Union pour une Machine à Perdre !

« L’UMP est moribonde mais elle n’est pas morte » a déclaré le médecin anesthésiste-réanimateur Alain Juppé, appelé à son chevet, pour mettre fin à la crise et entamer la guérison du malade. Il n’a caché ni son attachement à celui-ci, son « enfant », ni une lassitude agacée à l’encontre de ses nouveaux pères putatifs. A bien l’écouter, Juppé est malheureusement la maladie et son remède. Certes, sa stature, son assurance, sa « sagesse », comparées  aux inepties débitées par les « jeunes turcs » du mouvement et le fait que tous ces ambitieux en herbe, dépourvus de talents et de compétences, soient obligés de s’en remettre à lui ne peuvent que réjouir l’esprit. Mais, entendre « le plus intelligent d’entre nous », comme disait Chirac énoncer sans s’en rendre compte les éléments constitutifs de l’échec de l’UMP et les présenter comme des faits incontournables, renforce le pessimisme sur l’avenir.

Notre « fort en thème » rappelle le but de l’UMP, auquel j’avais, moi-même souscrit avec enthousiasme : créer en France un grand parti de la droite et du centre comme le Parti Conservateur britannique, la CDU-CSU allemande, le Partido Popular espagnol, le Parti Républicain américain. Mais il ajoute aussitôt que ce parti a, dans notre pays, deux adversaires, le pouvoir actuel, c’est-à-dire la gauche et le Front National. Il semble ignorer que dans aucun des Etats cités, il n’y a un parti à la droite de la droite capable de rivaliser avec les deux partis de gouvernement. Or, dans les autres grandes démocraties, cette situation a été évitée par une combinaison de moyens, mode de scrutin, élargissement du spectre, fermeté du discours, voire absorption du concurrent plus à droite. Le poids de l’histoire a fait le reste. En France, la « droite » accepte passivement les légendes de la gauche. Il n’y a eu, dans notre pays, ni Hitler, ni Mussolini, ni Franco, mais un général de droite, même s’il ne le disait pas, entouré d’abord par des patriotes plus à droite encore, qui, en 1940, a sauvé l’honneur de notre pays et a assuré sa participation à la victoire sur le nazisme. Je me rappelle une altercation entre un militant socialiste et un membre du FN, ce dernier disant à l’autre, qu’ayant libéré Paris avec la IIème DB, il n’avait pas de leçon à recevoir. En Italie, le parti héritier du fascisme a rejoint la droite classique,et a participé à son succès sans créer de cataclysme. Aux Etats-Unis, les sudistes qui votaient « démocrate » depuis la guerre de Sécession, votent pour un parti républicain devenu plus clairement conservateur.

En écoutant le « plus intelligent d’entre nous » égrener ses convictions, l’évidence du malentendu se dévoile. Alain Juppé se dit républicain, laïque,préoccupé en priorité par l’islamophobie, partisan d’un libéralisme régulé, attaché au « modèle » (?) social français et souhaite l’abandon, à nouveau, d’une partie de notre souveraineté au profit de l’Europe. Il emploie volontiers l’expression « mariage pour tous » mais veut user d’un autre mot que « compétitivité ». Juppé parle la langue de l’adversaire et développe le discours « politiquement correct » d’un social-démocrate, qui se trouve à droite par l’opportunité d’une carrière et d’un recrutement et par l’originalité de « notre » gauche », la plus bêtement idéologique du continent. En revanche, un homme de droite aurait parlé de la nation, de son attachement à son identité, où le christianisme a sa place, à son indépendance, à la nécessité de recourir à des réformes structurelles libérales pour assurer les conditions de celle-ci.

Notre brillant technocrate aurait pu, au moins, avoir recours à la solution la plus technique pour assurer le succès de son idée : le mode de scrutin. Edouard Balladur avait songé à installer en France le système anglo-saxon du vote uninominal à un tour. J’avais, pour ma part déposé une  Proposition de Loi visant à instaurer la « Présidentielle à tous les étages » : des municipales à la présidentielle, du quartier au pays. Dans chaque circonscription, on choisit au premier tour et on élimine au second. Le résultat aurait été d’élargir le spectre de l’UMP en fonction des diversités idéologiques et géographiques  et de permettre sa victoire dans un certain nombre de villes et de régions. Au lieu de cela on a préféré avec nos raffarinades maintenir ou créer six ou sept modes de scrutin et perdre toutes les élections et tous les pouvoirs. L’UMP a gagné 2007 grâce à l’union me répondrait Juppé. Mais il est bien placé pour savoir que c’est faux. Chirac a battu Balladur par un discours de rupture avec la politique mise en oeuvre par celui-ci durant les deux années précédentes, grâce à la désunion plutôt que malgré elle. De même, Sarkozy l’a emporté en 2007  par un discours de rupture « à droite toute », et a même failli renouveler l’exploit en 2012, sauf que c’est plus difficile de rompre avec soi-même et de dire à tous les Français qu’on les prend pour des buses.

