16 Novembre 1917 Gouvernement Clemenceau !

Clemenceau (1)En ce 11 Novembre 2017, nous célébrerons une fois encore l’anniversaire de l’armistice de 1918 qui parut achever la Grande Guerre par une victoire de la France. Notre pays en sortit épuisé, privé d’un million et demi d’hommes dans la force de l’âge, fier de la victoire jusqu’à surestimer la force de son armée, mais prêt à tout pour éviter de connaître à nouveau le carnage. Notre histoire est riche en hommes providentiels qui ont incarné la résistance, la résilience, le redressement, le salut ou la grandeur de la France. Le 16 Novembre, Georges Clemenceau sera l’un de ceux-là en devenant le Chef du Gouvernement français, préféré à Caillaux. Ce dernier voulait la paix et le compromis. Le Tigre voulait la guerre et la victoire. Il a fait la première et a contribué à obtenir la seconde. Sa résolution, son obstination, sa volonté indomptable, sa présence inlassable auprès des poilus, dans les tranchées, seront un exemple pour la nation. Sans nul doute, il aura joué un rôle prodigieux auprès des Français pour relever le moral des soldats et des civils. L’année 1917 avait été celle de l’échec sanglant de l’offensive Nivelle en Avril, suivie des mutineries en Mai et Juin. L’allié russe s’était effondré après la révolution de Mars et le coup d’Etat bolchevique d’Octobre. Les Américains remplaceront les Russes. Ils commenceront à s’engager dans la bataille en Novembre. Un an plus tard, ils seront deux millions, dont la moitié déjà au front. Leur présence, la ténacité prudente de Pétain, l’esprit d’offensive de Foch, la fermeté du Lorrain qui occupe alors l’Elysée, Raymond Poincaré, joueront sans doute un rôle aussi important durant cette dernière année de la guerre que Georges Clemenceau, mais il l’emporte sur le champ des symboles. Churchill dira de lui :  » Dans la mesure où un simple mortel peut incarner un grand pays, Georges Clemenceau a été la France » et le Kaiser Guillaume II dressera cet étonnant constat :  » Si nous avions eu un Clemenceau, nous n’aurions pas perdu la guerre ». Toutefois, ce qui échappait manifestement à l’Empereur allemand, c’est que les régimes qui s’appuyaient sur le peuple, républiques ou monarchies constitutionnelles, avaient été plus solides que les monarchies plus ou moins autocratiques. Or, Clemenceau aura surtout été un représentant exemplaire de ces régimes démocratiques. Il avait d’ailleurs salué les événements de Russie et l’intervention américaine par un jugement qui révèle chez lui l’idéologue qu’il a été durant toute sa vie politique :  » La révolution russe et la révolution américaine se complètent comme par miracle pour fixer définitivement toute la portée idéaliste du conflit. Tous les grands peuples de la démocratie… ont désormais pris, dans la lutte la place qui leur était destinée ». Ce qu’il ne pouvait pas prévoir, c’était la naissance, au lendemain de la guerre, de démocraties totalitaires, dont la Russie et l’Allemagne seraient les exemples accomplis.

Le Président de la République actuel, qui est avant tout un artiste de la mise en scène, va donc mettre Clemenceau sur un pavois durant cette année qui nous amènera au centenaire de la victoire. D’une part, il y a pour cela des raisons objectives, et d’autre part, comme toujours chez les politiciens des temps médiocres, le souhait de s’identifier à des personnages des temps héroïques. Clemenceau fournit ainsi trois motifs de références : d’abord, il a rassemblé la gauche d’où il venait, et la droite par certains de ses choix, et par son autorité, sa poigne. Ensuite il incarne le volontarisme, la capacité du politique de changer le cours des choses et l’état d’esprit d’un peuple par l’énergie du verbe. Enfin, il est le « Père-la-Victoire », celui que la légende peint en un vieillard plein de vitalité, que l’on va chercher lorsque le pays est au fond du trou, et qui parvient à l’en arracher. M. Macron, qui est très jeune en retiendra surtout celui qui est inséparable d’une France qui gagne : de quoi séduire les chiraquiens et les sarkozystes.

