Le joueur de flûte est « en marche » (I)

FlutisteJeudi soir, j’intervenais lors d’une réunion du « Carrefour de l’Horloge » dont le thème prenait la forme d’une question : « l’oligarchie va-t-elle confisquer l’élection présidentielle ? » La réponse reste ouverte puisqu’il n’est pas exclu que la machination mise en oeuvre par le microcosme qui détient le vrai pouvoir en France finisse par révolter suffisamment de Français pour permettre l’élection de François Fillon. En revanche, si on se penche sur la stratégie et les moyens qu’elle mobilise, le « coup d’Etat » insidieux qui se déroule dans notre république bananière ne fait pas l’ombre d’un doute et on peut redouter qu’il réussisse au point de conduire à une impasse mortelle pour notre pays.

Il faut d’abord souligner le paradoxe inouï de la situation. Jamais sans doute, un mandat présidentiel n’a été jugé plus calamiteux que celui qui s’achève. Le Président n’a pas été à la hauteur de sa fonction. Le bilan de sa politique est en tous points désastreux. Le parti qui l’a porté au pouvoir démontre une fois de plus son incapacité à gouverner. Chacun de ses passages à la tête du pays a conduit celui-ci à un nouveau recul. Ses idées, ses échecs et aujourd’hui ses divisions devraient l’exclure à jamais du gouvernement de la France. Désavoué à chacun des scrutins intermédiaires, il devait être laminé à la Présidentielle comme aux Législatives. Or, les sondages actuels révèlent une forte probabilité pour que les Français éliminent au premier tour le candidat de la droite et du centre et soient conduits au second tour à barrer la route comme d’habitude à la candidate du Front National. Serait alors élu le dauphin de François Hollande, celui dont tout le parcours s’est fait à l’ombre du Parti Socialiste, tendance « gauche caviar » plutôt que « soupe populaire » : les « Gracques », la commission Attali, la Banque Rothschild, le Secrétariat Général de l’Elysée et Bercy… Révoltés contre l’incurie du pouvoir sortant, les Français pourraient donc élire son héritier et celui qui a inspiré une grande partie de sa politique. Comment une telle aberration est-elle possible ?

La première explication est d’ordre politique. Les « primaires » devaient être un glissement vers une démocratie à l’américaine. Faute de respecter l’idée gaullienne de l’homme ou de la femme face au peuple, en direct, et pour échapper à la dérive de la désignation du candidat par les partis, ce scrutin ouvert aux sympathisants, et au-delà, devait désigner celui qui allait représenter une famille de pensée élargie. Le succès même du processus allait susciter la difficulté. A droite, la mobilisation des plus motivés, de ceux qui constituent le noyau dur de la famille, les conservateurs, a déjoué les pronostics. Ce n’est ni l’homme du spectacle, ni celui de la bien-pensance gauchisante qui a été élu, mais celui qui incarnait le plus de sérieux, la plus grande intégrité et qui proposait les réformes les plus énergiques tout en s’affirmant catholique, réservé sur les « progrès sociétaux », et favorable à un rapprochement avec la Russie. De quoi révulser le microcosme qui domine les médias ! A gauche, le résultat a été semblable, mais pour des raisons différentes. D’une part, là aussi, mécontent d’un quinquennat manqué, le « peuple de gauche » a choisi les frondeurs plus que les légitimistes, Hamon plutôt que Valls, mais surtout, l’oligarchie socialiste avait déjà choisi un autre représentant, le sieur Macron, lancé depuis le Secrétariat Général de l’Elysée, avec de puissants soutiens, et notamment celui de Hollande. Si ce dernier a été un gouvernant pitoyable, il demeure un manipulateur politicien habile. Se sachant perdu, il a préféré partir en douce, sans grandeur, mais sans humiliation électorale. Si de plus, il parvient à passer la main à des amis, il aura transformé le désastre annoncé en succès inespéré, et pourra jouir en paix d’une retraite aussi considérable qu’injustifiée, à moins qu’un parachute doré ne lui soit offert par ses amis demeurés contre toute attente à la direction des affaires.

