Le Monde arabo-musulman, un baril toujours plus dangereux. (V)

peinedemortLe Moyen-Orient et le monde arabo-musulman sont parcourus par des des divisions plus nombreuses aujourd’hui que dans les années 1990, à la chute de l’URSS, ou 2010, lors de l’illusoire Printemps arabe. L’idée de réaliser la même opération dans les pays arabes que dans l’Europe de l’Est, une progression de la démocratie libérale, s’est, en effet, révélée une dangereuse illusion. Il n’est pas absurde de s’interroger aujourd’hui sur le lien entre cette forme de régime politique et son terreau chrétien. La séparation des pouvoirs et la limitation de l’empiétement de l’Etat sur les droits de la personne sont inscrites dans une religion qui sépare Dieu et César, et permet à chaque individu de revendiquer l’autonomie de sa destinée spirituelle par rapport au pouvoir temporel, et son égale dignité d’enfant de Dieu. Ce n’est donc pas le hasard qui fait que les démocraties les plus solides et les plus tolérantes se situent dans des pays à dominante protestante. Une sorte de dégradé peut ensuite couvrir le monde, avec les pays catholiques, plus coutumiers des dictatures, les orthodoxes, héritiers du césaro-papisme byzantin, chez qui la démocratie est plus rare, et les religions non chrétiennes. L’alternance régulière de la majorité et de l’opposition constitue le modèle anglo-saxon. Les Etats dont la population adhère à des religions orientales, comme le Bouddhisme, semblent y répugner. L’Inde représente une exception de taille, mais le long règne de la famille  Nehru-Gandhi, et les inégalités criantes, en font aussi une démocratie « à part ». Il n’existe aucune démocratie dans le monde arabo-musulman. La confusion des pouvoirs religieux et politique de même que les discriminations et l’intolérance qui sont au coeur de l’islam y prédisposent peu. Trois pays se distinguent toutefois : le Liban en raison de la multiplicité de ses communautés confessionnelles, et de la dominante historique des chrétiens ; la Tunisie, où Bourguiba a insufflé lors de l’indépendance une certaine dose de laïcité, mais l’importance du contingent tunisien parmi les djihadistes montre à quel point, sous la surface, la réalité du pays est plus inquiétante ; la Turquie, enfin, dont l’évolution actuelle vers le pouvoir autocratique d’Erdogan, dissipe le fantasme qui voyait dans son parti une sorte de « démocratie musulmane », comme il y a des « démocraties chrétiennes ».

La division de l’islam entre Chiites et Sunnites constitue la fracture la plus profonde annonçant le séisme qui menace le Moyen-Orient. Les Etats qui sont à la tête de chacun des deux camps ne sont pas des démocraties, mais l’un et l’autre des « théocraties » où la loi coranique l’emporte sur la volonté générale. L’Arabie Saoudite est une monarchie absolue. Le pouvoir y est détenu par la famille Saoud, mais celle-ci ne l’a conquis que grâce à une alliance nouée au XVIIIe siècle avec Ibn Abdelwahhab, le doctrinaire salafiste du wahhabisme, une conception hyper-rigoriste de l’islam qui inspire toujours le royaume. Modestes souverains d’une oasis du Nejd, c’est lors de la troisième tentative, que les Saoud se sont emparés de l’ensemble de l’Arabie et ont arraché les villes saintes du Hedjaz, La Mecque et Médine, en 1924, aux Hachémites qui étaient « Chérifs de la Mecque ». Les Hachémites, qui règnent sur le Jordanie maintenant, y étaient légitimes puisque descendants de Mahomet. Les Saoud ne le sont pas. Leur pouvoir tient à l’immense richesse pétrolière et au wahhabisme. A défaut de descendre du Prophète, il leur faut donc être plus musulmans que lui. La troisième carte, maîtresse, des Saoud est le soutien sans failles des Etats-Unis depuis l’accord de 1945. Le géant pétrolier a néanmoins des pieds d’argile, notamment la présence d’une forte minorité chiite en son sein, mais aussi son éclatement tribal, et les inégalités considérables d’un pays où les chrétiens n’ont aucune place. De l’autre côté du Golfe, dans un face-à-face menaçant, se trouve l’Iran, perse et non-arabe, trois fois plus peuplé, et qui est une théocratie chiite. Celle-ci revêt la forme d’une république, avec un guide suprême, qui détient le pouvoir religieux, supérieur au pouvoir politique. Le système a l’apparence d’une démocratie, avec un Président de la République et un Parlement, où siègent d’ailleurs quelques députés chrétiens. La réalité limite toutefois  la démocratie au point de savoir si l’islamisme qui règne va être plus ou moins rigoureux ou modéré. L’Iran influence directement le Hezbollah libanais, la Syrie de Bachar Al-Assad qu’il soutient, et de plus en plus l’Irak dont la majorité chiite est au pouvoir depuis 2003.

