Lettre au Président de la République

La semaine dernière, j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion d’intervenir pour commenter les régionales. D’abord, lors de la réunion commune des groupes UMP de l’Assemblée Nationale et du Sénat à la Maison de la Chimie le lundi, et ensuite, lors de la réunion du groupe le mardi. En revanche, j’ai préféré écrire au Président de la République à la suite de la réception à l’Elysée du mercredi. Vous trouverez ci-dessous ce courrier, qui rejoint totalement mon engagement et mon action auprès des salariés et des dirigeants SCA.

Monsieur le Président,

Vous avez reçu les députés du Groupe UMP à l’Elysée ce mercredi. J’étais présent et je vous ai écouté avec beaucoup d’intérêt. Il y a quelques mois, je vous avais posé une question précise sur l’utilité de la taxe carbone. Je tiens à vous remercier d’avoir maintenu l’esprit de la réponse que vous m’aviez faite à l’époque, avec une taxe à la frontière qui ne pénaliserait pas nos industries. Je n’ai pas pris la parole mercredi dans la mesure où il m’a semblé assez rapidement que j’avais beaucoup de choses à dire. Aussi, je me suis résolu à vous les écrire.

La circonscription que j’ai l’honneur de représenter à l’Assemblée nationale présente trois caractéristiques intéressantes dans le contexte actuel. Elle est située dans un bassin d’emploi industriel. Beaucoup de ses habitants sont des ouvriers qui ont été très sensibles à votre discours de 2007. C’est ensuite un des secteurs où le Front national a fait naguère ses meilleurs scores. C’est enfin, dans la partie non-Tourquennoise, une zone d’habitat résidentiel dévolue aux classes moyennes. Autrement dit, c’est une de vos terres d’élection !

En 2007, vous avez incarné la rupture. La rupture par rapport à l’inaction, que certains ont tort de confondre avec le conservatisme. Contre la prétendue règle suivant laquelle la Présidence se gagne au centre, vous l’avez conquise à droite, grâce à un électorat populaire de droite, conservateur, c’est-à-dire attaché aux valeurs que vous avez défendues, l’ordre, le travail, le mérite etc., mais aussi capable d’accepter les réformes nécessaires dès lors qu’elles sont justes. La révolution conservatrice est la philosophie politique qui convient à la vieille Europe, à la fois soucieuse de protection et nostalgique, mais aussi fière de son passé, et prête au renouveau. Dans le fond, tout ceci n’est pas éloigné du Gaullisme…

Le plus important n’est-il pas de retrouver cet esprit de 2007 ? Le Grenelle de l’Environnement nous a-t-il fait gagner un seul électeur écologiste ? Il a donné un crédit excessif à des mouvements politiques qui cultivent surtout l’irresponsabilité, le dogmatisme et l’incohérence. Le débat sur l’identité nationale nous a-t-il attaché les voix du Front National ? Il a réveillé celui-ci tout en suscitant à notre encontre un soupçon d’opportunisme et de manipulation. L’ouverture, provocatrice aux yeux des plus fidèles, alignant les ministres, les personnalités chargées de rapports, les nominations à des postes importants, a-t-elle fait glisser des électeurs de gauche vers nous ? Elle a surtout donné une légitimité intellectuelle à une gauche qui s’est toujours trompée sur tous les sujets, économiques, politiques, sociaux et sociétaux. C’est la gauche associée à la droite molle, complexée intellectuellement et moralement que nous devons notre situation actuelle. Vous l’aviez toujours dit avant votre élection.

C’est pourquoi le renoncement au bouclier fiscal serait une faute majeure. Cela reviendrait à dire que la gauche avait intellectuellement et moralement raison.

Il faut réinvestir les deux idées fortes du peuple de droite, non pour s’y enfermer mais pour en faire l’épicentre de toutes les réformes et de tous les discours.