Son calcul emprunte deux axes. Le premier est celui du rapport des forces politiques. S’il se moque de l’intérêt national, il a toujours été expert en conquête du pouvoir. Depuis les années 1980, la « droite » a tout fait pour ne pas perdre le centre. Les électeurs étaient RPR et les élus UDF, disaient les mauvaises langues. Avec l’UMP, les premiers ont fini par se confondre avec les seconds et à penser comme eux. Ils étaient partisans de la préférence nationale, qu’ils ont abandonnée au FN. Ils sont devenus européïstes et progressistes. Chirac avait commencé à droite de Giscard et il a fini dans une posture de gauche. Sarkozy faisait ses campagnes à droite et gouvernait dans l’ouverture à gauche. Plus le Front National montait, plus la droite se préoccupait de garder le centre, dans la crainte d’être prise en étau entre la droite dite populiste et une alliance de la gauche modérée et du centre, cette « troisième force » que la Ve République a toujours repoussée. La tactique « hollandaise » vise d’abord à reconstituer celle-ci. Elle comprend une grande partie des socialistes dont les préoccupations de carrière et les enjeux de pouvoir sont choses infiniment plus importantes que les préférences idéologiques. Elle comprend surtout l’oligarchie qui domine notre pays, du monde de la presse à celui des affaires, et au sein de laquelle des groupes de pression jouent un rôle important dans tous les lieux de pouvoir : administration, cabinets politiques, instances réputées neutres, nomenclature judiciaire et fromages divers. M. Macron vient de la gauche, mais il n’a pas tardé à être rejoint par de nombreuses cautions situées plus au centre, liées à ces coteries, et par ailleurs sans doute ulcérées de n’être pas employées à la hauteur de l’idée qu’elles se font d’elles-mêmes.

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12 commentaires

  1. Ribus - 25 mars 2017 9 h 47 min

    La mystification politique qui a lieu devant nos yeux ressemble à la mystification littéraire de Romain Gary qui avait « créé » un écrivain nommé Émile Ajar. De fait, Gary avait obtenu deux fois le prix Goncourt.

    Pour Macron, le procédé est le même mais l’enjeu bien supérieur. Il ne s’est pas porté candidat de sa propre initiative ; on l’a encouragé à le faire. Autour de lui, s’est constituée une organisation dont il n’est pas le maître. Il est donc, à mon avis, cantonné dans le rôle d’acteur.

    Cette supercherie est pour partie bien identifiée à présent. Mais cela n’empêche pas les ralliements y compris de la part de socialistes, membre du PS et de sénateurs, membres des Républicains.

    Outre, que Macron soit une fiction, il est donc aussi une bombe à fragmentation pour tout le système politique. De surcroît, Hollande et Jouyet ne sont que les représentants nationaux de cette opération qui doit avoir, de mon point de vue, de puissants commanditaires à l’étranger, notamment ceux qui payent.

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  2. erwan - 25 mars 2017 14 h 22 min

    Les commanditaires de Macron sont connus, ils sont à Wall Street et à la City. La campagne présidentielle française prend la tournure de celle d’Amérique. les puissances d’argent ont cherché et cherchent encore par tout moyen à abattre Trump. Chez nous c’est Le Pen-Fillon que la bobocratie médiatico judiciaire veut abattre. Le trio Macron-Hamon-Mélenchon n’aurait donc rien à se reprocher ? J’en doute fortement! Mais l’omerta médiatique regne de ce côté ci de l’échiquier politique ! L’Occident vit littéralement une éclipse de l’intelligence…

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  3. Natou - 25 mars 2017 15 h 53 min

    Excellent résumé sur FB : « osons causer » sur Macron candidat de la finance :

    https://www.facebook.com/osonscauser/?pnref=story

    De toutes façons, tant qu’il n’y aura pas reconnaissance du vote blanc et proportionnelle intégrale, nous continuerons à subir un double déni de démocratie!

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    • Albouy Mazieres - 25 mars 2017 20 h 42 min

      ATTENTION ..
      Les faits évoluant sous l’influence de différentes cabales..politiques, médiatico – judiciaires ..qu’innombrables deviennent les Français se réveillant, frustrés, en colère,quand pas méprisants ou sinon jusqu’au – boutistes…
      C’est la raison pour laquelle aigreur,colère montant… l’ensemble risque par réaction de booster Mrs M.LPen … , en complet mépris des sondages et … des sondeurs..
      Certains pays étrangers y pensent après avoir suivi et/ou constaté la nature du quinquennat passé et au vu de la’ valeurs’ de pas mal de ses responsables ..plus ou moins pris en grippe par une grande majorité de Farnçais
      F.Hollande en aura bien été un responsable majeur … surtout si F.Fillon ne passait pas le 2° tour.

