72 clapotis dans le marigot, avant tempête !

Après la défaite camouflée en victoire, et sauvée du désastre par une présence présidentielle envahissante, la déferlante médiatique poursuit son oeuvre, avec pour objectif la réélection du président : tandis que la révolte des gueux en jaune s’éteint doucement, il faut achever « Les Républicains » et faire croire à la foule conformiste et suiveuse que l’Elysée a un président de droite. 72 élus locaux de « droite » ont donc rejoint Macron pour faire « réussir » la France. Cette vaguelette a été amplifiée par les médias. Il s’agit de préparer la victoire inattendue de LREM aux municipales, c’est-à-dire son ancrage local, avec une conquête du Sénat à la clef. Admirable soumission à l’intérêt supérieur du pays d’élus qui, la main sur le coeur, abandonnent le parti qui les a fait élire, et qui vient de perdre les élections européennes. On les imagine le regard pointé sur l’horizon de l’avenir, et le coeur serré par le triste paysage de leurs amis perdus. En fait, leurs yeux connaissent un léger strabisme, l’un qui regarde sur les résultats de leurs bureaux de vote, et l’autre vers les municipales prochaines. Le cerveau reçoit les deux informations, oublie évidemment la fidélité aux valeurs et autres formules décoratives des discours pour ne retenir qu’une conclusion : mince ! Si un candidat pas trop mauvais monte une liste LREM centre-gauche, centre-droit, et que je garde l’étiquette LR ou UDI, je suis foutu, je saute ! L’idée que le travail accompli durant 6 ans pour leur ville puisse résister à un effet de mode ne les effleure pas : courage, fuyons ! Les traîtres d’hier n’étaient que des précurseurs. Lorsque la trahison gagne, c’est la fidélité qui a tort.

L’absence de courage, le manque de convictions sincères, l’opportunisme ont leurs limites. Cela peut prospérer sur une mer calme et en profitant des petites brises. Si la tempête survient, les lâches courent aux abris, et seuls les endurants font face. Or, ce que ne perçoivent pas ces maires et élus des villes prospères et sereines, des régions préservées des sinistres économiques et de l’invasion migratoire, c’est que le vote calamiteux pour Les Républicains a révélé une France coupée en deux, non par une opposition idéologique entre la droite et la gauche, celle qui rythme les alternances, relativement douces, même si elles le sont moins en France que dans d’autres pays, mais par une fracture entre deux pays irréconciliables, celui qui souffre de la mondialisation et celui qui, pour l’instant, s’en satisfait. L’idée du pouvoir actuel, composé de rescapés de la gauche, d’arrivistes de « droite », et surtout de gens qui pensent que l’économie est le tout de la politique, c’est que la France qui s’en tire, aura en face d’elle deux France qui rament, une d’extrême-droite et une d’extrême gauche qui ne pourront s’entendre, et qu’il pourra donc perdurer tandis que certains le qualifieront de « droite ».

Macron n’est certes pas de droite. Il vient de la pire des gauches, celle qui associe le fric et le « progressisme » sociétal, c’est-à-dire la décadence des moeurs. Membre du PS, puis banquier d’affaires, puis largement impliqué dans la politique funeste de Hollande, le voilà qui se présente aujourd’hui comme le sauveur de droite, sinon de la droite. Ses résultats depuis qu’il est aux affaires, c’est-à-dire avant 2017, sont bien modestes, même s’ils sont gonflés par les médias. La réalité est que sa victoire dans les bureaux bourgeois apeurés par les gilets jaunes ne peut cacher une France qui demeure à la traîne alors que le climat économique mondial s’assombrit. Si la crise éclatait, que certains redoutent du fait d’un endettement qui ne résisterait pas à la remontée des taux d’intérêt et de l’éclatement de la bulle d’argent fictif que leur faiblesse a engendrée, la crispation sociale, la guerre des classes que Macron a suscitées conduiraient à l’explosion. Le Maire de Belfort, Damien Meslot n’a pas signé l’appel des 72 : il dénonce le fait que le plan social qui menace 1000 emplois chez Alstom repris par General Electric n’a été annoncé qu’après les élections européennes. Or, celui qui est à l’origine de cette catastrophe n’est autre que le « sauveur », Macron en personne. Sauveur de l’économie, celui qui la brade ? Patriote, au moins européen, celui qui cède un pan de notre filière nucléaire, civile et militaire aux Etats-Unis ?

La droite du fric, du tout économique a voté Macron. Les carriéristes « républicains » s’y reconnaissent. Entre le progressisme délétère et le souverainisme anxiogène pour les possédants, le conservatisme a disparu, alors qu’il est le coeur de la vraie droite, celle qui maintient le navire national assez solide pour résister aux tempêtes. Il ne faudra pas longtemps pour s’apercevoir de son absolue nécessité dès que le vent souffle et que la mer s’agite. En ces temps-là, ce sont les lâches opportunistes qui disparaissent.

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13 commentaires

  1. Homo Orcus - 10 juin 2019 9 h 35 min

    Je suis toujours en accord avec vos analyses mais par sur nos 72 félons.
    Au lendemain de l’éviction de Fillon qu’a dit LR « VOTEZ MACRON ! ».
    Ben ils ont pris l’habitude, rien de choquant.

