Morale et Démocratie

Jacques MARITAIN

Les relations entre politique et morale sont un sujet philosophique essentiel. La politique est-elle le domaine du machiavélisme et du cynisme ? Pour beaucoup, elle est en effet la conquête du pouvoir par tous les moyens et la conservation de ce pouvoir à tout prix. Dans ces conditions, la politique ne peut connaître de progrès que sous l’angle de ce que Jacques MARITAIN appelait la rationalisation technique. On voit très bien quelles sont les conséquences de cette conception : si tous les moyens sont bons, c’est l’habileté du mensonge ou la perfidie de la trahison qui prévaudront sur le souci de la vérité, le respect de la loyauté ou la constance de la fidélité.

Mais cette vision des choses amène une conclusion évidente : alors il n’y a plus guère de différence entre une politique démocratique et celle qui ne l’est pas, à moins de ne retenir que la violence comme point de fraction entre l’une et l’autre. Car, pour Jacques MARITAIN, la Démocratie, et on se souvient que cet auteur est l’un des penseurs de la Démocratie Chrétienne, doit être fondée sur une rationalisation morale, c’est-à-dire sur un progrès du respect de la personne humaine, aussi bien comme sujet que comme objet d’une action, dans la conquête et l’exercice du pouvoir.

Certes, face à un adversaire prêt à tout, il serait naïf de pratiquer l’angélisme, mais, dans le fonctionnement normal d’une Démocratie, qui est à la politique en général, ce que le sport est à la guerre, le respect de soi, celui des règles, celui des adversaires, le souci de la transparence et de l’honnêteté intellectuelle devraient l’emporter. Par là, un progrès serait accompli dans le fonctionnement de nos institutions qui serait d’abord marqué par le respect des électeurs. Que ceux qui vont décider qui est digne ou non de siéger à l’Assemblée Nationale, et que ceux qui sont en quelque sorte, les arbitres de cette rencontre, la presse, les médias, se demandent d’abord quel candidat est respectable et qui ne l’est pas, c’est-à-dire quel candidat a respecté ses adversaires, en les traitant comme des concurrents et non comme des ennemis d’abord et les électeurs ensuite.

4 commentaires

  1. Courouve - 14 juin 2012 17 h 03 min

    À l’hérétique il faut pêcher d’exemple », écrivait Voltaire dans L’Anti-Giton (1714). Tout au contraire, ceux qui se disent défenseurs acharnés de la démocratie ne cessent d’utiliser des méthodes non seulement anti-démocratiques, mais aussi totalitaires pour combattre des adversaires transformés en ennemis, diabolisés par une reductio ad Hitlerum. On voit ainsi leur vrai nature, et que la démocatie leur fait davantage défaut qu’à ceux qu’ils combattent.

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  2. Courouve - 14 juin 2012 17 h 04 min

    vraiE

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  3. Courouve - 14 juin 2012 17 h 35 min

    et pRêcher, démocRatie

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  4. Courouve - 24 juin 2012 20 h 42 min

    Je reprends :

    « À l’hérétique il faut prêcher d’exemple », écrivait Voltaire dans L’Anti-Giton (1714). Tout au contraire, ceux qui se disent défenseurs acharnés de la démocratie et de la république ne cessent d’utiliser des méthodes non seulement anti-démocratiques, mais aussi totalitaires pour combattre des adversaires politiques transformés en ennemis, diabolisés par une « reductio ad Hitlerum ». On voit ainsi leur vraie nature, et que la démocratie véritable leur fait bien davantage défaut qu’à ceux qu’ils combattent.

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