Pour l’avenir de nos enfants

Une grève s’annonce demain dans l’enseignement. Depuis plusieurs semaines, une banderole a été apposée sur le mur de certains établissements privés. J’avais interpellé Luc CHATEL dès le mois de juillet, je l’ai de nouveau saisi du malaise grandissant dans nos écoles.

Monsieur le Ministre,

Comme je vous l’avais dit assez clairement lors d’une réunion du groupe UMP, je crois que vous n’avez pas pris en compte la problématique de l’enseignement privé sous contrat.

En effet, les accords passés sous un gouvernement de gauche entre le ministère et l’enseignement catholique, qui représentent 95% de l’enseignement sous contrat, était un compromis, un moindre mal pour un réseau d’établissements qui a toujours subi l’hostilité de la gauche. Cet accord n’avait que de faibles effets négatifs sur l’enseignement privé, tant que les effectifs augmentaient à la fois dans le public et le privé.

Aujourd’hui, l’enseignement privé subit d’une façon parfaitement inique les conséquences, d’une part de la baisse des effectifs dans le public, et d’autre part de la politique globale de maîtrise de la dépense publique. Si cette dernière est parfaitement légitime, elle ne devrait en aucun cas conduire à la diminution des crédits de l’enseignement privé, selon la règle mécanique des 20%, et ceci pour trois raisons. D’abord, parce que cette règle est une atteinte scandaleuse au principe fondamental de la liberté du choix des parents ; ensuite, parce qu’il n’existe pas de postes dans l’enseignement privé, et que la suppression d’un emploi est une perte d’emploi sèche. Il n’y a pas d’enseignant privé qui ne soit devant des élèves. Enfin, parce qu’elle alourdit l’inégalité qui règne déjà entre les deux types d’enseignements. Dans la quasi-totalité des cas, les forfaits d’externats sont loin d’équivaloir aux coûts des élèves dans l’enseignement public et ce sont les parents qui doivent assurer la différence. Qui plus est, la charge de l’immobilier, d’une façon absurde et inégalitaire en raison des trois lois opposées qui régissent l’éventuel soutien des collectivités territoriales, est également à la charge des parents qui payent deux fois, la première en tant que contribuables pour des établissements que leurs enfants ne fréquentent pas, et la seconde, pour soutenir les efforts des organismes de gestion des établissements de l’enseignement privé.

Faut-il ajouter que les investissements considérables et parfois inutiles de certaines collectivités ont accentué la différence entre les bâtiments et les équipements, en marquant sans cesse davantage l’obsolescence de l’immobilier privé, qui se trouve parfois confronté à des difficultés lorsqu’il s’agit par exemple de se soumettre à la loi concernant l’accès aux handicapés. J’ajouterai que cette politique discriminatoire et attentatoire au principe même de la liberté, est contraire au souhait d’économie du gouvernement, puisque le coût d’un élève scolarisé dans le privé est moindre que celui d’un élève scolarisé dans le public. Cette différence est essentiellement due à la part considérable de bénévolat et de dévouement professionnel, de générosité aussi, qui permet à l’enseignement libre d’avoir d’excellents résultats avec des moyens quantitativement inférieurs.

Sans doute y-a-t-il des régions où l’enseignement privé est très minoritaire. Cela n’est pas le cas dans le Grand-ouest par exemple, ni dans le Nord-Pas-de-Calais. Il se trouve que ma circonscription comporte à peu près autant d’élèves scolarisés dans le privé que dans le public, avec parfois des pointes de plus de 60% dans les collèges de Tourcoing par exemple. Il est inutile de préciser qu’il ne s’agit en aucun cas d’une population favorisée.

 Il me reste à souligner le danger politique évident des dispositions prises. Pour la première fois, je vois l’enseignement privé mobilisé contre le gouvernement depuis les manifestations de 1984, contre la loi Savary. Lorsque je vois les établissements de Tourcoing, y compris celui où j’ai passé la totalité de ma vie professionnelle se couvrir de banderoles hostiles à nos mesures, je me sens obligé de vous dire que je ne soutiens absolument pas votre politique à l’égard de l’enseignement privé.

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de toute ma considération.

