La pornographie : pas de principe de précaution pour les mineurs ?

Voici les trois remarques que m’apporte le texte de Madame Peggy SASTRE, publié par le Nouvel observateur (à lire ici : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/177406;christian-vanneste-le-porno-et-les-lois-imbeciles.html)

–          D’abord, il aurait pu se situer dans le cadre d’un vrai débat où l’on utilise des arguments en respectant ceux qui ont un point de vue différent. Manifestement le choix fait par Madame SASTRE se situe davantage dans l’outrecuidance et l’agressivité. Le terme « croisade pornophobe » relève de l’emploi réflexe et stigmatisant du langage. Les connotations y sont plus importantes que le sens. Je n’insisterai pas sur les qualificatifs de “stupide” ou “d’imbécile” qui appartiennent au vocabulaire de l’injure gratuite.

–          Ensuite, Madame SASTRE fait référence à des données qui anéantiraient mon raisonnement. Je constate que ses informations sont relativement anciennes puisqu’elle s’appuie sur le débat qui a existé entre les Présidents Nixon et Reagan et « le » spécialiste  d’AMATO qui bien évidemment détient la vérité officielle. Les chiffres évoqués à propos du Japon se situent entre 1972 et 1995. L’usage de la toile n’a sans doute pas évolué depuis… Je me contenterai de rappeler que les viols commis par des mineurs sur des mineurs ont augmenté de 15,91% entre 2002 et 2010, et les atteintes sexuelles en général de 14,23%. Les viols sur mineurs se sont notamment accrus de 3,23% entre 2009 et 2010.

–          Enfin, je conseille à mon interlocutrice la lecture de « Regards croisés sur l’adolescence », un dialogue entre le Professeur Marcel RUFO et Marie CHOQUET. On peut y lire : « la pornographie est une violence faite aux jeunes au même titre que les violences sexuelles » et au-dessus : « parmi ceux qui regardent régulièrement du porno, les troubles et conduites sont les mêmes pour les filles et pour les garçons : en premier lieu, une fréquence des tentatives de suicide, les ivresses répétées et la consommation régulière de cannabis, tous autres facteurs de vulnérabilité sociale, scolaire ou familiale étant constants par ailleurs ». Ce jugement corrobore les conclusions du rapport Kriegel ou de celui de la Défenseure des Enfants Claire BRISSET à destination du Garde des Sceaux.

En conclusion, la proposition de loi visant à lutter contre la pornographie et cosignée par un grand nombre de parlementaires de l’UMP reprend en grande partie l’initiative de la Députée conservatrice britannique Claire PERRY. Elle vise non à interdire ou à limiter l’accès à internet pour les majeurs mais seulement à rendre plus vigilants ceux-ci sur le contrôle parental puisque 15% des parents seulement savent en utiliser le logiciel. En obligeant la demande positive d’un accès aux sites pornographiques, on rend ainsi la protection de l’enfance et de la jeunesse plus responsable : n’est-ce pas une application du principe de précaution ?

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15 commentaires

  1. décidément,c’est un sujet qui vous obsède…aujourd’hui de nombreux jeunes regardent des vidéos pornos sur internet. et alors? ces vidéos sont censées être réservées aux plus de 18 ans,mais la majorité sexuelles,en france,est à 15 ans. ce qui ne veut pas dire que tous les jeunes de 15 ans ont des relations sexuelles ou regardent des vidéos porno…le plus important c’est que ça ne tourne pas à l’obsession (ce qui vaut également pour les jeux vidéos ou d’autres choses). allez-vous demander aux fournisseurs d’accès de se substituer aux parents?
    quand j’étais jeune -j’ai 37 ans- les garçons,au collège et au lycée,se refilaient des revues ou des cassettes vidéos “sous le manteau”…et ça circulait,vous pouvez me croire! sans oublier les soirées du samedi chez les copains qui avaient canal+ quand les parents partaient pour la soirée ou le week-end.

    ne pensez-vous pas que l’alcool,le tabac,la drogue ou,dans un autre registre,la précarité voire la misère dans laquelle vivent de nombreux jeunes font beaucoup plus de dégâts que le porno?

  2. Monsieur VANNESTE, votre proposition est bonne sur le principe, mais pas cohérente dans la pratique.

    Vous dites que : “les viols commis par des mineurs sur des mineurs ont augmenté de 15,91% entre 2002 et 2010, et les atteintes sexuelles en général de 14,23%. Les viols sur mineurs se sont notamment accrus de 3,23% entre 2009 et 2010.”

    Fort bien…Mais quel lien de causalité faites vous avec la pornographie, qui est plus du voyeurisme qu’autre chose ? Les adeptes de la pornographie seraient ils, statistiquement, plus “violeurs” que leurs homologues qui ne le sont pas, adeptes ?