La première est le travail. La lutte contre le chômage, les créations d’emplois doivent devenir notre obsession. L’environnement doit signifier croissance verte et créations d’emplois, non charges nouvelles pour les entreprises. Les retraites doivent vouloir dire baisse des déficits et des charges, reconnaissance de la pénibilité, non moins d’emplois pour les jeunes. La réforme territoriale et la réduction du nombre des fonctionnaires doivent faire entendre moins d’impôts locaux, moins de prélèvements sur les entreprises et donc plus de compétitivité, plus d’exportations, plus d’emplois producteurs de richesse. La taxation des banques doit être mise en œuvre non comme une assurance mais comme un signal fort et un rappel au devoir et à la mesure pour des entreprises qui ont fait courir des risques inconsidérés à l’ensemble de nos sociétés. C’est sur elles plus que sur le renoncement au bouclier fiscal qu’il faut s’appuyer pour satisfaire un légitime besoin de justice. La contribution de la consommation à l’emploi national, ce que l’on appelait la TVA sociale a malheureusement été abandonnée alors qu’elle était de nature à améliorer notre compétitivité. Comment saisir ces évidences lorsque des élus de la majorité s’inquiètent de la suppression de la taxe professionnelle, ou de la disparition, souhaitable, des départements tandis que l’on assiste jour après jour à la fermeture ou à la délocalisation d’entreprises victimes de la concurrence internationale ?

La seconde idée forte est la sécurité. Il faut renouer avec le discours de la fermeté : la loi pénitentiaire, que j’ai votée, s’en est écartée sous la pression du politiquement correct et avec la si confortable solution du tout technique. Je continue, pour ma part, à penser que le développement du Travail d’Intérêt Général, sur lequel le Garde des Sceaux m’a confié une mission, est une excellente réponse pour les peines de 0 à 6 mois, à condition de s’en donner les moyens.
Il est important de juguler la violence qui monte dans notre société. Certaines lois que nous avons votées demeurent sans effet. Il faut en prendre conscience et y remédier. Le rôle de la drogue et le lien avec l’immigration ne sont pas suffisamment soulignés, si l’on excepte l’affaire récente de Tremblay.
Je me souviens, pour ma part, de cette jeune femme de Tourcoing, dont on avait brûlé la voiture, parce qu’elle avait trop regardé un attroupement de « deal ». Elle en avait pourtant besoin pour aller travailler en Belgique et je comprenais fort bien sa révolte à la vue de certains jeunes « caïds » dans de puissantes limousines d’Outre-Rhin.

Il nous faut retrouver ce sens prioritaire de la justice que réclament les plus fragiles. Ils ne veulent pas qu’on fasse payer les riches. Ils veulent être protégés et avoir les moyens de vivre par leur travail. Toutes les mesures qui iront dans ce sens seront les bienvenues à la condition qu’elles soient perçues dans leur diversité comme n’ayant dans le fond que ce double objectif.

Dans l’espoir que vous voudrez bien accorder quelque attention à ce message,

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à ma haute considération.

Christian VANNESTE

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3 commentaires

  1. Questions et remarques :

    « Vous avez reçu les députés du Groupe UMP à l’Élysée ce mercredi. »

    Il s’agissait donc d’une réunion partisane. Qui a financé ladite réception ? L’UMP – qui finance des hôtels cinq étoiles à ses élus ! (La crise ? Quelle crise ?) – ou bien le contribuable ? Que le Président de la République reçoive, tour à tour, les parlementaires, selon leur appartenance politique, est normal. Que l’UMP fasse payer aux contribuables les réunions partisanes de ses membres avec l’officieux Président du parti, ne l’est pas.

    « La circonscription que j’ai l’honneur de représenter à l’Assemblée nationale »

    Doit on comprendre que vous ne représentez que celle ci ? Et la France alors ? Un député est pourtant censé représenter le Peuple Français. Pas sa « circonscription ». D’où, d’ailleurs, le « mandat non impératif » pour éviter qu’un député soit l’élu d’un clan…Et non celui d’un Peuple.

    « Elle est située dans un bassin d’emploi industriel. Beaucoup de ses habitants sont des ouvriers qui ont été très sensibles à votre discours de 2007. C’est ensuite un des secteurs où le Front national a fait naguère ses meilleurs scores. C’est enfin, une zone d’habitat résidentiel dévolue aux classes moyennes. Autrement dit, c’est une de vos terres d’élection ! »

    C’est au Président de la République que vous écrivez…Ou bien au candidat à l’élection présidentielle de 2012 de l’UMP ?

