Mana et Tabou : la pensée magique au cœur du totalitarisme de gauche

Jadis, la raison et le progrès étaient à gauche, l’irrationnel et la nostalgie à droite. Cela n’est plus vrai depuis longtemps. C’est même aujourd’hui tout le contraire.

J’ai participé la semaine dernière à un débat autour de la liberté d’expression avec Philippe Bilger, Yves-Marie Laulan, Robert Ménard et Jacques Trémolet de Villers, organisé par le Cercle des Avocats libres, immédiatement étiqueté de « Droite xénophobe » (cf article de Politis). Cette condamnation ad hominem a justement ému Philippe Bilger (cf sa note sur son blog au lendemain de la réunion), qui refuse de se laisser enfermer dans un ghetto.

Cette crainte est légitime. Mais quelle en est la source ? Elle se trouve dans la sourde oppression que la pensée magique de gauche impose à l’opinion publique française. On y retrouve les procédés dont on pensait bien naïvement que l’esprit de progrès allait nous délivrer.

D’abord, cette notion du tabou qui caractérise des choses, des idées et des personnes sacrées ou intouchables entre lesquelles se dressent des frontières aussi invisibles qu’infranchissables.

C’est ainsi que François Mitterrand est divinisé et ses erreurs niées. C’est encore ainsi que DSK est essentialisé dans une personnalité incapable de violence, et à l’égard de laquelle il faut manifester « décence et retenue ». Ces termes ne manquent pas de sel, vu l’objet de l’inculpation, et le retour d’une affaire vieille de huit ans et enterrée dans l’intimité socialiste. Éric Woerth, lui, n’avait pourtant pas bénéficié de la présomption d’innocence. Quant à votre serviteur, il continue à se voir injurier comme homophobe, alors que la justice a tranché en sa faveur. Bref, on ne peut approcher certaines personnes, mettre en doute ou même évoquer certaines idées, sans subir l’anathème. Le mot « race » devrait être interdit, l’homosexualité traitée avec la vénération qui convient, et la liberté d’expression demeurer le privilège de la bien-pensance post soixante-huitarde. Dans une saine réaction, Robert Ménard ose la provocation du « Vive Le Pen » et se trouve immédiatement ostracisé, sans que l’on s’attarde sur une démarche voltairienne, ironique, sacrilège, profanatrice aux yeux des nouveaux dévots, mais à l’évidence éloignée de toute adhésion.

Ensuite, cette autre notion du MANA, elle aussi parcourt insidieusement l’orthodoxie gauchiste. Une crainte et une dénonciation s’y développent d’une manière obsessionnelle : celle de la contamination. Il ne s’agit plus ici de frontières invisibles, mais au contraire de transgression diffuse, d’épidémies mentales. On parlera par exemple de “lepenisation des esprits” dès lors qu’un conservateur classique et fidèle à ses idées tient un discours en faveur de la sécurité ou de l’identité nationale. Le modèle écologique des lettres qui tuent par émanation, les OGM se transpose à l’ensemble du débat politique. La droite recule terrifiée devant les ADN qui pourraient justifier le lien de parenté d’un immigré. Les idées sulfureuses sont repérées à leurs odeurs nauséabondes qui se répandent au point que selon Philippe Sollers, la France sente le moisi. « On ne désarme l’erreur qu’en la réfutant », disait Benjamin Constant. Pourtant la thérapeutique utilisée contre une telle propagation ne réside bien sûr pas dans la réfutation rationnelle. Les inquisiteurs d’aujourd’hui préfèrent brûler médiatiquement ceux qui les profèrent. Mais une erreur que l’on condamne au silence, fut-elle choquante comme le négationnisme, a plus de chance de prospérer que celle que l’on abandonne au jugement du bon sens.

A voir : le reportage d’Enquête & débats

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15 commentaires

  1. Monsieur le Député,

    Vous n’avez pas non plus eu droit à la présomption d’innocence alors que votre pourvoi contre le lobby gay n’était pas encore examiné. En plus, la “justice” n’a pas sanctionné Bertrand Delanoë pour diffamation.

