Complotiste, populiste ? Non ! Démocrate et lucide ! (II)

En ce jour de commémoration de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, un coup d’oeil sur le rétroviseur de l’histoire est nécessaire. En 1940, une des grandes puissances mondiales dotée, paraît-il, de la meilleure armée du monde s’effondre. La France est submergée, envahie, humiliée, occupée partiellement puis entièrement, livrée à la honte de la collaboration active ou passive, mais sauvée d’abord par un homme, puis par une poignée d’hommes et de femmes qui n’acceptent pas le déshonneur et refusent la défaite. Commence alors l’épopée de la Résistance qui grossira avec le temps, lorsque “l’espoir changea de camp et le combat, d’âme” ! Malheureusement, cette citation de Victor Hugo est tirée de “L’expiation” et évoque Waterloo, non une victoire. Si l’espoir passa dans le camp allié en 1942, “le changement d’âme” chez les Français ne fut pas positif. Au lieu de l’appel d'”honneur et patrie” qui avait soulevé les premiers résistants, ce fut avec le courage et l’esprit de sacrifice qui animaient beaucoup de ceux qui les rejoignirent, le retour d’un passé coupable de la défaite et dont les acteurs croyaient s’être rachetés. Les communistes qui avaient trahi en 1940 formaient le premier parti en France, la gauche qui avait affaibli notre pays face à l’Allemagne avec le Front populaire, et qui, pour une large part avait collaboré était requinquée. La droite opportuniste recroquevillée sur ses intérêts se faisait discrète avec des “indépendants” et des “républicains populaires” d’inspiration démocrate-chrétienne, la tendance préférée des Américains qui s’imposerait dans les deux pays vaincus. On croyait avoir libéré la France, on avait seulement rétabli la République, ses partis, sa médiocrité, ses compromis. La chute reprit donc et c’est l’homme du 18 Juin qui tenta une fois de plus de l’arrêter à deux reprises, la première fois avec la création du RPF, en 1947, et la seconde en 1958 lorsqu’il dota la France d’une constitution solide.

Le gaullisme ne fut qu’une parenthèse finalement assez courte. De Gaulle n’imaginait pas la France sans la grandeur. Avec des résultats économiques portés par les “trente glorieuses” et une politique enfin volontaire et cohérente, mais aussi par une présence internationale fondée sur le siège au Conseil de Sécurité de l’ONU, la puissance nucléaire et la personnalité du Chef de l’Etat, cette vision suscitait l’adhésion de beaucoup de Français et leur faisait oublier l’abandon de l’Empire, celui qui avait permis à la France de reprendre vie après la défaite. La parenthèse se referma avec la fièvre hédoniste de 1968, la coalition des médiocres l’année suivante, et enfin la mort de Pompidou qui prolongea le gaullisme jusqu’en 1974 sous une forme plus prosaïque qui rassurait davantage les Français. Depuis, la France tombe : elle est en déficit budgétaire constant d’année en année, avec un Etat obèse et inefficace, une industrie en voie de disparition, un commerce extérieur en capilotade, un peuple menacé dans son identité, une insécurité grandissante, une éducation nationale à la dérive, et une place dans le monde qui se réduit à la vassalité de l’Amérique par le biais de l’Europe.

De Gaulle qui avait sauvé la France n’a dirigé le pays que durant une dizaine d’années. Macron est entré à l’Elysée dans les bagages socialistes de Hollande en 2012 et n’en sortira donc qu’au bout de quinze ans, dont dix comme président doté d’un pouvoir que le Général n’a pas connu. Certes la France n’est plus souveraine et le rayonnement international du pays n’est plus ce qu’il était, dans le monde où les Anglo-saxons l’ont humiliée, au Moyen-Orient où elle a cessé de compter, en Afrique où elle est de plus en plus rejetée, en Europe où l’Allemagne l’a distancée et où son déclin économique, ses records de dette et de déficits, la condamnent à la modestie. Par un incroyable paradoxe, un homme à qui le pays ne devait rien avant de l’élire, un homme issu du parti et des cercles socialistes est pour la première fois reconduit à la présidence par le suffrage universel, sans l’épreuve de la cohabitation. Est-ce la juste récompense d’une politique couronnée par des succès ? Non ! Le bilan est calamiteux : “Le vrai Etat de la France” d’Agnès Verdier Molinier en égrène les chiffres. Le tableau pourrait être présenté en deux colonnes : d’abord les résultats négatifs sur pratiquement tous les plans de l’économie à la sécurité, puis ceux que les macronistes ont brandis durant la campagne étonnamment courte et superficielle que les Français ont subie avec une incroyable passivité, le chômage masqué par la formation, la croissance dopée artificiellement par l’enflure de la dette. L’argent magique, l’argent factice de la planche à billets, l’argent du “quoiqu’il en coûte”, et ses petits cadeaux, ses chèques divers et variés distribués avec une démagogie typiquement socialiste, ont trompé beaucoup de Français, et ce qui est étonnant, beaucoup de ceux qui votaient “à droite” et semblent hypnotisés.

Un vote sociologique, faute de véritable campagne réduite à un débat trop long avant le second tour, a permis à la France des métropoles et des cités, celle aussi des retraités et des immigrés, d’écraser la France périphérique des Français actifs qui craignent le déclassement et le remplacement, le déclin et la décadence. Outre la minorité de ceux qui envisagent la mondialisation en conquérants, l’addition des peurs a créé la majorité illusoire sur laquelle s’appuiera le régime : peur des gilets jaunes, peur du covid, peur de la guerre. Ces crises ont à chaque fois fait apparaître les insuffisances du président élu, et à chaque fois, il en a tiré parti. Comment expliquer ce paradoxe ? Deux raisons convergent : d’une part, le soutien d’une immense majorité des médias qui appartient au noyau de la macronie, d’autre part, la faiblesse de l’opposition de droite. ( à suivre)

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2 commentaires

  1. Je vous trouve bien indulgent avec les Français, car au final, ce sont eux qui ont voté, manipulés ou non par les médias, avec leur libre arbitre…En prenant un peu de hauteur, force est de constater que les Français sont des “merdes” abâtardies qui ont préféré sauver la République plutôt que sauver la France, traduisant ainsi l’idée très gaullienne que les Français ne respirent définitivement pas à la hauteur de la France.

  2. Une fois est coutume, un excellentissime papier qui décrit à merveille le cheminement qui nous a amenés là où nous sommes. C’est-à-dire presque au fond du trou. J’écris presque, parce que je pense que nous n’avons encore rien vu, au vu de ce qui attend le pays dans les prochains trimestres.

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