LA POLITIQUE, LES MOTS ET LES CHOSES…

clip_image0015Les mots sont une grille de lecture des choses. Nous voyons ce que nous nommons. La culture consiste à ne voir que ce que l’on dit. La science cherche à dénommer ce qu’elle découvre. L’idéologie veut au contraire cacher la réalité par le masque des mots qui la déforment et la voiler d’illusions nécessaires à la conquête ou au maintien du pouvoir. La science libère. Elle élargit la culture. Elle délivre de la caverne idéologique. C’est pourquoi il faut toujours avoir un regard lucide et critique sur les mots et le rapport qu’ils entretiennent avec ce qu’ils désignent.

Les mots qui commentent la conférence de presse de François Hollande offrent un bel exemple de ce travestissement des faits qu’est la communication politique, une sorte d’idéologie au quotidien. On retient « l’offensive » et « l’an II », avec en prime « le choc » de simplification de retour. La sémantique présidentielle n’est plus en décalage, elle fait carrément le grand écart. Oubli de la crise, collection de mesurettes, zig-zag entre les annonces socialistes de la guerre aux riches et aux « gros » en général, d’il y a un an et le déploiement discret d’un financement des PME par l’Assurance-vie ou le PEA, d’une privatisation partielle des entreprises publiques, et d’une réforme des retraites, le tout assorti  d’un européisme de bon aloi., aujourd’hui : curieuse offensive qui correspond non à l’An II, mais plutôt, sans le dire, à un repli sur les positions du gouvernement précédent. Dans le fond c’est le secret de beaucoup de révolutions : on promet de tout changer, on prend le pouvoir, on fait la même chose qu’avant, mais on est au pouvoir. Comme on le chante dans « la Fille de Madame Angot », « C’était pas la peine, assurément, de changer de gouvernement ».  Surtout qu’entre deux, il y a eu un vrai choc, celui de la fiscalité !

La réalité économique résiste au discours idéologique. On peut se refuser à appeler austérité la diminution de la dépense publique et l’augmentation de la fiscalité, mais on est bel et bien tenu de les faire, à moins de changer vraiment de politique. Il est heureusement un domaine où l’idéologue peut modifier le réel en triturant la langue. Hier, l’Assemblée Nationale s’est offert ce plaisir en supprimant le mot « race » de la législation. L’argument invoqué est intéressant. Ce mot n’a aucune valeur scientifique. C’est vrai. Mais comme son emploi sert à protéger du racisme et à punir celui-ci, il est logique de l’employer puisque c’est précisément son absence d’objectivité qui le rend illégitime. Faudra-t-il parler d’origine, d’ethnie, voire de couleur, puisqu’on tolère qu’il y ait en France un Conseil Représentatif des Associations Noires ? Le Parlement doit-il perdre son temps à de telles tartufferies ? « Cachez cette race que je ne saurais dire », mais je dirai :  » couleur » comme dans les pays anglo-saxons ou « ethnie » qui correspond à de véritables différences culturelles qui sont l’objet d’une science, l’Ethnologie… Par ailleurs, on s’est complu à introduire dans la législation, la notion d' »orientation sexuelle » qui n’a pas le moindre substrat scientifique, non plus, et n’a souvent pas la moindre visibilité publique. Il s’agit donc bien d’une volonté de modeler la réalité sociale en imposant à celle-ci la langue de celui qui domine le rapport de force politique. C’est là une conception orwellienne du langage et donc totalitaire de la société. La « droite » passe complétement à côté de cette menace qu’elle ne voit ni ne comprend. Dans le meilleur des cas, elle s’abstient…

Des enfants ont été interrogés par des journalistes afin qu’ils qu’ils disent ce qu’ils ont vu ou ressenti lorsqu’un homme est venu se suicider dans la cour de leur école. Cette démarche « journalistique » était très contestable sur le plan éthique, mais elle permettait ensuite de résumer le problème à la protection des écoles. L’homme qui a mis fin à ses jours, comme les pères qui s’insallent au sommet des grues, pose un tout autre problème qui est celui de la destruction de la famille. Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Ici, il regarde l’école, mais y a-t-il un sage pour montrer la famille ?

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3 commentaires

  1. Courouve - 17 mai 2013 16 h 55 min

    Si l’orientation sexuelle (hétéro ou homo) peut se comprendre, c’est plus difficile pour l’identité sexuelle et l’identité de genre, deux notions politiquement correctes qui progressent.

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  2. Thibault Loosveld - 17 mai 2013 21 h 28 min

    Quant à l’expression  » politique d’austérité  » qui ne signifie pas du tout la réduction des dépenses mais seulement l’augmentation des impôts, elle se sera habituellement substituée à des mots tels que « dépression » ou « récession » par la grâce du politiquement correct !

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  3. paulau - 20 mai 2013 14 h 36 min

    Suppression des mots :

    Père C’est fait
    Mère C’est fait
    Race C’est fait

    « Chômage » ?
    « Viol » ?
    « Capitalisme » ?
    « Opposition » ?

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