    Vous citez également ceci : « la pornographie est une violence faite aux jeunes au même titre que les violences sexuelles » et au-dessus : « parmi ceux qui regardent régulièrement du porno, les troubles et conduites sont les mêmes pour les filles et pour les garçons : en premier lieu, une fréquence des tentatives de suicide, les ivresses répétées et la consommation régulière de cannabis, tous autres facteurs de vulnérabilité sociale, scolaire ou familiale étant constants par ailleurs ».

    Très bien, le “mal” c’est donc la pornographie. Il convient donc de limiter le visionnage de cette dernière (la censure ne marchant jamais) et surtout de sensibiliser les parents (puisque, par définition, un ado n’a pas les moyens pour s’acheter des revues ou cassettes ou de payer un abonnement internet : il regarde donc chez papa et maman, surtout s’il est mineur !)

    Pourquoi, dès lors, ne vous en prendre qu’à Internet – qui peut être arrêté par un simple blocage des parents – et pas, pour ex, à la vente (tout à fait licite) de cassettes ou revues, ayant trait à la pornographie ?

    Pourquoi, également, ne pas chercher à sensibiliser les parents à cette question ?

  3. @ grégory:
    Il y a un lien évident de causalité entre la grille des programmes du Canal+ d’André Rousselet et la multiplication par trois, sous François Mitterrand, du nombre annuel des divorces.

  4. Je rejoins tout a fait gregory ! Quand j’étais au collège – cela fait également longtemps – aux Chârtreux (Lyon), école catholique réputée (je précise, parce qu’on a souvent tendance à ne viser que les écoles publiques ou les ZEP), cassettes et revues (appartenant généralement aux parents) circulaient en masse !

    On se servait même de “l’aumonerie” pour faire des “transactions”…Ou autre forme de “commerce” ! Ainsi, dès mon troisième jour au collège, plusieurs élèves sont venus me proposer – pour avoir de bonnes notes – de la “poudre blanche” et je vous assure que ce n’était pas du sucre !

    Quant à la boisson, savez vous que les “soirées bizutage” sont généralement le prélude – pour ceux ne s’y étant pas adonné jusqu’à là – à des fiestas où le défi est de boire pour boire ? En gros, à la file, chaque élève devant s’incliner devant les autres et ouvrir la bouche, jusqu’à être complètement rond !

    Comme j’étais un élève sage – par rapport à la moyenne – je n’ai pas été très actif en ces matières, mais j’étais avec des potes qui eux, s’y adonnaient complètement. Ce qui les rendait très populaires. (Et quand on est au lycée, collège, que ne ferait on pas pour acquérir une notoriété du groupe ?)

    Moi j’étais populaire, mais parce que j’avais une moto, je faisais des blagues et que j’organisais des fêtes (mes parents me laissant la maison le week end) mais pas aussi arrosées que de nos jours !

    J’étais le bout en train de service…Entre un “drazic” et un “parker lewis” !

  5. @ seb:
    Vous êtes d’accord avec cette PPL puisque vous comparez la consommation de la pornographie à celle d’une drogue !

  6. A Thibault :

    Je ne compare pas la drogue avec la pornographie. Je tiens seulement à souligner que si le motif est noble – mon épouse est enseignante en primaire et reçoit régulièrement des parents pour leur demander de ne pas laisser traîner leurs “petites affaires” derrière eux – la méthode me semble peu efficace, au sens où M. VANNESTE soutient un encadrement du Net en brandissant pour légitimer ce qui s’apparente à de la censure, la pornographie.

    Pour moi, il va de soi qu’un gamin risque beaucoup d’être confronté à des images dérangeantes, en découvrant des revues et DVD dans le salon – les parents n’ayant même plus la décence de visionner ce genre de film dans leur chambre de nos jours – qu’en surfant sur le Net.

    Ou même – tout simplement – en regardant la télé. Bien que très “artistique”, la série “spartacus” qui passe sur une chaine cablée (staz) ou même la série “camelot” pourtant connotée “famille” n’hésite pas à franchir des limites très perturbantes pour des enfants.

    Si la diffusion de ces séries – du moins desdites scènes – est en principe protégée (par le CSA), la vente des DVD, à ce que je sache, ne l’est pas. On n’interdit pas certains films aux mineurs que je sache ! Pourtant, les scènes de sexe sont parfois très, très, dérangeantes ou dégradantes.

    Ex avec cette scène qui, outre son coté un peu ridicule – cela n’apporte franchement pas grand chose à l’histoire – est, à mon sens, perturbante…Même pour des adultes.

    Ou celle ci :

    Cela n’enlève rien à la série – qui est tout bonnement géniale ! – mais cela reste perturbant.

    La solution consiste t elle, dès lors, à tout interdire ? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

    Par contre, un message pédagogique à l’attention des parents – pour qu’ils cachent un peu leur “petit plaisir” : de la lecture osée aux revues, en passant par les cassettes…Sans parler de l’acte en lui même ! Certains parents ayant l’irresponsabilité totale de jouer au “docteur” à quelques pas de leur enfant ! – serait opportun !