Le récit national a besoin de ces légendes positives. Celle-ci ne doit pas toutefois s’écarter trop de la réalité. Clemenceau était avant tout un homme de caractère, d’une intransigeance absolue et parfois impitoyable face à ses adversaires. De tels hommes sont les seuls qui conviennent aux heures tragiques d’une nation. Mais cette médaille a un revers qui consiste à se croire doté d’un jugement infaillible, même si au cours du temps on vient à en changer. L' »individu » Clemenceau l’a toujours emporté avec ses paradoxes sur l’homme d’Etat qu’il aurait pu être à la manière de Richelieu. Né en pays royaliste et catholique, il est issu d’une famille « bleue » avec un père ardent républicain et une mère protestante. Il sera vaguement médecin, comme son père, mais ne se passionnera que pour la politique. D’extrême-gauche, proche des communards en 1871, radical-socialiste, opposé à Gambetta et à Ferry au début de la IIIe République, il sera hostile à la colonisation et favorable au progrès social, notamment en ce qui concerne les conditions et le temps de travail. Laïciste, il sera un partisan de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais non un adversaire de la liberté d’enseignement. La liberté d’expression, l’abolition de la peine de mort, la réhabilitation de Dreyfus seront de ses combats. Président du Conseil et Ministre de l’Intérieur en 1906-1909, cet homme de gauche se rendra célèbre par sa lutte contre le banditisme avec les Brigades du Tigre, mais ce renom sera terni chez les socialistes par la répression des mouvements sociaux. La troupe intervenait et n’hésitait pas à tirer. Au lendemain de la victoire, jusqu’en 1920, où il manque l’Elysée et quitte la Présidence du Conseil, l’action de Clemenceau aura fait de 1918 une victoire à la Pyrrhus : il sera devenu le « Perd-la-victoire », celui qui n’a pas empêché le redressement de l’Allemagne, qui s’est réjoui de l’effondrement de l’Empire catholique des Habsbourg, sans percevoir le vide créé, et celui qui n’a pas persévéré dans sa volonté d’écraser le communisme en Russie. Le caractère n’avait pas surmonté toutes les contradictions. Vingt ans plus tard, le bilan positif était d’un coup effacé.

Il reste en ce jour à saluer l’Union Nationale des Combattants, toujours très présente dans les commémorations, fondée par le Père Brottier et par Georges Clemenceau, dont le patriotisme sans faille était plus fort que l’anticléricalisme foncier.

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4 commentaires

  1. Pitton Rita - 11 novembre 2017 22 h 14 min

    Clémenceau était soutenu par Athéna la déesse grecque de la guerre qu’il vénérait et dont une statuette est placée sur sa tombe sous un arbre comme il le voulait .

    Ca reste un païen avec de basses fréquences vibratoires de la guerre loin des vibrations chrétiennes .

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    • DELAFOSSE - 12 novembre 2017 12 h 54 min

      Preuve qu’il n’y a pas obligation d’être Chrétien pour aimer et défendre efficacement son pays…et heureusement pour l’avenir car ces deux valeurs, patriotisme et religion sont en réelle perte de vitesse !

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  2. kerneilla - 12 novembre 2017 11 h 28 min

    « démocraties totalitaires »? n’y a-t-il pas contradiction dans les termes ?

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    • vanneste - 12 novembre 2017 17 h 06 min

      Effectivement c’est un oxymore mais consacré par la philosophie politique par exemple à propos de Rousseau. Le pouvoir est absolu mais c’est le peuple qui est souverain sans garantie pour les individus. Bien sûr, en général le peuple est une fiction qui cache un parti unique.

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