La république ou la France ?

Avec une rigueur apparente qui frisait la raideur, la ministre de la Défense s’est drapée dans la République et ses valeurs pour fustiger les militaires pour la plupart en retraite qui ont eu la “déloyauté” de rappeler dans quelle spirale infernale la France était engagée. L’inflation d’un terme dans les discours publics doit toujours éveiller un soupçon : sa présence insistante dans la parole officielle n’est-elle pas le signe de son absence dans la réalité ? A force de trop brandir l’institution comme un ostensoir laïque, ne cherche-t-on pas à cacher sa déchéance ? Quand on connaît les carrières des orateurs, à l’ombre d’un parti, d’un cabinet à un conseil d’administration, avec des salaires mirobolants et des parachutes dorés à la sortie, on se dit qu’ils ne sont pas les mieux placés pour défendre les valeurs de la République lorsqu’ils sont devenus ministres d’une république qu’on suppute quelque peu bananière.

La République est un concept, la France, une réalité charnelle et spirituelle. La France existe depuis qu’il y a un Royaume des Francs, comme les Allemands l’appellent encore aujourd’hui, “Frankreich”. Par rapport à cette réalité historique, géographique, culturelle et humaine, le mot “république” est une abstraction. Pour Jean Bodin, au XVIe siècle, elle correspondait à l’Etat souverain ayant autorité entière pour faire valoir le bien commun. Et sa conclusion était que la monarchie absolue était la meilleure forme de gouvernement pour atteindre ce but, la meilleure des “républiques”, car elle maintient l’unité et la direction du vaisseau. La France est le vaisseau, et la république ce qui lui permet de naviguer, la nécessité d’une autorité souveraine. Par la suite, à la chute de la monarchie, on a opposé la république à cette dernière. Pendant un siècle et plus, les Français étaient divisés sur la forme que devait prendre la République au sens initial, monarchie ou république. Cette opposition a laissé des traces funestes.

La première est évidemment la fracture de l’histoire de France, comme si celle-ci avait commencé en 1792. Péguy en parlant de la République, notre “Royaume de France” a réglé son compte à cette lecture idéologique de l’histoire. La seconde consiste à substituer la “république et ses valeurs”  à la France. De quelles valeurs s’agit-il ? La plupart des politiciens qui s’en réclament ne les précisent guère. Il faut y comprendre en premier lieu celles qui sont proclamées dans notre Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, celle qui est toujours le préambule de notre constitution et qui correspondait à la monarchie constitutionnelle de 1791. Qui rechignerait en effet devant la liberté, l’égalité des droits, la propriété, ou la sûreté ? Et même devant le droit de résistance, que Mme Parly semble ignorer. On se dit simplement que la liberté d’expression est en berne, que les tribunaux semblent davantage enclins à la museler qu’à réduire les atteintes à la propriété et à la sûreté. On avance timidement que notre déclaration n’est pas seulement celle des droits de l’homme, mais aussi celle des droits du citoyen, et que ce dernier, en tant que membre de la nation en a davantage que l’étranger, ce qui paraît aujourd’hui contestable dans l’esprit de certains. Pourtant, quand l’Assemblée nationale n’est plus qu’une chambre d’enregistrement et qu’on refuse aux citoyens la démocratie directe, le référendum d’initiative populaire pourtant clairement justifié par les articles 6 et 14, quand on réduit le rôle des jurys populaires dans les Cours d’Assises, et que dans le même temps on “récompense” les étrangers clandestins en proportion de la durée de leur clandestinité, surtout s’ils sont parvenus à jouir d’un emploi illégal, en leur octroyant un permis de séjour de 10 ans, et cerise sur le gâteau, la nationalité française, au bout de cinq ans, on se rend bien compte que notre “république”, notre “res publica”, n’est plus tout-à-fait la nôtre. C’est devenu un produit d’exportation publicitaire et d’importation migratoire. Publicité mensongère et remplacement de population n’ont plus rien à voir avec la République parce qu’ils nuisent à la France.

Nous en sommes là. A force d’employer le mot république prioritairement à celui de France, de faire valoir faussement le rayonnement de ce concept dans le monde, on a inversé le moyen et la fin. Pis, on a fait d’un moyen un boomerang qui nous revient avec les revendications et les accusations de ceux qui voudraient que nos principes se retournent contre nous : liberté, y compris pour afficher ostensiblement son hostilité à la manière de vivre des Français ; égalité quelques soient les mérites, et discrimination positive pour compenser de prétendues inégalités ; protection juridique des délinquants jusqu’à désarmer police et justice au mépris de la loi et de l’ordre. L’oligarchie qui nous gouverne semble peu se soucier de ces délitements. Elle accumule les privilèges, demeure à l’abri des périls, se moque de la souveraineté nationale, c’est-à-dire de ce qui constitue vraiment la “République”.  Elle a remplacé le mot démocratie par l’expression Etat de droit pour que la politique demeure la chasse gardée des technocrates et des juristes. Or la démocratie est l’affaire du peuple, de la nation, et il est temps que les Français rappellent qu’ils sont le Souverain de notre République, notre Royaume de France.

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6 commentaires

  1. Nous faut-il encore tenir compte de la parole de nos “pauvres ministres” qui ne pensent pas ce qu’ils disent, préférant se ranger par intérêt ou soumission derrière les pensées et les directives de leur “Grand Chef”.
    La paie est bonne et leur cinq années de présence au maximum paraissent courtes. Autant s’y accrocher le plus possible !

  2. La république n’est qu’un régime de gouvernement; la France est un pays, une réalité tangible! comment peut-on préférer une abstraction politique à une réalité qui nous constitue ?
    La république basée sur les droits de l’homme? ils oublient simplement son corrolaire : les devoirs du citoyen qui précèdent les droits !

  3. La république est mal née. Le 21 septembre 1792 l’abbé Grégoire demande l’abolition de la monarchie, tout simplement, à une assemblée élue avec 90 % d’abstentions et réunie pour sa première séance au quart de ses membres (Estimation personnelle). Cette abolition n’est pas votée mais ovationnée.
    Le 22 septembre, proclamation de la république mais on ne sait pas laquelle ! Solon de Sparte… ou Brutus le romain ? Finalement on a eu Robespierre, les jacobins et Napoléon, la suite vous la connaissez.
    Premier commentaire où j’utilise mon nouveau pseudo pour remplacer Homo Orcus

    1. Il est en effet frappant de constater que la fameuse république a d’abord été une dictature sanguinaire, dès 1792 avec les massacres de Septembre et, qu’elle a inauguré 22 ans de guerres qui ont saigné la France et lui ont définitivement fait perdre la première place en Europe, mais les mythes de Valmy et de Napoléon inversent l’image de cette période aux yeux des Français. Les Anglais ont eu Cromwell, mais s’en sont remis. La France ne s’est jamais remise du jacobinisme. ( Solon, c’était Athènes. A Sparte, c’était Lycurgue.)

  4. Vous voudrez bien m’excuser pour cette erreur inadmissible. En écrivant le commentaire je pensais à Platon : “J’en parle ou pas ?” Je décidais de faire l’impasse pour ne pas alourdir le texte.
    Au sujet de Platon l’athénien et son ouvrage. Le 22 septembre les conventionnels se demandent : République OK mais laquelle ? Les atermoiements ont duré un certain temps et je n’ai pas découvert à ce jour la conclusion. Par contre pour avoir parcouru très rapidement les Buchez-Roux sur la période, à aucun moment Platon n’est évoqué ! C’est quand même surprenant.

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