  2. Très bonne analyse, monsieur le député (je regrette de ne plus être dans le Nord, où j’aurais eu plaisir à voter pour vous). Mais êtes-vous sûr que tout cela soit bien nouveau ? Est-ce que cette sorte de terrorisme idéologique interdisant le débat rationnel n’est pas consubstantiel à la gauche depuis son origine ?
    Examinez un peu, par exemple, la façon dont elle a récupéré l’affaire Dreyfus (années 1890), la manière dont elle a brandi le “cléricalisme” comme un épouvantail (pendant plusieurs décennies), puis ensuite (dans les années 1930) la façon dont elle s’est servi de la menace “faaaaachiste” pour s’accrocher au pouvoir. A chaque fois, quand on se replonge dans les textes, on est frappé par la violence qui se dégage des discours de cette gauche. Pour elle, la démocratie n’est pas une saine concurrence permettant d’élire les hommes qu’on juge les plus capables, mais c’est une guerre civile permanente. Ses adversaires sont toujours dénoncés comme des horribles méchants liberticides à qui il faut, pour cette raison, refuser toute liberté. Cette sorte de manichéisme totalitaire est vraiment une constante.
    Est-ce que la racine de ce terrorisme idéologique – le péché originel de la république française – ne serait pas tout simplement dans la révolution de 1789 ?
    Est-ce que pour exorciser les pulsions irrationnelles qui parasitent à tout moment le débat politique, notre République ne devrait pas faire publiquement repentance pour les crimes commis à cette époque (notamment le régicide), un peu de la même manière qu’il a fallu dénazifier l’Allemagne, et qu’on s’emploie aujourd’hui à décommuniser les pays de l’Est ?

  3. Le “dérapage” est un délit d’opinion à géométrie variable ; ainsi la journaliste Vanessa Schneider est épargnée pour sa formule (fausse d’ailleurs) sur le père de Nicolas Sarkozy : « Juif hongrois coureur de jupons » (Libération, 8 juillet 2004).

    Éric Zemmour a été accablé pour son emploi du mot « race », mot qui figure pourtant dans la Constitution de 1958, dans le Préambule de 1946, dans 14 articles du Code pénal, dans cinq articles (13-1, 24, 32, 33 et 48 ; 48-1 pour l’adjectif raciale) de la loi sur la liberté de la presse de 1881, enfin huit fois dans la Décision-cadre 2008/913/JAI du Conseil de l’Union européenne du 28 novembre 2008 “sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal.

  4. En effet, 1789 signe sans doute l’acte de naissance du terrorisme intellectuel de la bien pensance (Lire : La Révolution française et la psychologie des révolutions (1912) de Gustave Lebon). Plus que le régicide, c’est plus de 500.000 exécutions (sur une population de 27 M de français) que la révolution a perpétré souvent sous la forle de génocide : Lire à ce propos “La Vendée Vengèe – un génocide franco français” de Reynald Secher…

  5. La gauche agresse en permanence les autres en les traitant de raciste, de fachiste … pour faire du bruit et détourner ainsi les regards d’une vérité : la France est le seul pays dont les représentant élus ont validé l’occupation nazie en votant pour les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. La Chambre qui a voté ainsi est celle élue en 1936, la Chambre du Front Populaire.

  6. Tout ce qui n’est pas dans la doctrine socialiste est pour leurs adeptes “nauséabond”.
    C’est le début du totalitarisme et de ses contradictions. Par exemples : la présemption d’innocence n’est juste que pour des inculpés socialistes !!! Le moindre “bling bling est intolérable si c’est à droite et le grand bling bling est grandement excusable si c’est de gauche. Au total j’y vois une inquiétante régression intellectuelle.

  7. @ aaa:
    Il faut lire les compte-rendus sténographiques de Maître Maurice Garçon “le procès Pétain” et “le procès Laval” parus aux Editions De Vecchi en février 2007.

  8. “Les inquisiteurs d’aujourd’hui préfèrent brûler médiatiquement ceux qui les profèrent. Mais une erreur que l’on condamne au silence, fut-elle choquante comme le négationnisme, a plus de chance de prospérer que celle que l’on abandonne au jugement du bon sens”……parce que vous vous prenez pour quelqu’un dont l’action et le discours sont guidés par le “bon sens” ? ils sont contraire guidés par une certaine idéologie,qui fait de vous un parangon de la droite -très- conservatrice. dénieriez-vous à quelqu’un qui n’est pas d’accord avec vous le fait d’avoir du “bon sens” ? cette notion,par ailleurs,me semble très subjective dès lors que l’on aborde certains sujets,car on a le “bons sens” de ses propres idées et opinions…

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