et des capitaux que la séduction française attirera. De l’autre, et pour beaucoup, ils ne pouvaient que s’interroger sur le décalage entre ces images portées comme d’habitude par des médias enthousiastes, et la morne réalité des autres informations. Après avoir reçu fastueusement à Versailles 150 grands patrons à l’échelle mondiale, M.Macron se rendait au sommet des Maîtres du Monde. Pendant ce temps, les gardiens de prison, agressés quotidiennement, mal rémunérés, se faisaient menacer par l’Administration pénitentiaire de sanctions pécuniaires pour faits de grève illicite. On a compris que l’énarque et ancien banquier s’intéresse davantage à la super-classe mondiale, avec laquelle il se sent plus à l’aise, qu’aux gens dont les emplois modestes montrent qu’ils n’ont pas réussi. Mais peut-être oublie-t-il que le Chef de l’Etat a pour rôle d’assurer le bon fonctionnement de celui-ci, et notamment ses missions régaliennes ?

Jupiter a choisi de déléguer les sujets difficiles, pour ne pas dire les problèmes insolubles au gouvernement qui va s’y user, tandis qu’il maîtrisera l’agenda de sa mise en valeur médiatique. Versailles, Davos, et bientôt Washington sont les étapes d’une histoire personnelle qui doit aller de succès en succès, ponctuée de quelques courts moments bien protégés de tout risque, à Calais ou chez les paysans. Mais à y regarder de plus près, le spectacle laisse à désirer. « France is back » est le slogan repris en choeur par les médias. La traduction apparente serait que la France est de retour, mais au-delà du langage orwellien, on pourrait aussi entendre : la France a capitulé. On connaît la phrase de François Ier après Pavie : « tout est perdu fors l’honneur ». Ce roi était celui qui avait légalisé l’usage du français par « l’Ordonnance de Villers-Cotterêts ». On pourrait à propos de Davos, résumer l’allocution présidentielle par une formule : « rien n’est perdu, sauf le français » ! Or, cette perte n’est pas anodine. Mme Merkel, de même que le représentant chinois ont vanté le libre-échange, dont ils sont les gagnants. Les Américains ont, avant l’arrivée de leur Président, annoncé la guerre économique. Le « retour » de la France, dont le rétablissement économique demeure bien poussif, a consisté à faire allégeance au mondialisme en parlant sa langue, et en quémandant ainsi la récompense de l’abandon de ce qui lui restait d’essentiel : sa culture. Ce n’était nullement nécessaire. Comme l’écrit Claude Hagège dans « Contre la Pensée unique », « la langue française est la substance même de la nation française ». Sa destruction, son remplacement sont l’objectif « d’un travail de sape des élites vassalisées ». Il est clair que leur candidat est devenu Président de la République. En conclusion, Hagège précisait :  » il ne s’agit pas d’extermination physique mais d’asservissement intellectuel, politique et économique ».

M.Macron se porte bien d’après les sondages. La troisième qualité nécessaire au « Prince », selon Machiavel, ne lui fait pas défaut : la chance ! La plupart des rivaux à l’intérieur comme à l’extérieur sont éliminés ou affaiblis. L’opposition française est convalescente. Les autres chefs d’Etat ou de gouvernement sont en difficulté. La plupart ont commis des erreurs. Lui n’en a pas eu le temps. Son élection est récente et la prochaine n’est pas en vue. Il hérite d’abord des institutions de la Ve République qui assurent le pouvoir à l’exécutif et lui donnent une majorité parlementaire soumise la plupart du temps, parce qu’elle a intérêt à l’être. Il bénéficie ensuite de la médiocrité de son prédécesseur après qui il n’est guère difficile de briller avec un peu de talent. Il arrive enfin au moment même où le contexte économique international se met au beau fixe, sans qu’il y soit pour quelque chose. Mais, à y regarder de plus près, derrière le décor du village Potemkine de Davos, les coulisses sont moins reluisantes. Le chômage a reculé presque partout en Europe. En France, il stagne avec à peine une baisse de 0,1% en décembre et nous laisse à un taux de 9,2% tandis qu’il est de 3,6% en Allemagne et de 7,3% dans l’Union Européenne, malgré les 16 % des Espagnols qui l’ont fait baissé de 3 points en 2017. Les annonces de suppressions d’emplois par des groupes aussi importants que PSA ou Carrefour n’améliorent guère les perspectives. Notre commerce extérieur est toujours au rouge vif : en Novembre, le déficit se situait à 5,7 Milliards d’Euros et portait le cumul à 60 Milliards sur 11 mois. La politique budgétaire n’est pas à la mesure des ambitions affichées : elle additionne des cadeaux ciblés et une poursuite du matraquage fiscal plus qu’une maîtrise des dépenses publiques.

M.Macron est revenu auprès des siens à Davos et leur a parlé leur langue. Ce n’était pas la France qui était de retour.

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10 commentaires

  1. DELAFOSSE - 25 janvier 2018 9 h 32 min

    Je préfère voir un Président se préoccuper de politique étrangère que du problème des prisons, prérogative de niveau ministériel.
    N’a-t-on pas suffisamment critiqué Sarko qui voulait se mêler de tout ?
    Quant à la France, les Français sont assez grands pour se rendre compte par eux-mêmes si tout va mieux dans leur quotidien…ou pas !

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    • vanneste - 25 janvier 2018 15 h 58 min

      Pas d’accord. La sécurité est une mission prioritaire de l’Etat. Le commerce, non et les finances encore moins.