La Russie est alliée de l’Iran. Les Etats-Unis de l’Arabie Saoudite. Celle-ci exerce une influence sur de nombreux états sunnites grâce à sa richesse. Mais on peut percevoir dans sa stratégie une  dispersion qui ruine son efficacité et éveille même des craintes sur la stabilité du pays. Son ennemi principal est le chiisme qu’elle combat directement au Yémen. Elle a, par ailleurs, aidé les rebelles syriens. Quelle a été l’étendue de ce soutien ? A-t-il englobé les terroristes d’Al Qaïda, voire l’Etat islamique ? On doit le supposer d’autant plus que la manne saoudienne peut provenir de l’un ou l’autre des clans richissimes du pays plutôt que de l’Etat lui-même. Les résultats des interventions saoudiennes sont minces. En Syrie, l’axe chiite l’a emporté, de même qu’il a renforcé son emprise sur le Liban. C’est ce qui explique l’étonnante gesticulation d’Hariri, démissionnant comme Premier Ministre du Liban, alors qu’il est à Riyad. Autre déconvenue : malgré la férocité des moyens employés contre les rebelles chiites yéménites « Houthis », ceux-ci tiennent toujours la capitale. Le second ennemi est un rival à l’intérieur du sunnisme : les Frères Musulmans, qui accusent les Saoud d’hypocrisie. Ryad accompagne financièrement l’Egypte de Sissi qui les a chassés du pouvoir. Elle punit en revanche le Qatar qui les avait accueillis. Leur présence au sein des rebelles du Printemps arabe a contribué à disloquer l’alliance qui soutenait ce mouvement. Paradoxalement, l’Arabie s’est écartée de  la Turquie, mais se retrouve en revanche en « phase » avec Israël dans leur hostilité commune au hezbollah. La Turquie, quant à elle, protège les rebelles syriens liés aux Frères Musulmans qui tiennent plusieurs secteurs dans le nord-ouest du pays, mais elle est hostile à ceux qui ont pris Raqqah au nord-est, car ils sont essentiellement kurdes. Les Turcs se sont rapprochés des Russes, ont mis en place avec eux les zones de désescalade. Les Américains, et paraît-il  des Israéliens, sont aux côtés des Kurdes.

Le Western annoncé en 2011 d’un combat entre le bien et le mal, la démocratie conquérante et les affreux dictateurs s’est mué en un obscur film d’espionnage dont sont amateurs les esprits compliqués et un peu tordus : agents doubles, retournements d’alliance et trahisons nourrissent le scénario. La fin des premiers est toujours garantie. Tel n’est pas le cas des seconds… (à suivre)

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7 commentaires

  1. erwan - 17 novembre 2017 10 h 00 min

    M. Vanneste, comme vous le mentionnez si bien, c’est précisément parce que la France n’est pas un pays historiquement protestant, mais catholique, que le modèle de démocratie libérale ne lui convient pas. Comme vous le savez, la démocratie libérale (et son cortège de valeurs universelles comme la liberté, l’égalité) est le cheval de Troie de l’islamisme. Cessons de copier les pays anglosaxons protestants dans lesquels les chefs d’Etat ont ta

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  2. erwan - 17 novembre 2017 10 h 03 min

    suite…tant de mal à gouverner, le président Trump aux USA en est le symbole….et puisons dans notre identité, dans ce qu’elle a de plus noble, pour faire naître ‘ou renaître?) une démocratie illibérale solide, seule capable d’affronter une civilisation qui veut anéantir la nôtre.

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    • DELAFOSSE - 19 novembre 2017 9 h 36 min

      Supprimez toutes les religions de ce monde et il nous restera toujours quelques « Politiques » pour dresser les gens les uns contre les autres…

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  3. kerneilla - 18 novembre 2017 11 h 35 min

    Le christianisme est à la base des « droits de l’homme » (et de ses devoirs); et il est incompatible avec l’islam; tout l’histoire, depuis 2000ans en est la preuve; il serait temps que nos gouvernants le comprennent et qu’il arrête de céder à toutes les pressions des islamistes :
    – les djiadistes, traîtres à la France doivent être déchus de la nationalité (comme le dit la Loi) et expulsés du pays (avec éventuellement regroupement familial ailleurs (cela doit marcher dans les deux sens);
    – les musulmans qui veulent vivre en France doivent se faire discrets comme le sont les ressortissants des autres religions (il n’y a pas de prières de rue revendicatives chez les chrétiens, les juifs etc…et quand ils ont besoin d’un lieu de culte , ils se le construisent à leurs frais, et ne le réclament pas à l’Etat, donc de fait aux autres citoyens);

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  4. kerneilla - 18 novembre 2017 11 h 38 min

    suite:
    Quant au « voile islamique », c’est une farce, toutes les religions demandent de la décence, aucune n’impose de se déguiser, ni de se singulariser à outrance par des accoutrements (un voile peut protéger du soleil en Arabie, il est totalement déplacé en climat tempéré; c’est du simple bon sens…), on pourrait dire la même chose au sujet du porc (dont la viande ce conserve mal à la chaleur, mais très bien dans un réfrigérateur…); Il n’est pas interdit aux religions d’avoir du bon sens; Dieu n’est ni stupide, ni cruel… ce sont des hommes qui le sont en Le prenant comme prétexte… Ce serait bien si les gouvernants cessaient de céder aux pressions des hommes stupides et cruels…
    (qu’on ne me rétorque pas le vêtement des religieux, ils doivent, eux, se faire reconnaître par leur ouailles, et le vêtement reste discret en ce qui concerne les catholiques, majoritaires en France…Il serait temps d’ailleurs d’avoir le courage et le sens des réalités, en affirmant les racines chrétiennes de l’Europe, ce sont elles qui ont forgé le pays (moines défricheurs, écoles, hôpitaux, hospice des vieux, orphelinats…)
    Les « Veaux » (De Gaulle) ont la mémoire courte, et sont très ignorants de leur Histoire…

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  5. kerneilla - 18 novembre 2017 11 h 40 min

    du courage (et non « le »), mes excuses…

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    • DELAFOSSE - 18 novembre 2017 19 h 53 min

      Pouvez-vous imaginer un instant apercevoir une personne en burka sur une piste de ski de fond en plein hiver ?
      C’est exactement ce que j’ai pu voir l’hiver dernier dans une station de ski des Hautes Alpes, alors pour ce qui est de la provocation , comme vous dites , les islamistes sont champions du monde !

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