18 Juin Liberté et dignité du peuple français.

jeanneleoncharlesLe 18 Juin 2017 restera donc dans l’histoire comme la date des élections législatives. Les sondages annoncent un taux d’abstention record et, par ailleurs, la victoire de l’armée d’ectoplasmes politiques qui ne doivent leur existence qu’à la pancarte qu’ils brandissent portant le nom d’un homme dont le bilan est inexistant mais la mise en scène tapageuse. Trois autres « 18 Juin » ont jalonné notre histoire nationale avec pour point commun d’être marqués par la lutte contre l’envahisseur et la défense de la liberté. Le 18 Juin 1429, après avoir délivré Orléans, l’armée royale guidée par Jeanne d’Arc, écrasait les Anglais à Patay. Notre récent président s’attachera au Mont Valérien, malgré l’abîme qui sépare les deux hommes, à s’associer par la commémoration à l’Appel du Général de Gaulle en 1940. Le 18 Juin, c’est aussi le jour de Waterloo, ce désastre qui conclut l’aventure napoléonienne, et ouvrit la porte à l’invasion. Lorsque le roman national était encore à la mode, cette bataille perdue était perçue à travers la bravoure légendaire des vaincus et venait à peine ternir la gloire d’un règne qu’il est aujourd’hui de bon ton de dénigrer pour des motifs anachroniques. On ne célèbre plus le soleil d’Austerlitz, mais on déplore le rétablissement de l’esclavage dans les îles. Plus objectivement, pour un esprit réaliste et quelque peu cynique, l’irruption des Bonaparte dans l’histoire de notre pays se résume à trois défaites : Trafalgar, Waterloo, et Sedan. Vaincue par les Anglais et les Allemands, la France y a laissé sa primauté européenne. Elle a été affaiblie à un point tel  qu’elle ne pourra imposer l’armistice de 1918 qu’au prix de sacrifices irréparables et grâce à des alliances indispensables. En 1940, plus faible encore, privé de plusieurs de ses alliés, conduit par des politiciens dénués de courage, et ayant abandonné tout souvenir de la fougue que les Italiens du XVe siècle avait nommée la « furia francese », notre pays, écrasé, vaincu, humilié, trouvera un vieux maréchal pour quémander la paix et bientôt collaborer avec le vainqueur. Le 18 Juin 1940, la France se retrouve quelques marches plus bas dans la même situation qu’en 1815, après Waterloo, battue et occupée. Et c’est alors qu’un sous-secrétaire d’Etat du gouvernement de Paul Reynaud, Charles de Gaulle, prend sur lui de réaliser le voeu de celui-ci, malgré son remplacement par Pétain : continuer la guerre et comme Jeanne, bouter les envahisseurs hors de France.

Cet acte est doublement capital. Il permettra à la France de figurer parmi les vainqueurs en 1945 et de retrouver sa place dans le concert des nations. Il marquera aussi la supériorité de la légitimité nationale sur la légalité républicaine. Le suicide de la République aura été organisé par la République elle-même, une majorité de ses élus entourés de hauts-fonctionnaires et soutenus par une grande partie de l’opinion et des groupes de pression. Le général de Gaulle, dans sa solitude, emportera avec lui la continuité et l’honneur de la nation. Réellement, à ce moment,  il ne pèse pas grand chose, à part une clairvoyance dont sont dépourvus les dirigeants de l’époque. Mais, cette insoumission, cette rébellion contre le régime apparemment légal, permettront à notre pays de retrouver sinon sa puissance, au moins sa liberté, de rétablir les institutions républicaines et de restaurer la démocratie, élargie au vote des femmes, que les radicaux refusaient par crainte de suffrages par trop catholiques. Après douze ans de retrait, de Gaulle instaurait en 1958 une nouvelle République qui se voulait le prolongement de son action de 1940. Celle-ci devait à la fois redresser le pays et rendre au peuple sa liberté. L’envahisseur était certes un obstacle qui avait disparu, même si les armées soviétiques à quelques centaines de kilomètres de Paris constituaient toujours une menace, mais cette fois l’ennemi était à l’intérieur, avec ce régime des partis, avec ces politiciens voués au déclin de notre pays en même temps que dévoués à leurs propres intérêts. C’est pourquoi l’esprit de la Ve République reposait avant tout sur la primauté accordée au peuple plus qu’à ses représentants. Si le pouvoir législatif, velléitaire et incertain lorsqu’il était laissé à lui-même, sera désormais davantage soumis à l’exécutif, en revanche les deux devront être l’expression d’une volonté populaire. Les députés seront élus dans des circonscriptions. Un parlementaire devenu ministre devra se présenter à nouveau devant ses électeurs pour retrouver son siège. Le Président pourra dissoudre l’Assemblée afin de vérifier l’opinion du pays. Surtout, la démocratie directe sera introduite par l’usage du référendum, dont de Gaulle fera un emploi plébiscitaire, une vérification fréquente de la légitimité démocratique du pouvoir. L’ensemble est donc un progrès de la démocratie en France que certaines réformes ultérieures ont d’ailleurs écorné.

Mais cette intention démocratique supposait deux conditions : une exemplarité du personnel politique et une participation active et attentive du peuple. Le débat ouvert sur la moralisation de la vie politique, alors que l’opinion est confrontée à la fois aux turpitudes de certains, y compris lorsqu’ils sont en charge de traiter la question, et à l’inégalité scandaleuse dans le traitement des affaires, par les médias et la justice, est un symptôme plus qu’un remède. L’arrivée d’inconnus au Parlement n’est pas rassurante. Elle renvoie à la seconde question : la participation active et l’attention du peuple. Tout se passe pourtant comme si celui-ci démissionnait. Il s’est abstenu largement lors de la présidentielle, ce qui est une nouveauté qui a conduit à l’élection d’un candidat par défaut. Il semble disposé à s’abstenir plus encore lors du second tour des élections législatives, abandonnant les pleins pouvoirs à un exécutif mal élu, gouvernant par ordonnances. La vague nationale anonyme submergera un certain nombre de députés qui ont assumé leur mission et sont représentatifs d’une frange de l’opinion. Le vote uninominal par circonscription a justement pour but d’éviter cette dérive. Le scrutin proportionnel ne serait pas du tout un progrès démocratique. Il conduirait à rétablir le régime des partis, le choix des élus par les appareils plus que par le peuple, et l’instabilité en prime. Le sort de nos institutions dépend davantage de la participation des citoyens et de la rigueur de leurs élus que d’un replâtrage constitutionnel ou législatif.

La démission populaire  de 2017 risque bien d’être un Waterloo de la démocratie, un recul qui est une injure faite à l’esprit du 18 Juin, celui qui a animé cet homme qui, en 1940, avait voulu rendre sa liberté et sa dignité au peuple français.

 

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1 commentaire

  1. erwan - 19 juin 2017 15 h 49 min

    Honneur et Patrie! Devise napoléonienne reprise à son compte avec fierté par de Gaulle en juin 1940! depuis….la France végète hélas!

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