REFERENDUM : SUIVRE LA VOIE SUISSE !

images (38)Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a salué le vote intervenu en Suisse, exprimant son enthousiasme jusqu’à souligner que les Suisses montraient la voie et qu’il fallait s’en inspirer. Un vaste concert de louanges s’est fait entendre de Bruxelles à Berlin. La technocratie européenne hyper-politiquement correcte a applaudi une initiative du parti UDC, si décrié pour son populisme, d’habitude ! C’est curieux, je n’avais pas l’impression d’avoir entendu la même chanson lors de la votation sur les minarets. Alors, il faudrait se mettre d’accord : ou l’on considère que le référendum d’initiative populaire est une excellente manifestation de démocratie directe qui permet au peuple d’exprimer sa volonté, ou l’on pense que cette pratique est bonne à condition que la réponse aille dans le sens souhaité pr le pouvoir. Ici, il est clair que le fait que les Suisses ont décidé ce que les dirigeants européens n’osent pas faire, alors qu’ils le souhaitent, conduit ceux-ci à approuver le résultat du vote, non le processus suivi. Ceux qui ont imposé les dernières étapes de la construction européenne, en évitant le référendum, ou en contraignant les peuples à revenir sur leurs choix sont toujours aussi hostiles à la démocratie directe et aux partis réputés populistes qui la promeuvent. L’Union du Centre, Parti Populaire Suisse dans les cantons alémaniques, a remporté sa première victoire en 1992, avec le refus d’intégrer l »Espace Economique Européen. Depuis, des traités bilatéraux ont été signés, et la Suisse ne semble pas en souffrir, bien au contraire. On voit donc que les deux logiques sont totalement opposées : d’un côté une véritable démocratie qui se donne le temps de laisser parler le peuple et de l’écouter, de l’autre une technocratie arrogante et lointaine qui prétend posséder LA vérité qui, certes, n’est plus religieuse, bien au contraire, mais tombe d’un ciel économique et juridique : l’économie et le droit sont des sciences qui imposent leurs lois à un avenir dont elles disposent. Les peuples n’y entendent rien.

Or, dans les pays européens et en Amérique du Nord, la capacité d’information et de compréhension d’une très grande partie de la population n’est pas éloignée de celle des dirigeants. Le niveau des études, même si l’on s’inquiète à juste titre de leur qualité, y est élevé en moyenne. Des canaux de communication multiples, difficilement contrôlables, permettent à qui veut s’en donner la peine, en laissant son sens critique éveillé, d’obtenir un assez bon niveau de connaissances sur de nombreux sujets. L’interactivité, grâce à Internet, avec une suppression des distances est comme la langue d’Esope, la meilleure et la pire des choses : trafics, escroqueries, réseaux de terrorisme ou de pornographie, mais elle permet des échanges, des discussions en dehors du contrôle politique des Etats et de l’imprégnation univoque par les grands médias. Ce qui était vrai à l’échelle de la proximité le devient aussi pour un pays. L’expérience de la vie quotidienne personnelle, familiale, professionnelle, associative donne une prise sur le réel plus concrête et plus libre que la perception de responsables politiques, coupés de la réalité par leur idéologie, leur mode de vie différent, voire privilégié dans certains pays, et par l’écran déformant des médias. Les conditions de la Démocratie Directe sont donc remplies.

