L’Homme Providentiel, mythe ou réalité ? (II)

LeonCharlesNapoléon Ier et le Général de Gaulle sont les modèles de l’Homme providentiel. Comme l’écrit Patrice Gueniffey dans son « Napoléon et de Gaulle Deux héros français », « les deux histoires… se rejoignent à un moment et un seul.. : le 18 Brumaire et le 13 Mai. Bien sûr, il ne s’agit pas de les accuser tous deux d’avoir en commun un coup d’Etat dans leur parcours. Celui de Bonaparte l’est à coup sûr et a débouché sur la dictature, puis sur l’Empire. Le retour au pouvoir de Charles de Gaulle a certes procédé d’un mouvement militaire qui avait touché les départements d’Algérie, puis la Corse, mais chacun se souvient de sa déclaration en forme de boutade du 19 Mai 1958 : « Croit-on, qu’à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ? » La continuité républicaine a été de bout en bout observée même si l’esprit des institutions a été renversé. Désormais l’exécutif cessait d’être un exécutant pour être la source essentielle des choix du pays. Mais il ne le faisait que sous le contrôle du Parlement, ce qui gardait à la France son statut de démocratie parlementaire et non présidentielle, mais avec un exécutif renforcé pour accroître l’efficacité du pouvoir et permettre au pays de surmonter les difficultés avec une vigueur et une rigueur dont la IVème République avait été incapable. La prise du pouvoir par Napoléon fut plus brutale et plus totale. Mais tous deux ont surtout réussi une rupture avec une situation déplorable et une évolution inquiétante. Tous deux ont, en très peu de temps, introduit de nombreuses réformes qui ont permis le redressement de la France. Tous deux ont réuni autour d’eux des personnalités compétentes, choisies pour cette raison, et mobilisées à la fois par le personnage qu’ils servaient et pour la mission qu’il leur confiait, à ses côtés, de relever le pays. L’Homme providentiel, chez Napoléon, c’est en fait le 1er Consul Bonaparte qui fait la synthèse de l’Ancien régime et de la Révolution en rétablissant l’ordre, en organisant l’administration, en apurant les finances et en restaurant le culte catholique. La Banque de France, la Cour des Comptes, le Code Civil datent de cette époque relativement brève qui voit la France imposer la paix à ses ennemis. Mais la guerre reprendra et presque sans arrêt, si ce n’est durant l’exil à l’île d’Elbe, elle ne s’achèvera qu’à Waterloo. Devenu Empereur, le sauveur de 1799, offrira à la France une aventure brillante, une légende pleine de gloire qui marquera l’imagination française, nourrira parfois une arrogance et une vanité agaçantes à l’étranger, mais qui laissera, pour finir,  au pays le plus puissant et le plus peuplé d’Europe une place subalterne sur le continent et dans le monde. L’Homme « providentiel », qui est l’instrument de l’Esprit qui anime l’Histoire selon Hegel, ayant rempli ce rôle, avait permis le redressement du Pays en 1799, et provoqué son effondrement en 1814-1815, pour que, durant un siècle, son vainqueur, l’Angleterre régnât …

De la même manière, de Gaulle a instauré la Ve République, restauré les finances, redoré l’image nationale dans le monde. Son héritage subsiste avec les institutions léguées, mais trop souvent modifiées, avec une influence, certes diminuée, mais encore supérieure aux moyens réels dont dispose la France. Néanmoins, jamais sans doute plus qu’aujourd’hui, les Français n’ont ressenti le déclin et la décadence de leur pays. Economie poussive, alourdie par un poids de l’Etat et une dépense publique excessifs, industrie dépassée et dépecée, identité menacée, indépendance et souveraineté altérées témoignent qu’à l’intérieur du cadre institutionnel, apparemment sauvegardé, la réalité nationale s’est amoindrie. Là encore, le redressement n’aura eu qu’un temps. Si Napoléon s’est chargé seul de gâcher celui qu’il avait opéré, ce sont les successeurs du Général, et surtout ceux issus de la gauche qui se sont acharnés à anéantir le sien. De Gaulle, contrairement à Bonaparte, a sauvé deux fois le pays, d’abord en 1940, en l’appelant à surmonter le désastre et en lui permettant de le faire oublier en 1944, puis en 1958. Mais tout se passe comme si la capacité d’un homme à s’opposer au destin avait ses limites. La politique algérienne du Général, qui a pu apparaître comme une trahison, a surtout été la soumission aux nécessités du réel. Or, on s’attend à ce qu’un Homme providentiel fasse des miracles. Cela n’a pas été le cas. Mais le Général, malgré son réalisme politique, mettait encore la barre trop haut pour que les Français ne se lassent pas. A peine la boîte à chagrin de l’Algérie était-elle refermée que les mineurs criaient : « Charlot, des sous » ! Une élection présidentielle plus difficile que prévue, la folie de Mai 68, et un référendum perdu plus tard, l’Homme providentiel s’en allait. Il devenait encombrant.

L’intention de Macron, qui, lui aussi, a bénéficié d’une sorte de coup d’Etat, médiatique cette fois, suivant l’air du temps, est sans doute de revêtir à son tour les habits du rôle. Manifestement, il n’en a pas l’étoffe. Ceux qui l’entourent n’ont rien de Connétables. Son objectif est sans doute d’améliorer les performances économiques du pays, mais c’est pour le faire mieux disparaître dans une Europe transformée par l’immigration, dont les peuples seront de moins en moins maîtres de leur destin. Le médecin dont le malade meurt guéri ne peut incarner la providence. (à suivre)

 

 

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