La droite « la plus bête du monde » se trouve donc de nouveau confrontée à sa cruelle vérité. Elle voulait un  parti unifié qui lui permette de détenir le plus grand nombre de leviers et la délivre de la concurrence de l’extrême-droite. Aujourd’hui, il lui reste peu de pouvoir. Avec l’UDI, la reconstitution de l’UDF est en route. Le FN n’a jamais été aussi fort. Et ce qui était le RPR est menacé d’éclatement entre la tendance social-démocrate qui règne dans les actes et l’aile droite qui doit se contenter des discours. Celle-ci gagne les élections et celle-là lui inflige l' »ouverture à gauche », en guise de remerciements. L’heure n’est pas au replâtrage, fût-ce sous les auspices d’un « vieux sage », qui pourrait bien s’appeler Raminagrobis, d’ailleurs, et mettre les plaideurs d’accord, en se redécouvrant un destin national. L’heure est à la refondation, en remettant en cause les idées et les hommes qui, depuis des décennies se trompent et nous trompent.

 

 

7 commentaires

  1. Thibault Loosveld - 23 novembre 2012 12 h 58 min

    @ Monsieur le Député:
    Les Députés de Calédonie ont préfére sièger au sein du groupe UDI, ce qui explique, peut-être, l’appel de Bianca Hénin à voter pour eux…

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  2. Thibault Loosveld - 23 novembre 2012 17 h 11 min

    Peut-être Alain Juppé a-t’il voulu dire que le score du FN à l’élection présidentielle avait été élevé illégalement ?

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  3. Frédérique - 23 novembre 2012 20 h 30 min

    Vous dîtes : »Notre brillant technocrate aurait pu, au moins, avoir recours à la solution la plus technique pour assurer le succès de son idée : le mode de scrutin. »

    Profiter que l’on détient le pouvoir pour adopter un mode de scrutin avantageant son parti, n’est pas de la plus grande honnêteté envers les citoyens. Hors élection présidentielle, la proportionnelle intégrale devrait être la régle, d’une part pour que tous les électeurs soient représentés dans les institutions publiques qui régissent leur quotidien et qui sont financées par leurs impôts, d’autre part pour ne plus voir les petits partis obligés de se vassalisés auprès des grands en reniant leur idéologie. Les arrangement pour faire passer lois et décisions devraient se faire au cas par cas en temps donné et non pas avant allégeance contre sièges d’élus.
    Avec les trahisons coutumières des hommes politiques, c’est le bi-partisme actuel qui fait que les électeurs se détournent des urnes et non plus aucune confiance dans les institutions.

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  4. Christian Vanneste - 24 novembre 2012 7 h 18 min

    Le mode de scrutin proportionnel est, contrairement aux apparences le plus anti-démocratique : un élu représente un territoire et une population à laquelle il doit rendre des comptes. La proportionnelle permet à des personnes d’être élues parce qu’un appareil de parti les a placées en bonne position sur une liste. Ils peuvent ignorer leurs électeurs et ceux-ci ne pas les connaître. On ne peut pas classer les électeurs en blocs d’opinion. Un électeur peut avoir une vision plus différenciée des choses. Personnellement, si je suis très à droite sur les questions de sécurité, j’ai souvent voté avec le Nouveau Centre dans le domaine financier, fiscal ou budgétaire. L’opinion de l’élu peut être différente de celle de l’électeur, qui peut d’ailleurs évoluer : un écologiste sincère vote pour un gauchiste impénitent s’il vote « vert ». La proportionnelle conduit à la multiplication des partis, rend les majorités de gouvernement difficiles à constituer et fragiles. Elle conduit à ce paradoxe que le plus petit parti nécessaire à la majorité devient celui qui a le plus de poids, autrement dit à l’inversement proportionnel. Le système anglo-saxon uninominal à un tour est le plus démocratique : il explique la continuité de la démocratie dans les pays qui l’utilisent, l’existence de majorités de gouvernement, la responsabilité des élus devant les électeurs, l’alternance régulière. Ce type de scrutin ne favorise personne. Il était dans l’esprit de la Vème République et Michel Debré voulait d’ailleurs l’inscrire dans la Constitution. En proposant la généralisation du mode de scrutin présidentiel, je ne faisais donc que rendre nos modes d’élection plus simples, plus cohérents et plus compréhensibles pour nos électeurs. Par ailleurs, le candidat très à droite sera élu à Nice et celui d’extrême-gauche dans le 93, ce qui fait que tous les Français seront représentés.

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  5. BOCQUILLET - 24 novembre 2012 17 h 28 min

    Je suis tout à fait d’accord pour un mode de scrutin uninominal à un seul tour , ce qui permettrait en plus de couter moins cher à l état. Celà éviterait aussi les alliances de circonstance des seconds tours. Je pense aussi qu’il y aurait moins d’abstention. Il faudrait aussi par souci d’économie, limiter le remboursement des campagnes électorales au coût représenté par les affiches, les bulletins de vote et les profession de foi pour toutes les élections locales.

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  6. Thibault Loosveld - 24 novembre 2012 21 h 44 min

    @ Monsieur le Député:

     » Il était dans l’esprit de la Vème République et Michel Debré voulait d’ailleurs l’inscrire dans la Constitution.  »

    J’ajoute qu’il n’était pas dans l’esprit des rédacteurs de cette Constitution que les Députés soient élus un mois après les Président de la République, de telle sorte que tout membre de la Majorité restât redevable pendant 5 ans au pouvoir Exécutif d’avoir été investi. A mon sens, Jacques Chirac est directement responsable de cette inversion du calendrier électoral, laquelle rendit les Députés incroyablement dociles: je pense notamment à la Loi du 11 avril 2003 qui, normalement, aurait dû être rejetée ou au moins dénoncée par une majorité de Députés…

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  7. fbastiat - 26 novembre 2012 16 h 38 min

    L’UMP se meurt faute d’avoir un projet. Et c’est bien normal.

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