Israël, entre succès et tragédie.

netanyahouBenyamin Netanyahou et son parti le Likoud ont remporté les élections législatives israéliennes en devançant, contre tous les pronostics, de cinq points l’union sioniste de centre gauche. Si j’étais israélien, j’aurais voté pour le Likoud et je fêterais la victoire en attendant la constitution d’une majorité réunissant les 61 sièges nécessaires pour gouverner ce pays soumis à l’absurde système de la proportionnelle intégrale qui conduit à la multiplication des partis. Comme je ne suis pas israélien, je me contenterai d’exprimer quelques motifs de satisfaction, mais aussi d’inquiétude.

Dans une large majorité, notre microcosme médiatico-politique avait anticipé la défaite de « Bibi » et s’en réjouissait. Ce n’est pas sans plaisir que j’ai vu les mines déconfites et entendu les commentaires attristés lors de l’annonce des résultats. Netanyahou est un patriote libéral et conservateur, clairement à droite : l’antipathique par excellence pour le petit monde médiatique de notre pays qui s’est fourvoyé une fois de plus. Invitée sur le plateau de LCP, la sénatrice française « Europe-écologie-les verts », Esther Benbassa, à la fois française, israélienne et turque, est une spécialiste d’Israël où elle a vécu. Elle avait décrit le Premier Ministre, comme un homme du passé, dont les Israéliens étaient lassés dans une société fatiguée. Pas de chance pour la spécialiste multinationale, les Israéliens ont rarement autant voté et ont d’une certaine manière suivi Netanyahou dans ce que certains présentaient comme un référendum. Lui est vraiment un spécialiste de la sécurité auquel il avait consacré un ouvrage prémonitoire « Paix et Sécurité » dès 1996. Il préconisait notamment de « neutraliser les enclaves terroristes ». Il s’est courageusement opposé au Président américain, ce personnage calamiteux qui jouit peut-être encore de la sympathie aveuglée de nos médias. La victoire de « Bibi » est une gifle pour Obama. On mesure aujourd’hui l’échec total de la politique internationale de ce dernier avec le choix israélien. Le prix Nobel de la Paix, par anticipation et préférence idéologique, voulait saluer et soutenir le printemps de la démocratie musulmane. Il a contribué à multiplier les guerres sur la terre d’Islam, et le terrorisme ailleurs. « Grâce » à son action ou à son inaction, les enclaves terroristes sont plus nombreuses, et l’une d’elle est devenue un Etat. Il en est aujourd’hui à réviser sa politique vis-à-vis de la Syrie et de l’Iran. Entre les deux hommes et les deux pays, il y a comme une inversion des proportions entre la taille des uns et celle des autres.

Un second motif de satisfaction tient à la manière dont les élections se sont déroulées. Les Israéliens ont prouvé que leur pays était une démocratie. Les questions économiques et sociales ont été en première ligne. La politique libérale du gouvernement a assuré au pays une croissance honorable de 2,8%, avec un taux de chômage de 6% et une économie portée par les technologies de pointe qui représentent 40% du PIB. Le logement avec une augmentation des prix et des loyers est une préoccupation primordiale. Les inégalités progressent. Le nouveau gouvernement devra s’attaquer à ces problèmes. On peut souhaiter que Benyamin Netanyahou puisse donner suite à sa proposition de confier les finances à son dissident et fondateur de Koulanou, Moshe Khalon. Celui-ci a une fibre plus sociale, tout en étant libéral. Il l’avait montré en faisant baisser les prix pour la téléphonie mobile.

Le plus grand motif d’inquiétude réside dans l’évolution d’Israël avec l’alternative des deux Etats ou du Grand Israël. Benjamin Netanyahou dans la dernière ligne droite a écarté la première solution, souhaitée par une large partie de l’opinion et des instances internationales. Pourtant cette vision de l’avenir à moyen terme est celle du bon sens. Le foyer national juif qui a donné naissance à Israël a été implanté le long de la côte, dans ce qui était le pays des Philistins, la Palestine qui désigne aujourd’hui essentiellement la Judée-Samarie, le berceau historique des tribus juives. Cette inversion heurte évidemment les petits partis nationalistes religieux. La stratégie va dans le même sens. Les plus ouverts aux revendications arabes veulent une Palestine démilitarisée, ce qui sera bien difficile à imposer quand on voit les difficultés que pose Gaza. Si l’on revenait aux frontières de 1967, la profondeur du territoire israélien ne serait que de quelques kilomètres entre Tel-Aviv et Haïfa. Jamais les Israéliens n’accepteront une telle exposition. Enfin la division entre le Hamas à Gaza et le Fatah en Cisjordanie empêche même les discussions.

La constitution d’un parti regroupant les formations arabes d’Israël pour ces élections pourrait laisser entrevoir une intégration des Arabes dans la démocratie israélienne. C’est là une vision angélique de l’avenir. Les appels à l’Aliyah des responsables politiques israéliens soulignent leur angoisse démographique. Les nationalistes du Foyer Juif de Naftali Bennet vont jusqu’à imaginer une coexistence dans un seul Etat de deux communautés séparées et n’ayant pas les mêmes droits politiques. Il y aurait quelque chose de tragique dans le destin des communautés juives, d’avoir pu fonder un Etat parce qu’elles ont été victimes d’un nationalisme totalitaire et raciste, pour voir cet Etat démocratique, devenu nationaliste par la force des choses, sombrer dans un « apartheid » qui le mettrait au ban des nations.

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