LE RETOUR DU FILS-PERE.

images (39)Nicolas Sarkozy vient de se livrer à des confidences. La première révèle que, si le pouvoir politique ne le tente plus, il ne se déroberait pas l’appel qui jaillirait de la Nation pour le salut public. Si la France est en péril, alors il est prêt à faire le don de sa personne. Ce théme du retour du sauveur tellement ancré dans l’inconscient chrétien, du Père protecteur venant à nouveau s’offrir au peuple pour lui redonner foi et espérance, dont un maréchal puis un général ont laissé la trace dans la conscience collective française, apparaît en filigrane dans cette première annonce. Mais la seconde laisse aussitôt percer l’ambivalence du personnage. C’est une surprenante critique de l’intervention française au Mali émise par un ancien Président de la République, qui a donc incarné la France entière aux yeux du monde, le précédent Chef des Armées alors qu’un quatrième soldat vient de tomber au combat. On lui reconnaîtra deux qualités : sa remarque est juste, puisque le gouvernement du Mali, issu d’un coup d’Etat, dans un pays profondément divisé, à l’administration floue sur un territoire immense, ne répond guère aux critères de légitimité qui justifieraient d’entendre son appel ; la question qu’il pose implicitement sur les conditions et la finalité de l’engagement d’une France qui se trouve un peu seule et avec des moyens limités est également pertinente. On soulignera à sa décharge que si les touristes parlementaires de l’opposition faisaient leur travail, le débat sur ces points aurait déjà eu lieu sans qu’il s’en mêlât. Mais avec un minimum d’objectivité, on ne peut s’empêcher de rappeler que le soutien aux adversaires de Khadafi, reçu à Paris avec tous les honneurs, quelques années auparavant, ne se faisait pas non plus à la demande d’un gouvernement légal, et que la chute du bouffon tragique a laissé la Libye dans un chaos propice au djihadisme saharien qui y a trouvé armes, munitions et combattants. A travers ce tacle au successeur, mêlant intelligence et mauvaise foi, on reconnaît l’autre Sarkozy, le “bad boy”, le fils enfilant les projets et les annonces plus vite que son ombre, la cible mouvante avec parfois des dérapages agressifs ou sentimentaux éloignés de la figure paternelle. “Casse-toi, pauvre con” ou “avec Carla, c’est du sérieux” avaient atteint des sommets.

Nicolas Sarkozy reviendra peut-être. A nouveau, il laisse entendre qu’il a changé. Je crois au contraire que sa dualité profonde est inscrite au coeur du personnage. La psychologie, voire la psychanalyse trouvent chez lui un terrain de choix.En lisant Aldo Naouri, on sait, contrairement aux sottises actuellement déversées, combien la différence sexuée des parents joue un rôle essentiel dans la genèse d’une personnalité. Sur ce plan, Sarkozy a été servi : une mère, chef de famille, bougeoise, certes mais surtout une femme de caractère, et deux pères, le charnel, réfugié hongrois “de luxe”, nomade du mariage, et le spirituel, le grand-père maternel,  médecin gaulliste. L’un semble avoir inspiré la vie privée et l’autre la vie publique, le premier le sens du court terme et l’autre celui de la vision pour le temps long. De la mère, primordiale, vient une combativité qui ne renonce jamais, comme on le voit aujourd’hui. Le boulimique Nicolas ne supportait plus le scepticisme cynique et attentiste caché sous l’éloquence du menton de Chirac. Il est de tous les hommes politiques français celui qui a le mieux perçu la necessité des réformes structurelles à long terme que ses prédécesseurs n’avaient pas accomplies… et il n’en a pratiquement rien fait. Avant le pouvoir, le gaullisme du grand-père, et une fois au pouvoir, la bougeotte séductrice du père. On ne fait que les réformes qui ne font pas descendre dans la rue, on les maquille, on les relooke : pas d’abrogation des 35 heures, mais les “heures sup” choyées ;  les retraites des régimes spéciaux en trompe l’oeil ;  un bouclier fiscal à 50% plutôt qu’une suppression de l’ISF ; un référendum d’initiative populaire infaisable ; un durcissement des lois pénales contredit par une loi pénitentiaire laxiste. Le bilan est, pour le moins mitigé : pas la catastrophe pointée par la gauche pour justifier son impuissance, mais un ensemble disparate, en partie déjà démonté, où subsistent la refonte de la carte judiciaire, la rèforme universitaire et le souvenir d’une réponse à la crise intelligente et d’initiatives internationales heureuses. Pour le reste, l’ambiguïté  des choix soumis davantage à la pression immédiate des médias l’a souvent emporté sur la réflexion au long cours : quelle est la véritable opinion de Sarkozy sur la préférence à accorder à la taxe carbone par rapport à la TVA sociale,  sur le vote des étrangers, sur la reconnaissance institutionnelle de l’homosexualité, sur la discrimination positive ou sur la place de la religion dans notre société ? Lui-même doit continuer le dialogue sur ces sujets entre Père et Fils.

