Cours de sémantique à de mauvais élèves

Dans la linguistique cartésienne, Noam CHOMSKY a montré que le langage était proprement humain et se distinguait totalement du réflexe. J’ai vainement voulu rappeler ce point à des membres de l’opposition qui considèrent manifestement les mots non pas comme des signes parfois ambivalents, mais comme des signaux. Ainsi, le mot race est il un signal rouge, interdit d’emploi. Cet échange infructueux (issu du débat sur le projet de loi immigration), surtout pour un ex enseignant, donne un aperçu de la rigidité intellectuelle de l’opposition. Je vous en livre l’essentiel :

La parole est à M. Christian Vanneste.

M. Christian Vanneste. Il est assez amusant d’entendre les nombreux discours de gauche en ce début de soirée. Ils révèlent une extraordinaire confusion intellectuelle. J’ai entendu une attaque véhémente contre le « culturalisme » avant que ne soit évoqué le « racisme » de Jules Ferry. Mes chers collègues, je vous rappelle que ces deux idées sont totalement antagonistes. Lorsque l’on met l’accent sur la culture comme élément fondamental de l’identité de la personne, c’est précisément pour dire que ce n’est pas sa race qui joue ce rôle.

M. Patrick Braouezec. C’est quoi la race ?

M. Jean-Pierre Dufau. Pourquoi parler de race ?

M. Christian Vanneste. Il n’y a absolument rien de fâcheux à revendiquer l’idée qu’il existe une identité culturelle française. C’est reconnaître qu’il y a d’autres identités culturelles tout aussi respectables.
Au passage, je vous fais remarquer que si l’on peut assimiler une culture, ou si un groupe culturel peut assimiler une personne, en revanche, on ne peut pas quitter une race pour une autre. C’est toute la différence !

M. Patrick Braouezec. Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de race ?

M. Christian Vanneste. C’est ce qui fait que le racisme doit être rejeté absolument puisqu’il crée une différence que l’on ne peut abolir entre les hommes, et qu’il érige entre eux des barrières infranchissables qui permettraient de reprocher – comme, malheureusement, cela a été fait – à quelqu’un d’être né. Écartons donc cette idée de racisme que vous avez évoqué, et revenons-en à celle du culturalisme et du respect, car, je le répète, c’est la culture qui fait l’identité. Je veux aussi vous inviter à réfléchir aux trois degrés cités à plusieurs reprises. Mes chers collègues, toutes vos réflexions sont empreintes d’un manichéisme idéologique qui devient drôle. Vous parliez des « bons Français » et des « mauvais Français »…

M. Serge Letchimy. C’est vous qui en parliez !

M. Christian Vanneste. Je suis d’accord avec vous : il n’y a pas de bon ou de mauvais Français. En revanche, il y a bien, pour vous, des bons mots et des mauvais mots, des mots marqués positivement et des mots marqués négativement…

Plusieurs députés du groupe SRC. C’est vrai !

M. Christian Vanneste. En somme, il y ades mots sacrés et des mots interdits, et vous en revenez systématiquement à cette logique. Cela est particulièrement flagrant ce soir.
Ainsi, manifestement le mot « assimilation » est un mauvais mot, alors que le mot « intégration » est bon. Soyez sérieux ! La question n’est pas idéologique ou quasi mystique ; c’est tout simplement une question de degré. Le plus bas degré par lequel un homme manifeste sa présence dans une société, c’est l’insertion. Quelqu’un vient travailler plusieurs mois dans une entreprise située dans un autre pays que le sien : il s’insère. Il peut parfaitement conserver sa langue d’origine si l’on n’a pas besoin qu’il apprenne la langue du pays où il s’installe. L’intégration constitue un deuxième degré. Un étranger s’installe en respectant les lois du pays où il se trouve. Peut-être va-t-il repartir, mais il aura respecté les lois, il se sera intégré. Et puis, il y a l’assimilation, le fait de s’intégrer au corps auquel on veut s’assimiler notamment parce que l’on veut rejoindre son identité culturelle en apprenant ses valeurs et en les partageant, ce que l’on ne peut faire que grâce à la maîtrise de la langue. Tout cela est d’une simplicité enfantine.

Mme Michèle Delaunay et M. Serge Letchimy. Vous êtes dans une société multiculturelle et vous ne le savez pas !

M. Christian Vanneste. Je ne comprends pas que l’on ait pu passer autant de temps sur ces distinctions alors qu’il suffit de comprendre qu’il s’agit d’une question de degré, l’assimilation étant le degré le plus élevé. Cela n’empêchera pas que la personne née dans une autre culture et dans une autre langue apporte avec elle cette richesse, seulement, elle ne deviendra véritablement française que si elle peut communiquer en Français et si elle partage les valeurs du peuple français. Tout cela est d’une simplicité évangélique…

Mme Michèle Delaunay. Biblique !

M. Christian Vanneste. Je suis surpris que l’opposition n’en convienne pas immédiatement.

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Dufau.

M. Jean-Pierre Dufau. Monsieur Vanneste, jusqu’à ce moment de nos débats, personne n’avait employé le mot « race » dans cet hémicycle.

M. Christian Vanneste. Je l’ai utilisé pour le dénoncer !

M. Jean-Pierre Dufau. Monsieur Vanneste, je vous ai écouté, il n’en demeure pas moins que vous êtes le premier à avoir utilisé ce mot, même si vous avez ensuite dénoncé le racisme. Comme vous citiez d’autres éléments dans un raisonnement complexe, il restait toutefois une possibilité d’« assimilation » qui pouvait être détestable.

M. Christian Vanneste. Décidément, votre intervention me donne raison : vous êtes dans le manichéisme.

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2 commentaires

  1. Comment peut on se mobiliser contre le racisme et, d’un même élan, affirmer que les races n’existent pas? Faut il en conclure que le racisme n’existe pas?

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