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    • vanneste - 26 mars 2017 5 h 03 min

      La proportionnelle est le système le plus antidémocratique. Il livre le choix des élus aux partis qui font les listes. Celles-ci ont des résultats liés au moment du vote et dans l’ambiance créée par les sondages alors que les mandats seront prolongés pendant plusieurs années. Enfin, il disperse la volonté populaire en de multiples formations politiques qui rendent difficile la constitution de majorités cohérentes. Elles aboutissent à des marchandages, des compromis et des alliances dans le dos du peuple.

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      • Brancourt - 26 mars 2017 7 h 40 min

        Totalement exact ! Le Front national ne s’est accroché à la proportionnelle que pour des raisons partisanes. Au-delà donc de toutes les vérités et les bonnes choses que les Le Pen pouvaient représenter ou promouvoir, leur position dans l’échiquier politique, au moment des élections dans un système uninominal à deux tours, a été entachée par ce désir irrépressible de jouer la boule le billard pour déstabiliser le système, puis de « gagner » au prix, toujours dans le cadre du système uninominal, de faire passer la gauche. C’est là le vice fondamental du FN. La proportionnelle a été le système de 1946, celui du triomphe du parti communiste à la sortie de la guerre au risque, en 1947, d’une guerre civile dont plus personne ne se souvient aujourd’hui et sur laquelle les historiens n’insistent guère.

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  4. DELAFOSSE - 25 mars 2017 21 h 47 min

    Les Français ont « aimé » HOLLANDE…..MACRON, ils vont adorer !

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  5. Natou - 26 mars 2017 16 h 00 min

    Ok M. Vanneste mais si la catastrophe « Macron-Le Pen » se présente au second tour comme le souhaitent Hollande le teigneux et les médias bobos, le jeune loup aux dents qui rayent le parquet sera incapable de gouverner, sauf si son parti devient un nouveau PS renommé « social-démocrate » (pendant que l’antédiluvien PS de Candide Hamon sera relégué au musée comme le PCF). Et quid des 30 voire 40% de MLP au second tour?
    Pensez-vous qu’il faille tout attendre des législatives?

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  6. SIQUET - 27 mars 2017 14 h 14 min

    S’intéresser à la politique et notamment celle de la France, c’est se comporter en vrai citoyen soucieux de la sécurité de son pays et du bien être des français. Cet équilibre dépend de celui qui en la charge. Le président de la république HOLLANDE n’a pas été en mesure de remplir cette mission « vide supra ». Incapable de remettre le « train sur ses rails », il a préféré s’en aller comme un individu
    prenant la fuite surpris par la police en flagrant délit de vol. Il a donc choisi un jeune remplaçant n’ayant aucune expérience de la vie publique, de la place de la France dans le monde et de sa capacité à retrouver sa prospérité.

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  7. kerneilla - 27 mars 2017 21 h 07 min

    Combien de Français connaissent-ils l’histoire du joueur de flûte? avec l’Education Nationale que nous avons, il est permis de se le demander !

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  8. Natou - 2 avril 2017 13 h 57 min

    Kerneilla, « cadeau » pour vous, regardez nos brillants profs :

    http://www.dailymotion.com/video/x5gty6a_education-la-rhetorique-d-eleves-de-seine-saint-denis-a-l-honneur-dans-un-livre_news

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  9. SIQUET - 2 avril 2017 18 h 36 min

    L’élection présidentielle de mai 2017 sera décisive pour l’avenir de la France (sécurité, financière,industrielle, justice, diplomatie à l’échelle européenne (y compris la Russie). Si MACRON est élu président, la France sera islamisée avant cinq ans. Si c’est Marine l’oligarchie de droite et de gauche fera tout pour mettre en action tous les moyens pour créer un climat de révolte. Heureusement l’armée, la police et la gendarmerie seront là pour rétablir l’ordre et il y aura du sang dont la secte financière sera responsable. L’ordre sera rétabli après. Les coupables seront traduits en justice.

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