Et un Rapport de plus pour l’Elysée : La France fait école ou fait pitié.. (Pisani-Ferry) -III

images (55)La lecture du rapport de France Stratégie offre un curieux paradoxe. On y affirme de façon rituelle la vocation universelle du pays, son désir d’être une référence, et la frustration des Français que la France ne fasse plus école. On égrène ensuite les contre-performances qui ont fait reculer le pays dans la plupart des classements. On fixe des objectifs modestes comme le retour dans le premier tiers des pays européens et on finit par ressortir une vieille conception technocratique de l’aménagement du territoire avec une quinzaine de Régions, si possible constituées autour du dynamisme des métropoles. Après la révérence obligatoire à la vieille dame, on accepte sa réalité moyenne, pour ne pas dire médiocre, et on la réduit à une collection de zones économiques, si faciles à intégrer dans une Europe symétrique des Etats-Unis d’Amérique. La technocratie se soucie peu de l’Histoire, de la culture, en un mot, de l’identité. L’Europe fédérale comprendra donc des Régions « d’économie mobile » entre lesquelles il faudra savoir bouger. L’exception française du début n’était qu’une formule de politesse. La France doit seulement rentrer dans le rang.

Pour un gaulliste, ce rapport peut avoir le charme d’un conte :  » La Belle au bois dormant »… La France s’est endormie dans les années 70 et plus encore dans la décennie suivante. Voilà M. Pisani-Ferry qui la réveille. Il évoque les idées présentes lorsqu’elle s’est assoupie, la participation dans les entreprises, l’aménagement du territoire, les Métropoles d’équilibre. Pour ces dernières, l’idée en était lancée en 1963. Elle revient au centre d’un plan bien dans la ligne de la DATAR… mais habillée avec les mots de notre temps. Paul Bernard en 1969 dans « Le Grand Tournant des Communes de France », indiquait déjà, avec une prudence toute préfectorale le chemin : le regroupement communal et la Région pour aménager le territoire dans un esprit dynamique. Après l’empilement socialo-chiraquien tellement respectueux des baronnies qu’il les a multipliées dans un millefeuille dont les étages les plus délicieux, ceux de l’intercommunalité, sont ceux qui se voient le moins et permettent les cumuls les plus confortables, on y revient. L’ambiance a changé. Ce n’est plus l’esprit conquérant de la restauration gaulliste, mais une double nécessité qui l’inspire, celle de diminuer la dépense publique et celle de rétablir la confiance dans une démocratie rendue ainsi plus transparente par une clarification des compétences.. Mais grâce au concept « très tendance » d’écosystèmes, l’idée reprend un coup de jeune et s’inscrit dans une redynamisation de notre économie. La croissance qualitative fondée sur l’innovation ne peut s’appuyer que sur des centres urbains créateurs de synergie entre les outils de formation et de recherche, les entreprises, et les collectivités territoriales de poids. C’est autour de ces métropoles que doivent se constituer les Régions au nombre d’une quinzaine. Le Président de la République a déjà acté cette proposition qui permet à la fois de faire disparaître l’échelon désuet du département au profit des intercommunalités et de diminuer le nombre des Régions. Pour le coup, c’est aller un peu vite en besogne. Les Régions ne sont pas que des niveaux d’administration territoriale. Ce sont des territoires qui doivent posséder une identité historique et culturelle. La Normandie ou la Bourgogne en jouissent. L’Alsace-Lorraine, non. La Bretagne a Nantes pour capitale de coeur. Cet aspect de la question est ignoré du rapport. Pour lui, l’identité des Français se dessine avec la gomme de l’universalisme et de l’héritage révolutionnaire. Elle ne doit pas faire obstacle aux collectivités réunies autour des bassins de vie, à l’immigration qui ne pose que des problèmes de discrimination sociale, et à la mobilité des populations européennes en vue d’homogénéiser les zones d’emploi et de chômage. Nous sommes très loin de de Gaulle, pour qui la modernisation était certes un impératif, mais l’identité, une évidence.

Ce dessin eurocratique de la France est d’autant plus inquiétant qu’il s’intègre bien dans le fédéralisme à pas de loup du rapport. Celui-ci présente l’Europe comme une force d’entraînement et  le rapport thématique parle de « retrouver une ambition européenne pour la France ». Non seulement l’abandon de l’Euro, auquel la Suède, souvent citée de façon positive, ne s’est pas ralliée, n’est pas vraiment abordé, mais la zone Euro est subtilement utilisée pour initier le fédéralisme. Trois options sont évoquées pour sa gouvernance : le fédéralisme, la coordination institutionnalisée et le modèle décentralisé. C’est le second, celui du juste milieu, le plus « français » qui est le bon, mais il faut l’améliorer à mi-chemin du fédéral avec une coopération transnationale dotée d’un pouvoir exécutif et d’un Trésor pour la zone : un petit pas pour la France, mais un grand vers l’Europe…

Pour résumer, le rapport inverse la formule « tout ce qui est petit est joli » en lui préférant « tout ce qui est gros est costaud ». Il n’est pas sûr qu’en suivant ses orientations, la France soit plus forte. Elle sera simplement moins elle-même et moins capable de déterminer son destin.

 

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1 commentaire

  1. Barbara - 30 juin 2014 6 h 19 min

    Tout ce qui est gros est costaud ?
    Ils ont dû oublier de lire la fable « le chêne et le roseau ».

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