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      • DELAFOSSE - 25 janvier 2018 17 h 18 min

        Bien d’accord avec vous, mais, si les Ministres d’Etat en charge des Armées, de la Justice ou de l’Intérieur ne sont pas aptes à faire face à ce type de problème engageant notre sécurité, sans demander l’ assistance du Président, faisons l’économie de ces postes dits à responsabilité, nos finances ne s’en porteront que mieux !
        Ou considérons qu’un vrai ministre, ce n’est plus ce que c’était…

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        • Léry - 26 janvier 2018 17 h 46 min

          Le ministre des armées n’est pas ministre d’état, ce que je trouve inadmissible.

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          • DELAFOSSE - 27 janvier 2018 10 h 27 min

            Ministre d’Etat ou Ministre de l’Etat, malheureusement, je ne pense pas que cela change grand chose au problème .
            Entre les décisions d’un Président Chef des armées et un Général Chef d’état-major, le ministre des armées n’est qu’un simple gestionnaire.

    • ED - 28 janvier 2018 8 h 05 min

      Le Président de la république est :
      1 ) le chef de l’État en France, chef des armées, co-prince d’Andorre, chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean-de-Latran. Il est garant de la Constitution de la Ve République française.
      2) Il lui revient, avec son 1er ministre , de déterminer les grandes orientations économiques du pays, véritable architecte du projet de la société française .
      De Gaulle avait cette capacité.
      Après avoir eu un clown gélatineux incapable (mais qualifié par de nombreuses « élites » de Président particulièrement intelligent) nous avons un individu dont on peut se demander l’état de sa santé mental quand celui-ci dénigre à longueur de temps la population française, lui faisant endosser en Algérie le costume de criminelle contre l’humanité, puis de peuple « irréformable », de fainéants et d’incultes en Bretagne……
      Un VRP qui critiquerait son entreprise de cette façon se ferait virer pour faute grave.
      En temps de guerre on pourrait parler de trahison contre la patrie.
      Aujourd’hui, par la grâce d’une presse inféodée au pouvoir financier, assistée par une élite mafieuse et une population française léthargique, pleutre et pusillanime RIEN.
      Vea Victis, vae soli

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  2. Jacques Peter - 25 janvier 2018 14 h 40 min

    Le diagnostic est toujours le même: trop de dépenses publiques, trop d’impôts, trop de règlements, bref trop d’Etat. Macron a beau être jeune et brillant, et avoir la chance de surfer sur une conjoncture économique mondiale favorable, il ne s’attaque pas au mal français: son Etat obèse.

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  3. Trouvé - 25 janvier 2018 18 h 06 min

    J’approuve totalement votre diatribe contre le politique de communication de Macron, politique à usage personnel. La France attend toujours des résultats concrets sur son « mieux vivre ». Il faudrait tout-de-même que si l’on stigmatise le mondialisme, on milite pour la sortie de l’UE. Mondialisme et UE sont cul et chemise et nous imposent les lois de la monnaie unique, et de la libre circulation des capitaux qui assomment nos petites et moyennes entreprises sur le marché intérieur, qui fait disparaître notre patrimoine en Chine et au Qatar, et qui fait fuir notre argent vers les paradis fiscaux.

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  4. lapaladine - 25 janvier 2018 18 h 18 min

    J’ai écouté le discours de Macron à Davos. Heureusement que j’étais assise, « plus hypocrite tu meurs ». Il a demandé aux riches de ce monde de partager davantage sinon les populistes gagneront. A la suite sur « 24 heures Pujadas » C Autain, et pourtant je ne suis et n’ai jamais été de gauche, et Ferjoux d’Atlantico n’ont pas eu de mots d’assez durs pour critiquer le discours de Macron. Tout dans la com et il fait le contraire de ce qu’il dit en réalité. Le député LREM a eu beaucoup de mal à défendre Macron. Le discours de Macron était destiné à la finance internationale.
    Or les GAFA et la finance se livrent une guerre que les GAFA sont en train de gagner. Lire pour cela le livre de Natacha Polony et du Comiité Orwell « Bienvenue dans le pire des mondes ». Macron semble mettre en garde la finance et leur dit qu’ils doivent s’allier la bienveillance des pauvres sinon elle perdra sur tous les tableaux.

    Mais j’ai été scandalisée par le discours de Macron non par ce qu’il disait mais parce qu’il osait dire ce qu’il ne fait pas en France!!! C’est à croire qu’il a des taupes qui vont les réseaux sociaux qui sont contre lui, qu’ils en font une synthèse et qu’à partir de là on lui fait des discours pour plaire à cette opposition

    Macron nous a fait un beau discours à Davos dans lequel il dit le contraire de ce qu’il fait en France. Ecoutez son discours mais soyez bien calé dans votre fauteuil si vous ne voulez pas en tomber à la renverse. Ce discours est une anthologie du mensonge à lui tout seul, insurpassable à mon avis!!!

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  5. Francis Claude Neri - 28 janvier 2018 11 h 32 min

     » Macron nous a fait un beau discours à Davos dans lequel il dit le contraire de ce qu’il fait en France. Ecoutez son discours mais soyez bien calé dans votre fauteuil si vous ne voulez pas en tomber à la renverse. Ce discours est une anthologie du mensonge à lui tout seul, insurpassable à mon avis!!! »

    « JE » confirme 🙂
    Christian vous devenez « bon de bon » comme ils disent à Marseille et à mon avis ne rejoigez pa

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