Michel Onfray ou l’imposture philosophique…

images (54)Lu dans le Figaro Littéraire un excellent article d’Yves-Charles Zarka à propos de la pièce de Michel Onfray Le songe d’Eichmann.

Que ce triste personnage ait cru devoir s’abriter derrière le souvenir faux ou utilisé de mauvaise foi du grand philosophe Kant n’a rien de surprenant. C’est dans la logique de ce fonctionnaire de la mort dont la lâcheté est sans doute le caractère principal… En revanche, qu’un « philosophe professionnel » puisse faire semblant de prendre au sérieux cette supercherie pour mieux atteindre sa cible, l’un des plus grands penseurs de la Morale, relève de l’imposture et me paraît indigne d’un auteur se réclamant si peu que ce soit de la philosophie.

Le seul point commun entre Kant et Eichmann, ce serait l’obéissance et c’est donc elle que vise Onfray, comme si l’obéissance était un mal en soi. On reconnaît là les funestes idées nihilistes qui traînent encore dans le sillage de la catastrophe de Mai 68. Si Kant demande d’obéir absolument au devoir, il ne s’agit certainement pas pour lui d’obéir à un homme quel qu’il soit, et encore moins à celui qui s’est le plus radicalement opposé à ce à quoi il faut véritablement obéir : l’impératif catégorique, cette loi universelle, indissociable de l’humanisme, et qui fait que je ne dois obéir qu’à un principe que tout autre membre de l’humanité peut accepter puisque dans ce principe est contenue l’idée que l’Homme doit être la Fin, le but pour un autre homme. On ne peut mieux souligner par là l’extraordinaire postérité morale et politique de Kant.A travers sa philosophie apparaît d’abord l’idée que les hommes sont des personnes et non des individus repliés sur l’étroit égoïsme de leurs intérêts physiques, ensuite l’idée qu’il y a des principes universels qui doivent s’imposer à tous les hommes et à tous les États, idée déjà présente dans la loi naturelle du Thomisme et qui se traduit aujourd’hui dans la notion malheureusement trop galvaudée des Droits de l’Homme.

Enfin, Kant pensait que le destin de l’humanité était de tendre vers cet horizon du règne des Fins dont le nazisme a été l’antithèse sans doute la plus totale et la plus résolue, puisqu’il a consisté à considérer que tous les hommes n’étaient pas des hommes, que certains ne pouvaient être que des moyens pour d’autres, qu’aucune limite morale ne devait empêcher d’atteindre un but politique, et qu’enfin le mensonge était une pratique justifiée par son efficacité.

Autant d’attitudes qui sont aux antipodes de la pensée de Kant ! Obéir à son devoir lorsque celui-ci consiste à obéir à une loi universelle, ne jamais mentir quelle qu’en soit la conséquence, voilà des principes kantiens que ni Michel Onfray ni Eichmann ne semblent avoir compris.

L’amalgame qui consiste à à diaboliser toute forme de pensée dès lors qu’on lui trouve un atome de ressemblance quelconque avec le nazisme est l’une des marques de l’indigence de la pensée actuelle provoquée par la rencontre entre la manipulation consciente de quelques intellectuels gauchistes et l’inculture de la foule pavlovienne et panurgique. Un minimum de connaissances issues d’une formation secondaire moyenne devrait mettre un terme à ces errements historiques, philosophiques ou politiques. Le fait que ce phénomène puisse exister et prospérer est inquiétant pour le niveau et l’efficacité de notre enseignement, et ne peut que nous incliner à donner raison à Xavier Darcos sur la nécessité d’en améliorer avant tout la qualité.

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2 commentaires

  1. F.T. - 16 avril 2008 10 h 16 min

    Cher Monsieur Vanneste,

    « NE JAMAIS MENTIR QUELLE QU’EN SOIT LA CONSÉQUENCE » était l’un des principes fondamentaux que les bons instituteurs enseignaient à leurs élèves qui n’auraient jamais pu s’imaginer qu’à l’âge d’être père de famille, certains contestataires de leurs progénitures auraient, lors d’un certain Mai 68, « joué » avec des pavés dépavés par des dépravés !

    F.T.

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