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    • DELAFOSSE - 10 juin 2019 10 h 28 min

      Entre le parti des  » Chemises Noires  » et celui des  » Blouses Vertes « , la plupart des maires de Droite n’auront peut-être pas d’autre choix que de rejoindre  » l’Arc en Ciel  » MACRON en 2022.
      Un majorité de français a toujours préféré suivre  » bravement  » ceux qui gagnent…c’était déjà comme cela en 1940 !

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  2. Jacques Peter - 10 juin 2019 10 h 05 min

    Si la droite veut exister, elle ne doit pas seulement être conservatrice, mais aussi libérale. Fillon l’avait compris, d’où l’engouement dont il a fait l’objet et qui a provoqué son exécution sommaire par Hollande et ses sbires, pris de panique.

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    • erwan - 10 juin 2019 10 h 43 min

      La ligne libérale est déjà occupée par le pharaon du Louvre. Pour s’en démarquer, et gagner en 2022, il faudra être sur une ligne clairement colbertiste, la seule qui parle à une majorité de Français.

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      • Jacques Peter - 10 juin 2019 19 h 47 min

        La ligne libérale n’est pas occupée. Nos gouvernements, depuis Barre sont toujours sur la ligne étatiste, donc colbertiste. Je crois que les Français devraient laisser Colbert et passer à la la seule ligne qui assure la prospérité, la ligne libérale. Ils veulent des emplois et du pouvoir d’achat; ce n’est pas Colbert qui leur donnera.

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        • erwan - 11 juin 2019 17 h 32 min

          Ah je ne suis pas d’accord du tout. Si les Français n’ont pas voulu de Fillon, c’est bien parce qu’il proposait une ligne clairement libérale à la Madelin (on sait qui il soutient à présent!!). Ne soyez pas étonné après qu’il appelle à voter Macron au 2e tour de l’élection présidentielle 2017, puisqu’ils sont d’accord sur à peu près tout! La bourgeoisie se gave quand le peuple la regarde se goinfrer!

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  3. jean - 11 juin 2019 5 h 56 min

    Bonjour a tous

    Entièrement d’accord avec Jacques Peter
    Depuis l’élection de Giscard, la gauche est au pouvoir
    La fausse droite fait du socialisme et la vraie gauche du communisme
    Les deux sont responsables de la faillite de la France et de l’appauvrissement des français
    J’appelle de mes voeux un nouveau parti de vraie droite qui nous rendrais notre liberté de créer, travailler, au service de la France et des français et qui ne nous trahirait pas des qu’il serait au pouvoir
    Et qui accepterait de mettre en place le RIC qui leur ôterait le pouvoir totalitaire exorbitant dont il dispose actuellement
    Est ce encore possible?

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    • en passant - 12 juin 2019 3 h 19 min

      Si on mettait les libéraux sur orbite, vous n’auriez pas fini de tourner, et Jacques Peter non plus…

      De Gaulle avait créé Technip, via l’IFP créé sous Vichy. On lui a « rendu sa liberté », et qu’en est-il advenu ? Eh bien, il en est advenu qu’on l’a dans le baba :

      https://twitter.com/KaplanBen_Fr/status/1138460837142773761

      Nouvelle illustration d’un double fait : l’état actuel, libéral, de la gestion du pays, et les catastrophes qu’immanquablement cela engendre.

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      • Oblabla - 12 juin 2019 7 h 26 min

        Contresens: ce n’est pas l’excès de libéralisme qui a provoqué le passage de Technip sous pavillon américain, mais le capitalisme de connivence français qui est l’apanage d’un spécialiste expert du genre, j’ai nommé Mr Macron (soit en tant que président, soit en tant que ministre ou de conseiller de hollande).

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    • en passant - 12 juin 2019 4 h 39 min

      Bis :

      https://twitter.com/CoralieDelaume/status/1136923195376918528

      Et dire que les baby-boomers de droite, intoxiqués par une propagande néfaste, ont réussi à faire perdre la présidentielle de 2017 pour avoir voulu imposer une nouvelle poussée d’un libéralisme qui non seulement ne sert à rien, non seulement ne marche pas, mais en plus détruit le pays…

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      • Oblabla - 12 juin 2019 7 h 19 min

        Et comme d’habitude en France la plupart d’entre vous continuent à brocarder le libéralisme sans en connaitre la définition. N’est ce pas « en passant » et « erwan » ?!

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        • erwan - 12 juin 2019 14 h 59 min

          Puisque vous me mettez en cause cher Oblabla, autre pseudo d’Obama sans doute, tout dépend de la définition qu’on se fait du libéralisme, celui de Macron à l’anglo saxonne destructeur de notre compétitivité économique, de nos emplois et de notre modèle social, n’a rien à voir avec celui très français de Tocqueville et Montesquieu, mis en musique notamment par Pompidou.

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  4. DELAFOSSE - 11 juin 2019 9 h 18 min

    Le socialisme n’est qu’ une vague idée, le social, une indispensable nécessité.

    Un pays tout entier ne peut pas se déclarer riche par son nombre de fortunés mais par le niveau de vie de toute sa population.

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