Le narratif dominant en France sur la guerre en Ukraine est caractérisé par une inversion systématique du réel. Une fois reconnues la diversité de l’Ukraine et le caractère relatif de la “nation” ukrainienne, sa célébration de la résistance de l’Ukraine à l’invasion russe et de l’héroïsme du peuple ukrainien perd de sa crédibilité et apparaît comme une propagande sans nuance, une propagande digne d’un Etat totalitaire. L’insistance à dénoncer la propagande russe et les ingérences de Moscou dans les pays européens relève ainsi de la projection et de l’inversion accusatoire.
- Le premier axe de la désinformation vise les origines du conflit : celui-ci aurait été provoqué de manière unilatérale par l’invasion russe au mépris du droit international qui garantit les frontières d’un Etat indépendant. La Russie voudrait reconstituer l’URSS et, comme elle, menacerait l’Europe occidentale. Cette “explication” se résume à l’affirmation d’un droit formel sans tenir compte de l’histoire et de la généalogie d’un événement. Comme on l’a vu, l’Ukraine de 2014 n’a pas de profondeur historique. Or, dans la politique réelle, l’histoire pèse plus lourd que le droit. La Russie de Vladimir Poutine avait accepté l’indépendance d’une Ukraine artificielle, mais elle a refusé que ce pays frère devienne un ennemi intégré à l’OTAN, un cheval de Troie de la désintégration de la Russie. Elle le refusait d’autant plus que depuis la dissolution du Pacte de Varsovie et l’abandon de l’idéologie impérialiste du communisme par Moscou, l’OTAN avait perdu sa raison d’être. Elle n’était plus qu’un club occidental auquel la Russie était prête à adhérer. Le refus des Américains dévoilait une stratégie dans laquelle l’OTAN permettait à Washington de garder la main sur l’Europe. Son extension à l’est avec l’admission de pays animés par un désir de vengeance à l’encontre de la Russie montrait que les Etats-Unis n’en avaient pas fini avec les Russes. Ces derniers ont compris qu’était en oeuvre la politique de Brzezinski. Il ne s’agissait nullement d’étendre la famille des démocraties mais d’affaiblir la Russie afin de dominer le coeur du monde : l’Eurasie. Le coup d’Etat de Maidan, installant au pouvoir de Kiev les Ukrainiens de l’Ouest, nationalistes et revanchards, souvent liés à des mouvements dont les racines plongeaient dans la collaboration avec les nazis, comme Secteur droit ou Svoboda, la volonté d’éradiquer la culture et la langue russe, y compris par la force, dans les régions russophones de l’est, puis la répression brutale de la résistance dans le Donbass entre 2014 et 2022 ont poussé le Président Poutine à réagir avant que l’Ukraine rejoigne l’Otan, la mettant à l’abri de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord qui aurait entraîné une guerre entre la Russie et l’OTAN. L’annexion de la Crimée en 2014 et la préservation du port essentiel de Sébastopol en réaction au coup d’Etat chassant le président pro-russe, l’invasion de 2022 en vue de renverser le nouveau pouvoir ukrainien sont des réponses logiques, mais tardives et finalement mesurées. Contrairement à la caricature, synthèse de Staline et d’Hitler, que l’Occident dessine de Poutine, celui-ci est un dirigeant équilibré et rationnel. Beaucoup de Russes considèrent même qu’il est trop modéré. Manifestement, son réalisme et sa rationalité n’avaient pas imaginé que l’Occident lui ferait la guerre aussi ouvertement, certes avec des soldats ukrainiens, mais de l’argent, des armes, des renseignements, et des mercenaires fournis par l’OTAN. Poutine a d’ailleurs tenté de trouver une solution diplomatique avec les accords de Minsk 1 et 2, qui garantissaient une autonomie des régions séparatistes sous la caution de l’OSCE puis de la France et de l’Allemagne. Angela Merkel et François Hollande ont ensuite avoué publiquement que leurs signatures n’étaient destinées qu’à donner le temps aux Ukrainiens de s’armer. Boris Johnson a même encouragé Zélenski à la guerre en lui promettant une aide militaire, alors que des négociations allaient aboutir. Depuis, l’Occident a développé un double discours contradictoire : la Russie de Poutine veut reconstituer la puissance soviétique et menace l’Europe, mais elle est un pays fragile économiquement, dont la force militaire est obsolète et inefficace. Afin de noircir son image, les “massacres” de Boutcha ou les enlèvements d’enfants ukrainiens seront instrumentalisés. Une fiction sera même réalisée sur Boutcha avec cette logique que notre société du spectacle croit davantage aux fictions bien mises en scène qu’à une réalité dont les morts sont anonymes. Timisoara aurait dû nous apprendre à être plus circonspects. Le caractère “westernien”, manichéiste du récit occidental devient évident lorsqu’on compare l’Ukraine et le Kosovo, la Russie et la Serbie. Le Kosovo était intégré à la Serbie dont les frontières internationales sont reconnues. Par la force, l’OTAN a imposé l’indépendance du Kosovo à la Serbie en raison de la majorité albanaise de son peuple, mais pour la Crimée ou le Donbass, la pérennité des frontières doit l’emporter sur la volonté de la majorité de leurs habitants. Le droit d’ingérence est valable pour protéger les Kurdes irakiens, les Libyens de Bengazi, ou les Kossovars, mais quand les Russes assistent les russophones ukrainiens du Donbass, c’est une invasion criminelle. L’ingérence est un privilège occidental qui remplace la colonisation dans la novlangue otanienne. Le droit d’ingérence cher au docteur Kouchner est le nouveau nom de la mission civilisatrice de Jules Ferry à l’égard des peuples inférieurs.
