Roman national et légende communautaire

À quelques années de distance, le contraste est effrayant !

En 2004, j’étais l’auteur d’un amendement reconnaissant le rôle positif de la présence de la France Outre-mer et la place éminente des sacrifices consentis par les troupes issues de l’Outre-mer dans la défense de la liberté de notre pays. Ce texte, attaqué par les historiens et par les flagellants de la repentance nationale a disparu : on a d’abord oublié les « Indigènes » qui y figuraient, puis on a fustigé la scandaleuse apologie de la colonisation qu’il contenait. Personne n’a songé à la France d’Outre-mer actuelle, certes revendicative et parfois coléreuse, mais qui jouît le plus souvent d’une relative prospérité entourée d’une misère telle que son principal problème réside dans une immigration sauvage beaucoup plus aigüe qu’en métropole. Repentir colonial pour l’Afrique, mortification esclavagiste pour l’Outre-mer, sanglots néocolonialistes pour le reste ne laissent aucune place pour évoquer la superbe aventure médicale française avec Laveran en Algérie, Yersin en Indochine, les officiers de l’école du Pharo de Marseille à Madagascar, les instituts Pasteur, etc… Pourquoi perdre son temps à apprendre à nos chères têtes blondes la fierté de leur pays ?

Avec mon amendement, sombrait le roman national, cette histoire, certes enjolivée, peuplée de héros exemplaires, jalonnée d’élans généreux, capable de susciter bien des vocations chez beaucoup de jeunes et de vivifier ce sentiment d’appartenance collective sans lequel cohésion sociale et solidarité spontanée ne sont guère possibles.

Ces deux dernières semaines, un lynchage médiatique a visé en particulier le terme de « légende » que j’ai employé pour qualifier la déportation des homosexuels durant l’occupation en France en dehors des trois départements annexés. Certains n’ont pas hésité à parler de négationnisme. On a alors brandi une étude confidentielle de Mickaël Bertrand faisant état de 62 français déportés, 22 en Alsace Moselle et 32 en Allemagne qui ne faisaient que confirmer mes dires, et 8 en France occupée dont on n’est pas sûr qu’ils aient été déportés pour cette raison puisqu’ils figuraient dans un convoi de politiques. Tous ces hommes ont souffert d’une manière inacceptable et je le pense si fort que j’avais défendu la présence de la mémoire homosexuelle lors des journées de commémoration de la déportation. Serge Klarsfeld d’abord, la Fédération Nationale des Déportés et Internés de la Résistance ensuite ont confirmé la véracité de mes propos. On aurait pu également rappeler la phrase de Pierre Vidal Naquet : « Dire que Vichy a déporté les homosexuels n’est peut être pas du révisionnisme, mais c’est un mensonge ». Il est donc clair que j’avais dit la vérité et c’était dans le but de dénoncer l’instrumentalisation de la douleur du passé pour soutenir des revendications catégorielles présentes. Or c’est cela qui est condamné. Dès lors qu’une communauté revendicative érige une fiction partielle ou totale en pseudo vérité historique, il est interdit d’y toucher, parce que ce serait porter atteinte à la communauté.

Le véritable problème qui se pose est le suivant : il est aujourd’hui interdit d’enseigner le roman national capable de renforcer l’adhésion nécessaire à la Nation, à la Patrie. Il est aujourd’hui interdit de mettre en doute les légendes communautaristes parce qu’elles sont liées indissolublement aux exigences des minorités. C’est avec ce genre d’inversion des valeurs qu’un pays se perd. C’est en faisant un effort de vérité, sans oublier celles qui suscitent une légitime fierté, qu’un pays se gagne !

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7 commentaires

  1. Les Historiens sérieux estiment à 1% environ la proportion d’homosexuels ayant péri dans des camps de concentration. Si un tel chiffre est évidemment inadmissible, il ne peut être comparé aux 70 % des Juifs qui, contrairement aux homosexuels, furent assassinés dans des chambres à gaz.

    https://picasaweb.google.com/117004268910653824200/July2011OurVisitToPoland4BirkenauAuschwitzInternetPictures?noredirect=1#5640294145466907106

  2. Si cet alinéa 2 de l’article 4 de la loi 2005-158 du 23 février 2005 a été retiré,
    « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit »

    subsiste quand même l’article 1 : « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. »

    Malheureusement, cet article 1 n’empêchera pas qu’une partie importante de notre histoire soit occultée ou falsifiée. Fils d’instituteurs ayant exercé en Oranie, ancien élève du lycée Lamoricière d’Oran (aujourd’hui lycée Pasteur), j’y suis particulièrement sensible.

  3. @ Courouve:

    Je me souviens tout à fait que mon livre scolaire du programme d’Histoire de Terminale contenait ceci: « les nazis et le régime de Vichy déportèrent les Juifs, les Résistants, les communistes, les homosexuels et les tziganes ». Dans le même livre, les affiches du parti national-socialiste présentées étaient systématiquement décolorées, tandis que les parcours politiques de Laval, Déat ou Doriot étaient passés sous silence tout comme les causes de la défaite de juin 1940…

  4. @ Courouve:

    De mémoire, il s’agissait d’un livre édité par Bordas en 1999, dans lequel se trouvait une version décolorée de l’affiche « Damals wie heute, wir bleiben kameraden » du NSDAP.

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