L’Europe est-elle encore libre ?

Il y a trente et quelques années, le monde offrait encore un paysage politique clair. Il y avait deux camps et entre les deux un espace où s’exerçait leur influence. D’un côté, il y avait des dictatures totalitaires dirigées par un parti unique, inspirées par le marxisme et sa volonté d’étendre au monde la société sans classe et sans Etat, cet horizon qui justifiait l’existence pour le présent d’un Etat tentaculaire et omniprésent et d’une caste à la tête de celui-ci. En face, il y avait le monde de la liberté, de penser, de s’exprimer, d’entreprendre, de posséder, de communiquer, de se déplacer, et de choisir ses dirigeants ou de participer plus directement encore à la politique de son pays. A l’unité du parti, de l’Etat, du bloc, répondait le pluralisme, les alternances au pouvoir fondées le plus souvent sur des questions économiques et sociales telles que la redistribution des revenus ou le temps de travail. Le mur qui séparait l’ouest et l’est de Berlin symbolisait cette séparation du monde. Lorsqu’il fut renversé par les Allemands libérés du joug communiste à l’Est et pressés de se réunir, certains crurent y voir la fin de de l’Histoire et la réalisation de l’unité planétaire avec le triomphe du monde libre et de ses valeurs.

Un esprit critique plus perspicace pourrait aujourd’hui se demander si l’existence du bloc de l’Est n’était pas le contrefort du bonheur relatif de l’Ouest. Personne ne songerait à nier le progrès connu par les anciens satellites européens de l’URSS qui ont retrouvé leur indépendance nationale et leurs libertés publiques. Il faut cependant déchanter. De façon sournoise un certain nombre des travers du bloc de l’Est sont passés à l’ouest, et ce sont les nouveaux venus qui en sont les premières victimes. C’est ainsi que le gouvernement hongrois de Viktor Orban largement soutenu par une majorité des électeurs défend une conception traditionnelle de la famille et vient dans ce but d’adopter une loi visant à empêcher la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs. La justification de ce texte est limpide : pour le gouvernement hongrois, les comportements sexuels ne se valent pas en fonction du bien commun, et il n’est pas souhaitable que les enfants ou les adolescents soient incités à des comportements moins favorables de ce point de vue. Ceci n’entraîne aucune mesure discriminatoire ou répressive envers les adultes qui les auraient choisis. Bref, la Hongrie adopte une attitude conservatrice qui a, pour l’instant, l’aval de la majorité de sa population. Or, 17 Etats européens, et M.Macron en particulier ont réagi violemment à la nouvelle législation hongroise passant des récriminations aux menaces sous prétexte que les valeurs de l’Union Européenne seraient bafouées, et réaffirmant leurs engagements envers la “communauté lgbt+”. Dans la presse  française on ose parler du “régime” hongrois, manière de mettre ce pays au ban des démocraties. Madame Von der Layen, la présidente de la Commission de Bruxelles, veut, elle aussi, défendre les valeurs de l’Union Européenne et pour ce faire n’a pas hésité à évoquer la sortie de la Hongrie de l’Union.

Cette étonnante diatribe suscite trois remarques. La question de la reconnaissance d’une “communauté lgbt+” et de ses droits est idéologique. Autrement dit, elle devrait se situer sur le terrain de la libre discussion et dépendre du choix des citoyens. C’est le fait d’interdire le débat et d’exiger une pensée unique qui est en contradiction avec les valeurs libérales de l’Europe. Il y a deux idéologies : la première considère que le choix de sa sexualité, ou le fait de l’assumer si on considère que ce n’est pas un choix, ne nuit pas aux autres et donc ne doit pas être entravé ; la seconde estime que le maintien de la famille unissant les deux sexes pour donner la vie à des enfants et les éduquer appartient au Bien commun d’une société qui doit être défendu. La confrontation entre ces ceux conceptions doit être digne. Ce qui est stupéfiant, c’est que la caste qui dirige l’Europe fait de la première option une idéologie obligatoire. Le totalitarisme est bien passé de ce côté-ci du mur !

Dans “Le Pouvoir confisqué”, Hélène Carrère d’Encausse avait décrit la caste, la “Nomenklatura” qui dirigeait l’URSS, théoriquement société sans classe. L’importance croissante de l’abstention dans notre pays fait apparaître le divorce entre le peuple et l’oligarchie qui le dirige. L’Europe est “dirigée” par une techno-bureaucratie qui se coopte plus qu’elle n’est élue. Quelle est la légitimité de Mme Von der Layen, du Premier ministre du confetti fiscalement paradisiaque du Luxembourg, ou même de M. Macron dont le parti vient d’être éjecté des dernières élections, pour faire la leçon à Viktor Orban ? Dans la manière de vivre et donc dans l’idéologie du microcosme qui surplombe la vie des Européens de l’Ouest, l’homosexualité a pris une place privilégiée. La tentative récente d’utiliser un match de la coupe d’Europe de football pour exercer une pression sur la Hongrie en est une illustration voyante. La façon plus discrète utilisée par les députés français pour faire passer en douce, à la veille des vacances “post-covid”, la PMA pour les femmes, seules ou en couple, appartient au même registre. Il faut être aveugle pour ne pas voir la surévaluation de ces questions dans nos sociétés. Elles sont loin d’intéresser une grande partie de l’opinion, mais en revanche elles sont au coeur du coeur de nos sociétés, au sein des partis politiques, des médias, des relais d’opinion, de la culture et de la publicité.