    J’ai des enfants. Aucun d’eux n’a jamais, ne serait ce que soupçonné – jusqu’à atteindre un âge pour comprendre – que leur mère et moi nous étions autre chose que les successeurs de Joseph et la Vierge Marie ! Surtout, aucun d’entre eux ne nous a “découvert” !

    Preuve qu’il doit être possible de garder son “jardin secret” ! Et quand on se munie d’une clé, on évite aussi que la marmaille ne découvre les talents de poète sulfureux de leur père ou les textos brûlants de son Hélène bien aimée ! Plus encore…Les rendez vous galants qu’ils se donnent…!

    Si des parlementaires comme M. VANNESTE – qui je n’en doute pas, doit être heureux en amour… – ou un célibataire comme M. DE COURSON (qui ne doit pas être un moine !) arrivent à ne pas éventer leur vie privée, il doit être possible aux autres parents – qui n’ont pas conscience de la violence psychologique que peuvent provoquer certaines visions – de s’amender et d’aller vers la voie de la sagesse en la matière !

  7. @ grégory :

    Vous écrivez : “Quand j’étais jeune -j’ai 37 ans- les garçons au collège et au lycée, se refilaient des revues ou des cassettes vidéo “sous le manteau”…

    Ayant 46 ans … de + que vous, permettez-moi de vous dire qu’à l’époque où ils étaient à l’école, les garçons de mon âge pensaient plus aux bombardements aériens et aux misères de l’occupation, qu’aux “revues et cassettes vidéo” que certains des pères de votre génération iront chercher en Hollande dans les magasins spécialisés, où la foule par curiosité, le dimanche, était toujours présente !

    Bref, qui veut détruire notre civilisation en s’attaquant à la faiblesse humaine avec ces armes terribles que sont la drogue et la pornographie ?

  8. @ seb:

    ” la méthode me semble peu efficace, au sens où M. VANNESTE soutient un encadrement du Net en brandissant pour légitimer ce qui s’apparente à de la censure, la pornographie. ”

    En somme, vous prétendez que la pornographie est une forme de Liberté d’expression alors qu’il s’agit en réalité d’une prostitution de cette Liberté !

  9. @ F.F.T….mettre dans un même commentaire la pornographie et la guerre,fallait oser. essaieriez-vous de nous faire croire que les jeunes,à votre époque,n’avaient aucune curiosité pour “les choses du sexe” ?…à d’autres… le “autre temps,autres moeurs” serait faux,dans ce domaine comme dans d’autres. comme si la pornographie était seulement apparue à l’époque de la “révolution sexuelle”…avant cela les supports étaient différents,c’est tout: fresques romaines et grecques,estampes chinoises ou japonaises,gravures du XVIIIème siècle,puis,suivant les progrès techniques,photos,cassettes vidéos,DVD,maintenant internet.

  10. A Thibault :

    Le porno, à ce que je sache, n’est pas interdit en France. Vouloir interdire la diffusion d’une oeuvre cinématographique (ou pas) cela relève effectivement de la censure. Quelque puisse être le support ou le sujet choisi.

    Comme je l’ai dit précédemment, je pense que les enfants doivent être protégés d’images perturbantes. Mais pour moi, ce sont les parents qui doivent s’en charger, pas le Législateur.

    Au reste, le Législateur – en la personne de M. VANNESTE – est incohérent dans sa proposition de loi, au sens où il dénonce un sujet – le porno – et demande l’encadrement d’un de ses supports – ici Internet – au lieu d’aller au bout de sa logique, qui le verrait (pour ex) condamner le porno au même titre que les images pédophiles.

    M. VANNESTE serait beaucoup plus cohérent s’il demandait un message pédagogique à l’endroit des parents pour qu’il soit vigilants dans la diffusion des oeuvres qui sont à même d’être mises à disposition de leurs enfants. Ou qu’il demandait – mais là bonne chance pour trouver un motif juridique de taille ! – l’interdiction du porno lui même.

  11. @ grégory :

    Vous écrivez : “avant cela les supports étaient différents” …

    Et si par hypothèse -que vous qualifierez d’absurde- Internet existait à Sodome et Gomorrhe avant leur destruction ?

    En fait, pouvez-vous affirmer le contraire ?

  12. @ seb:

    ” Le porno, à ce que je sache, n’est pas interdit en France. ”

    C’est faux ! Les Français de moins de 18 ans ne peuvent pas y avoir accès. Cette PPL propose d’adapter la règle aux sites internet.

  13. @ thibaut…argument absurde. la vente d’alcool et de tabac aux mineurs est interdite. cependant,des mineurs fument et boivent de l’alcool. faudrait-il donc interdire purement et simplement la vente d’alcool et de tabac en france,sous prétexte que les ados peuvent boire en douce l’alcool que leurs parents achètent?…et si vous me répondez que c’est la responsabilité des parents de faire en sorte que cela n’arrive pas,je vous rétorquerais qu’il en va de même pour le porno (logiciels de contrôle parental etc)

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