- Le second vecteur de la propagande occidentale est le récit des hostilités. La majorité des médias oppose des Ukrainiens courageux et inventifs face à des Russes prisonniers de leurs habitudes, par exemple des vagues d’assaut suicidaires. En fait, la stratégie ukrainienne a remplacé le terrain par la communication. L’entrée dans l’oblast de Koursk, le bombardement des drones sur les raffineries, sur les entrepôts de l’e-commerce, sur les avions stratégiques de la riposte nucléaire, laissés bien en vue selon les traités, sont autant de “coups” pour soutenir une image positive qui cache la réalité : un pays corrompu qui perd la guerre malgré le soutien massif de l’OTAN, première puissance militaire mondiale. L’acharnement anti-russe est passionnel : chaque attaque en profondeur du territoire russe est saluée comme une “humiliation” de Vladimir Poutine. Un journaliste allemand demande à Zelenski comment l’aider à “tuer des Russes” ! Une stigmatisation et un bannissement des artistes ou des athlètes russes des concours ou des festivals sont même entrepris avec une totale indignité, grotesque à l’égard d’un pays qui a tant donné au sport et à la culture. Une chaîne d’information comme LCI, liée au premier groupe français privé de télévision, TF1, déverse en continu une désinformation hostile à la Russie. Depuis les multiples cancers de Poutine jusqu’ au délire d’un avantage ukrainien sur le terrain, en passant par le retard technologique, les puces électroniques récupérées dans les machines à laver, les pertes abyssales et l’épuisement des ressources et des munitions chez les Russes, cette chaîne a transmis la propagande de Kiev et a persévéré malgré les démentis du réel. La Russie est un immense pays. Sa dimension est un avantage contre les invasions, mais une faiblesse contre les attaques aériennes ou le terrorisme tant il y a de lieux à protéger. Toutefois, les cibles atteintes donnent des images spectaculaires mais n’entament guère la puissance économique d’un pays dont les ressources en énergie et en matières premières sont inépuisables, et nécessaires à l’Occident, comme le Gaz Naturel Liquéfié, l’uranium enrichi, le titane, les engrais azotés, et… Le crétin diplômé qui fut ministre de l’économie à Paris voulait mettre la Russie à genoux. Elle a au contraire fait un bon en avant dans de nombreux domaines, car ses moyens sont illimités, et par ailleurs ses alliés objectifs, nombreux, au sein des Brics, cette organisation qui dément son isolement. Sa production militaire, en missiles notamment, est supérieure à celle de l’OTAN. La lenteur de la progression russe sur le front à trois raisons : d’abord éviter le choc provoqué dans la population par le nombre des morts en Afghanistan ; ensuite, la limitation des conquêtes aux oblasts russophones de l’est ; enfin, le renoncement aux attaques mécanisées massives, devenues suicidaires devant les drones. L’Ukraine subit des pertes beaucoup plus élevées que la Russie. Son économie est exsangue, sa démographie effondrée, ses infrastructures dévastées, mais ce zombie est en train de gagner la guerre : tel est le dogme absurde imposé aux peuples qui croient encore être en démocratie. (à suivre)