Christian VANNESTE

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3 commentaires

  1. Réponse fictive de Luc Chatel à M. VANNESTE :

    “Monsieur le député, je vous remercie de votre courrier à mon adresse. Sachez que je comprends vos craintes. Cependant, je tiens à vous rappeler que vous êtes le Législateur.

    Si vous trouvez ma politique inique, vous serez, très prochainement, en mesure de la contrecarrer…En ne votant pas la loi des finances.

    En effet, dans notre beau pays, un Gouvernement ne peut rien sans budget. Or, ce budget est décidé par vous, M. VANNESTE. De même que les lois de programmation ou les lois cadres.

    Je vous invite donc, si vous êtes à ce point concerné – et pas seulement sur le plan électoral – à amender la Rigueur Généralisée Financièrement stupide et Fondamentalement crétine.

    En effet, l’ensemble de vos griefs repose sur celle ci. Je m’interroge, au passage, sur la cohérence de vos actes :

    –si vous trouvez ma politique “inique” pourquoi avoir saluer la signature de la Stratégie de Lisbonne II, qui fait plus que s’en inspirer ?

    –si vous trouvez ma politique si désastreuse, pourquoi avoir voté la RGPP ?

    Auriez vous oublié que cette politique “inique” c’est…Votre oeuvre, M. VANNESTE ?”

    http://www.elunet.org/spip.php?article17171

    Il est un peu facile de ne se mobiliser que huit mois avant les élections législatives…Cela fait cinq ans que les enseignants, eux, triment !

    Dans le public comme dans le privé…Puisque ce sont des enseignants, en classe, qui ont été supprimés…Par contre, des “inutiles” il y en a toujours un bon paquet dans les ministères ou pas, et ce ne sont pas tous des enseignants…!

    Je note que la RGPP, en revanche, fonctionne en sens inverse pour les Ministres, “conseillers” officieux ou officiels du Président et du Premier Ministre, et autres élus…Etrange, non ?

    Par ex, pouvez vous m’expliquer pourquoi je paye (moi contribuable) une crêche à l’Elysée, pour les enfants des “collaborateurs” (vive la référence !) du Président…Lesquels gagnent un salaire sensiblement supérieur au mien ?

    De la même façon, la République ne reconnaissant pas l’épouse de M. SARKOZY, ni même une pseudo “première dame de France” (titre honorifique qui n’a rien d’officiel), à quel titre cette dernière fait elle financer son site Internet ? Et utilise t elle un titre, sur son blog, et idem pour M. SARKOZY, qui entre dans le cadre de la violation d’identité ?
    http://www.carlabrunisarkozy.org/

    Le conseiller en matière “institutionnelle” n’est pas capable de prévenir M. SARKOZY que s’attribuer un titre – quel qu’il soit – de manière frauduleuse (comme M. LEFEBVRE qui affirmait être député à la place de M. SANTINI !) ou/et non reconnu par la REPUBLIQUE, est puni par une peine d’emprisonnement ?

    Et expliquez moi un peu pourquoi il est impossible que M. SARKOZY et M. FILLON – pourtant sur la même longueur d’onde en principe ! – partagent leurs “conseillers” ?

    http://www.elysee.fr/president/la-presidence/le-fonctionnement-de-la-presidence/le-cabinet-du-president-de-la-republique/le-cabinet-du-president-de-la-republique.10179.html

    http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/cabinet-du-premier-ministre

    Il faut vraiment CINQ PERSONNES pour donner UN AVIS sur “l’Europe” ?

    Que dire des conseillers non officiels, les “visiteurs du soir” du style le brave Alexandre Djourhi qui semble pouvoir entrer dans le bureau du Président en son absence et se prendre pour le Pape ? (Cf book de M.PEAN)

    A ce propos, à quand des lois encadrant REELLEMENT les agissements de la classe politique ?

  2. Ce rappel à l’ordre est tout à fait nécessaire et nous attendons la réponse du ministre avec impatience.
    Il est tout à fait vrai que le gouvernement refuse toujours une saine concurrence entre les établissements et fait payer au privé la mauvaise gestion du public. Ceci est tout à fait scandaleux et nous interroge sur l’opportunité d’introduire une véritable autonomie des établissements y compris financière par le chèque scolaire.

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