Au-delà de ce constat, on doit simplement craindre que l’importance donnée à ces problèmes ne soit une manière de détourner l’attention de la population vers des sujets moins gênants que l’effondrement économique, le blocage de l’ascenseur social, le recul de l’Europe et de la France en particulier face à l’Asie, ou encore la submersion migratoire qui change bien sûr une population qui ne fait plus d’enfants mais en importe. En URSS aussi on détournait l’attention des questions économiques et sociales vers les valeurs idéologiques… jusqu’au moment où c’est devenu insupportable pour le peuple.

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8 commentaires

  1. En vérité, avec l’effondrement de l’URSS , on est passé de la dictature communiste dure qui voulait abattre la propriété et menaçait notre pays entre autres à la dictature capitaliste molle qui règne aujourd’hui en Occident. Le grand capital occidental qui règne en maître à travers l’establishment en place fait la promotion de l’antiracisme, de l’homosexualisme, du féminisme, de l’immigrationnisme etc. Nos entreprises sont de plus en plus imprégnées de l’idéologie de la non discrimination. On peut comprendre que ce modèle capitaliste soit rejeté par les pays d’Europe centrale, tout comme la Russie et la Chine!

  2. ” jusqu’au moment où c’est devenu insupportable pour le peuple.”… c’est déjà insupportable pour le peuple… puisque’il ignore les politique en refusant de leur donner leur voix …que peut-il faire d’autre ?
    Ce terroeisme intellectuel de la nomenklatura dure depuis un demi siècle: il n’y a plus de fiction sans les minorités obligatoires : LGBT “couples” du même sexe, minorités raciales… etc… c’est une véritable propagande qui bien sûr influence nombre d’individus incultes et non éduqués…Et que cette nomenklatura sans légitimité , car non élue le plus souvent, se permette d’insulter la Hongrie et tous ceux qui refusent leur diktat, montre effectivement qu’il y a longtemps que nous ne sommes plus en démocratie, puisqu’on nous refuse la liberté de pensée et d’expression des opinions… Quant aux soit disant “valeurs de la république” c’est une farce ! la Liberté est le premier mot inscrit sur le fronton de nos mairies, et il est bafoué quotidiennement par des pseudo-journalistes qui ignorent la notion d’objectivité, des animateurs de télévision qui se prennent pour des intellectuels, des « intellectuels » qui oublient de s’informer et de réfléchir, des élus «godillots» sans colonne vertébrale, des politiques qui «font carrière» au lieu de servir le Pays, etc.

  3. La mode des “valeurs” et l’invasion de la sphère privée par l’Etat cachent (mal) une incapacité des régimes d’Europe occidentale à gérer leur domaine régalien. C’est d’ailleurs pourquoi ils le déportent si facilement au niveau fédéral. En revanche ils se jettent dans le sociétal car ce domaine est plus tapageur et rémunérateur électoralement que l’austère mission qui justifiait au départ leur existence. Mais les peuples commencent à le voir au travers de l’insécurité galopante, justice complaisante, sécurité sociale précarisée, éducation “nationale” effondrée, déficits partout !

    Bien sûr la nomenklatura virera sa cuti au moment nécessaire pour récupérer l’électeur en fuite, mais rien ne dit qu’elle y parvienne cette fois, le divorce entre elle et le “peuple” étant semble-t-il consommé, au vu d’une abstention record en France.

    La séquence des Gilets jaunes sur les ronds-points était une mise en bouche. Le mécontentement peut coaguler plus largement et des accidents regrettables survenir qui toucheront la classe politique ad hominem. Le sentent-ils ? Apparemment pas ! Les jeux puérils inter-partis continuent.

    Pour revenir au titre de votre remarquable synthèse, pour être libre faut-il encore exister ! Il y a un marché commun des denrées et produits, des libertés de circulation des gens et des sous, des facilités monétaires, des agences utiles, d’autres moins, mais il n’existe pas d’Europe. Ni nation européenne, ni menace armée européenne, ni diplomatie européenne et, sans doute plus grave, ni projet européen déclaré.
    On n’existe en vrai que lorsqu’on vous craint !

  4. Je pense qu’on ira vers une guerre du peuple, classe moyenne dedans, et une majorité de français de la droite du mérite et de la famille contre ces mauvais bureaucrates ; Le problème est que ces non-élus utiliseront la force qu’ils n’ont pas eux et qui fera tomber beaucoup de français. Les chefs des armées refuseront certainement de tuer la vraie population et prendra le pouvoir ou il y’aura une révolution contre ce pouvoir technocratique avec la disparition de tous ces gens sauf ceux qui se sauveront aux 🇺🇸, voir leurs amis démocrates totalement gauchistes, progressistes et mondialistes avec les poches pleines

  5. « À l’avenir, on fera aimer aux gens leur servitude, ce qui produira une dictature sans pleurs, une sorte de camp de concentration sans douleur pour des sociétés entières, avec des citoyens privés de leurs libertés mais qui aimeront cette situation, parce qu’ils seront détournés de tout désir de se rebeller par la propagande ou le lavage de cerveau, appuyé ou non par des méthodes pharmacologiques. » [Aldous Huxley, 1961.]
    …méthodes pharmacologiques !
    Son roman n’est pas dystopique mais un programme politique qui s’y cache.

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