VOUS AVEZ DIT « HISTORIQUE » ?

Assemblée nationaleC’est une évidence, l’Echange est la caractéristique essentielle de l’humanité. Les ethnologues parlent sans vergogne de l’échange des femmes. Les économistes analysent les échanges commerciaux et à la base de tout, il y a  cet échange-roi, celui des mots et des idées, ce langage qui nous permet parfois d’être « logiques » lorsque nous tenons un discours pour qu’il soit compris des autres. De la même façon qu’une monnaie unique facilite les échanges économiques, l’existence d’une langue commune permet la diffusion des idées. Il faut donc bien se garder des deux dangers que sont la fausse-monnaie et l’inflation, cette fausse-monnaie légale, dont Philippe le Bel avait découvert l’avantage avant nos banquiers centraux en rognant les pièces d’or. De même, il  existe une fausse monnaie de la langue, quand un discours crée un langage de contrebande qui ruine la conscience collective d’une société. Il y a aussi un usage quotidien des mots qui en use le sens, et leur fait ainsi perdre de la valeur. Il y a donc une inflation du langage. Tout le débat qui s’est achevé, pour l’instant, à l’Assemblée a « marié » ces deux processus.

Il y a d’abord eu une fabrication de fausse monnaie langagière tellement bien imitée que nombre d’idiots utiles se sont empressés de la légaliser. Le discours de l’idéologie du genre s’est donc imposé. On a même entendu un ministre « de droite » ( Tiens donc !) dire que c’était une théorie scientifique ! Il s’agissait de la pauvre petite idéologie féministe de Mme Butler, lancée par des sociologues américaines, vulgarisée par des existentialistes après guerre, et qui consiste à dire : chez l’homme, tout est culturel, social, rien n’est naturel, le sexe est une invention des mâles dominants. C’est la réalité  de l’orientation sexuelle qui doit prévaloir. Un peu de connaissances sérieuses amène au contraire à penser que le sexe est une donnée biologique objective, certes déclinée différemment selon les statuts et les rôles sociaux des diverses sociétés, alors que les pratiques sensuelles et affectives de la sexualité, très variées et variables, sont acquises et effectivement complètement culturelles. D’une manière universelle, pendant des millénaires, cette distinction a été reconnue, même si la rigueur et la tolérance ont alterné. L’originalité de notre époque réside dans le déni du réel au profit d’une idéologie proprement renversante. A partir de cette inversion du bon sens, on a criminalisé la critique morale, scientifique ou religieuse des dites « orientations » sous le terme stigmatisant d' »homophobie », cette imitation parfaitement réussie d’un billet valable et gagnant, le racisme. A travers la condamnation de toute discrimination de l’orientation sexuelle, on a admis en droit l’égalité des « orientations » et celle des personnes dans leurs choix et leurs pratiques. Il fallait donc en tirer toutes les conclusions juridiques et ceux qui ont accepté la première étape iront, de gré ou de force, du PACS à la GPA, en passant par la HALDE et le « mariage ». Pour éviter cela, il fallait s’en tenir à ce que les relations sexuelles licites entre partenaires adultes de même sexe ne regardent en rien la société. Or la droite, elle-même, ralliée au Pacs, n’a eu de cesse que d’égaliser les situations fiscales et juridiques, dans une totale incohérence. Ayant accepté la novlangue, elle devrait en épouser aussi la philosophie. Le désarroi de l’opposition à l’Assemblée était évident : propositions alternatives, mises en garde contre les conséquences sur la procréation et les enfants, mais comment refuser les conséquences quand on accepte les prémisses ? Le résultat le plus évident de son combat perdu d’avance est d’avoir donner à Madame Taubira une dimension qu’elle n’avait pas et que, goulûment, les médias complices lui ont accordée.

Alors, dans l’ambiance de ce « progrès sociétal », qui ne concernera qu’un nombre infime de personnes, puisque les gouvernements sont impuissants à traiter les questions pour lesquelles le pouvoir leur a été donné par la majorité qui s’en préoccupe, le chômage, par exemple, l’inflation langagière s’est déversée. Les quelques députés de l’ump qui ont voté le texte l’ont fait pour de petits calculs électoraux et politiciens, mais, grandiose, il y en a un qui a brandi la République et parlé d’un vote historique. Pauvre histoire et pauvre pays ! Encore un passage de l’ombre à la lumière ! Madame Taubira mérite le Panthéon. L’intérêt d’une minorité de la minorité est donc désormais l’affaire de la Chose Publique, et la Famille constituée d’un homme, d’une femme et de leurs enfants ne l’est plus.  Certes, ce vote sera un fait historique regardé comme une curiosité de notre époque car une loi à ce point contraire à l’Anthropologie ne durera pas.  De ce point de vue, elle  n’a aucun rapport avec le progrès de l’égalité homme-femme. Ce mot d’égalité est un autre exemple d’inflation langagière. Alors que la crise économique creuse les inégalités sociales, que les familles monoparentales, c’est-à-dire le plus souvent, une femme et ses enfants, connaissent les situations les plus difficiles, on promeut « l’égalité » de situations structurellement différentes, qui s’accompagnent statistiquement d’un niveau de vie supérieur. La gauche, debout dans l’hémicycle, scandait : « égalité, égalité » ! Et ils en sont fiers, les politiciens qui ont soutenu ce texte. L’inflation, c’est aussi quand la mauvaise monnaie chasse la bonne. Il y a des mots que l’on emploie pour masquer l’absence des choses, comme un gros billet avec lequel on n’achète plus rien. La fierté du vote d’hier n’est pas seulement l’écran destiné à cacher le coup porté à la famille, c’est surtout le masque de l’impuissance des politiques à affronter et à résoudre les vrais problèmes. Il est tellement plus facile de s’attaquer à une institution en votant une loi que de rendre à la France son dynamisme économique. Le politique d’aujourd’hui devrait oser parler vrai et comme disait Mallarmé « donner un sens plus pur aux mots de la tribu« .

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2 commentaires

  1. Courouve - 13 février 2013 18 h 43 min

    L’égalité des orientations procède en effet de la symétrie linguistique des termes « homosexuel » et « hétérosexuel », symétrie apparue en allemand en 1868 et transposée en français à la fin du XIXe siècle.

    Cette symétrie a été « pain bénit » pour le politiquement correct. La question homosexuelle, qui relève de la liberté et de l’amitié (poussée à l’extrême …) a été dérivée vers la conjugalité et l’égalité des droits des couples.

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  2. Buil Gérard - 18 février 2013 6 h 56 min

    Diable, Monsieur l’ancien Député de la République française, quel site !!!

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