Jean-Marc Ayrault a raison. La Suisse a montré, depuis longtemps, la voie et d’autres pays ont déjà suivi. Pas la France, et là, Ayrault a tort. La Suisse a rejeté récemment, les six semaines de congé, l’Italie, naguère, l’échelle mobile des salaires, par référendum. Combien de réformes structurelles indispensables auraient pu être débloquées, en France, par le processus référendaire, non pas rare et plébiscitaire, mais régulier et déployé dans le temps, pour que les citoyens qui s’estimeront informés et motivés, puissent le jour venu trancher, quel que soit leur nombre. Les électeurs sont beaucoup plus à même de donner une réponse à une question précise après le temps de la réflexion que de choisir à coup sûr un représentant qui fera ensuite ce qu’il voudra : respectera-t-il son programme ? Votera-t-il en conscience ou selon les intérêts de sa carrière ? En dehors des périodes électorales, écoutera-t-il ses mandants ou la presse ? Tout simplement, sera-t-il honnête ? Une démocratie moderne doit associer, dans un pays comme la France, où le consensus n’est guère possible, une démocratie représentative majoritaire, pour que le gouvernement puisse conduire le pays sur la base d’un choix clair, à une démocratie directe qui la complète et l’équilibre. En effet, si le gouvernement recule ou au contraire s’il s’écarte de son projet par excès ou par défaut, il faut qu’une pétition suffisamment forte puisse soit déclencher un référendum sur une loi votée, soit en proposer une à laquelle il aurait renoncé ou qu’il n’oserait projeter. J’avais déposé une Proposition de Loi Constitutionnelle en ce sens en Mai 2011. Comme l’ont fait de nombreux Etats américains, une question aussi délicate que celle du mariage entre personnes de même sexe et de l’adoption par ces « couples » devrait à l’évidence faire l’objet d’un référendum, plutôt que d’un vote idéologique imposé par la discipline majoritaire au Parlement. Une minorité est parvenue en raison de son audience médiatique à intégrer une absurdité anthropologique dans l’idéologie socialiste. Alors que par réalisme le gouvernement renonce, par exemple, à sa démagogie en matière de retraites, il maintient son projet de mariage unisexe. Dans le premier cas, il se moque des électeurs qu’il a dupés. Dans le second, du million de manifestants protestant contre la mesure. Dans un cas comme dans l’autre, le référendum ne serait qu’un retour à une démocratie authentique.

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4 commentaires

  1. DEMANET-CARRUEL - 7 mars 2013 21 h 18 min

    Je ne suis pas certaine que le gouvernement adopte le référendum, je ne leur donne pas ma confiance, je m’en méfie, enfin on verra bien, j’espère qu’ils le feront. Merci pour l’article.

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  2. Bordier.Ph - 7 mars 2013 21 h 40 min

    Déjà Nicolas Sarkosy avait fait dans le déni de démocratie avec le traité de Lisbonne , aujourd’hui les choses s’accélèrent avec le gouvernement Ayrault:
    -Rejet de la proposition de référendum sur le projet de loi Taubira.
    -Non-validation de la demande de 700.000 péttionnaires au CESE de débattre sur le mariage homosexuel.
    -Refus d’auditionner le collectif « manif pour tous » par le sénat.
    Mais jusqu’où iront tous ces mépris du peuple ?

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  3. Thibault Loosveld - 8 mars 2013 0 h 05 min

    Au même moment, à Washington D.C, un Sénateur insiste et persiste contre l’interprétation pénaliste que Barrey Soetoro fait de la Constitution des Etats-Unis… http://www.youtube.com/watch?v=mPil527DBI8

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  4. kerneilla - 18 mars 2013 11 h 06 min

    Le Référendum d’initiative populaire, bien sûr… avec une information digne de ce nom…

    Et commençons par supprimer en France tous ces »plateaux de fromages » ;
    1- ces comités, commissions, clubs,conseils, échelons administratifs pléthoriques, et autres…financés par les contribuables qui servent essentiellement à donner aux amis politiques des sinécures plus ou moins bien payées, et qui ne servent à rien pour le Peuple;
    cf le CESE qui nous coute 30 millions par an , et consulte Matignon pour savoir que faire des 700 000 pétitions qu’il a reçues contre le projet de loi Taubira…
    2- ces subventions et autres cadeaux donnés aux copains en fonction de leur allégeance, sans tenir compte de leur utilité sociale…

    Cela permettrait, entre autre, de financer les référendum d’initiative populaire…

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