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9 commentaires

  1. MDR ! SARKOZY PLAGIE LA FORMULE DE LOUIS XX « Si les Français m’appellent, je ne me déroberai pas »
    Malheureusement pour lui, la superbe déclaration de Louis XX est très connue, non seulement par le biais de La Toile, du bouche à oreilles, par sa biographie, de Daniel de Montplaisir, mais aussi par le biais de tracts et d’affiches, et même par la télévision.
    Nos présidents de la ripouxblique se prennent pour des rois, malheureusement, ils n en ont pas le talent !
    « La république, c’est la canaille au pouvoir » (Jean Dutourd)
    http://www.ndf.fr/poing-de-vue/08-03-2013/le-retour-du-fils-pere#comment-50552

  2. Du vrai et du faux, mais de toute façon à choisir entre N. Sarkozy et F. Hollande, entre un UMP et un PS, mon choix est tout fait ! ce sera Sarkozy ou un UMP…

    1. Ce qui compte en politique ce sont les idées, non les étiquettes. A force de confondre politique et hypermarché, on s’habitue au produits avariés…

  3. Bon week à tous,
    Nicolas Sarkozy n’a pas besoin que d’autres parlent à sa place!

    Ce que dirait Sarkozy, suite a cette Annonce? est dans la fin de la Tirade des Nez, de Cyrano de Bergerac acte 1, scène 4.

    Sarkozy en réponse aux Médias répondrait:

    ” Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut
    Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
    Me servir toutes ces folles plaisanteries,
    Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
    De la moitié du commencement d’une, car

    Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
    Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

    Oui ne permets pas qu’un autre que moi, me les serve!

  4. Ce portrait de l’ex-président est fort bien campé et la double-personnalité de cet homme en fait un sujet intéressant pour les psychologues. Cette dualité s’est exercée aussi dans le domaine de l’UE où on l’a entendu refuser l’entrée de la Turquie et payer son tribut financier aux préparatifs de son entrée. L’important ce sont les idées, dites-vous, et j’y souscris totalement mais nous manquons cruellement d’hommes ou de femmes ayant le courage et la capacité de les mettre en oeuvre.

  5. ” La psychologie, voire la psychanalyse trouvent chez lui un terrain de choix”, diable !!! voilà que l’ancien député Vanneste se permet maintenant de gratifier d’une ordonnance médicale notre ancien chef d’état. Et bien dites moi monsieur “le plus rien”, vous qui n’entrerez donc jamais dans l’Histoire de France, quelle hardiesse pour vous moquer ainsi d’un homme qui lui entrera de plein pied dans l’Histoire de ce pays.

  6. Psychologie ou pas, Psychanalyse ou pas, la France est tétanisée par tous ces ragots stupides, engendrés par ces vils nabots criards du négativisme, que sont ces journalistes.

    Si Nicolas Sarkozy souhaite parler, qu’il parle..pour l’instant je n’entends rien!

    Je comprends le raisonnement de Monsieur Christian Vanneste, que lui reprocher, rien, mis à part qu’il a côtoyé Nicolas Sarkozy lorsqu’il était Député UMP, et qu’il le connait très bien.
    Nous avons tous un profil psychologique et psychanalytique, donc Nicolas Sarkozy aussi, il a du bon, et du mauvais, comme tout être Humain, il a fait des erreurs!

    Mais que Diable, pourquoi prendre la Défense de Sarkozy, il est tout à fait capable de prendre sa propre défense avec brillance, et s’il ne le fait pas.. s’il ne s’engage pas..et bien laissons lui cette LIBERTE ROYALE!!

  7. @ Olivier Lepeu:

    Après Gaston Flosse condamné en cour d’appel pour abus de travail, c’est au tour de Nicolas Sarkozy d’être “gentiment” mis en examen pour abus de faiblesse. Or, si notre ancien Président est persécuté par une dictature judiciaire, c’est donc que le pouvoir socialiste veut le maintenir définitivement à l’écart de la vie politique.

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