    « En 2007, vous avez incarné la rupture. La rupture par rapport à l’inaction, que certains ont tort de confondre avec le conservatisme. Contre la prétendue règle suivant laquelle la Présidence se gagne au centre, vous l’avez conquise à droite, grâce à un électorat populaire de droite, conservateur, c’est-à-dire attaché aux valeurs que vous avez défendues, l’ordre, le travail, le mérite etc »

    Hum…Auriez vous oublié de quelle manière votre parti et le PS ont bataillé pour récupérer les voix du Modem ? M. SARKOZY a certes fait le plein à « droite » au 1er tour…Mais s’il a gagné au deuxième…C’est bien parce que les électeurs de F.BAYROU ont voté pour votre candidat et non la patronne du Poitou Charentes !

    « mais aussi capable d’accepter les réformes nécessaires dès lors qu’elles sont justes »

    Encore faut il définir ce qu’est une « réforme nécessaire ». Nécessaire…Pour qui ? La France ? Ou bien certaines catégories de la population qui font des dons généreux à l’UMP ? Tout le monde est d’accord, pour ex, qu’il faut régler le problème posé par les retraites. Mais les options pour y arriver ne sont pas forcément partagées par tous. Vous même devriez le comprendre. Vous avez approuvé un programme politique. Mais pas sa mise en œuvre pour autant. La taxe carbone figurait au programme de M. SARKOZY. Mais vous ne l’avez pas agréé pour autant. Pourquoi ? Sinon parce qu’elle était stupide, inefficace, injuste ?

    Certaines « réformes » sont en effet « nécessaires ». Mais le Gouvernement ne fait pas la différence entre le « nécessaire » et « réformer pour réformer » qui est une pratique ridicule et néfaste pour le pays. Et les parlementaires votent trop souvent les lois, les yeux fermés, alors qu’ils se sont engagés sur un programme…Mais qu’ils ont leur mot à dire sur l’exécution !

    « Le plus important n’est-il pas de retrouver cet esprit de 2007 ? Le Grenelle de l’Environnement nous a-t-il fait gagner un seul électeur écologiste ? Il a donné un crédit excessif à des mouvements politiques qui cultivent surtout l’irresponsabilité, le dogmatisme et l’incohérence. Le débat sur l’identité nationale nous a-t-il attaché les voix du Front National ? L’ouverture, provocatrice aux yeux des plus fidèles, alignant les ministres, les personnalités chargées de rapports, les nominations à des postes importants, a-t-elle fait glisser des électeurs de gauche vers nous ? »

    Mise à part les voix…Le sort de la France vous importe ? Parce qu’à lire ce qui précède, on peut se poser la question. Si une politique néfaste pour le pays vous permet de gagner quelques voix, vous la votez des deux mains ?

    « C’est pourquoi le renoncement au bouclier fiscal serait une faute majeure. Cela reviendrait à dire que la gauche avait intellectuellement et moralement raison. »

    Ha ! Oui tout de même ! Il vaut mieux conserver un truc qui est inefficace, stupide, injuste, et…Fait perdre des voix…Sans parler des problèmes qu’il créé à notre beau pays (qui semble être le cadet de vos soucis)…Que de reconnaître l’erreur de l’UMP. Votre candidat ayant proposé l’instauration des sub primes et la construction sur des terres inondables, je suppose qu’il va falloir aussi attendre l’épreuve de la vérité pour que l’UMP consente à reconnaître son erreur ? La gauche est peut être aveugle et sourde…La droite est de toute évidence possédée par une arrogance digne de Marie Antoinette qui s’accrochait, comme vous le faites, au système fiscal – déjà ! – d’Ancien Régime, dont l’injustice criante était plus que manifeste (surtout en période de crise)…Parce que tout de même, le roi n’allait quand même pas reconnaître, que les Lumières avaient raison sur toute la ligne !

    « La première est le travail. La lutte contre le chômage, les créations d’emplois doivent devenir notre obsession. »

    Très bien. Alors pourquoi le Gouvernement continue t il à faire disparaître des emplois « non délocalisables » (RGGP : ne rapporte rien) et soutient il des entreprises (primes à la casse) qui emploient à l’étranger ? Pourquoi continue t il de soutenir la grande distribution qui tue les petits commerces ? Pourquoi n’encourage t il pas, au niveau européen, la reconnaissance du « caractère social de la République », qui seule est à même de permettre une harmonisation sociale au niveau européen (l’UMP s’y est engagé via son « Europe qui protège » (on attend toujours)) ? Pourquoi n’instaure t il pas la préférence « régionale »? L’article 74 de la Constitution reconnaît le droit aux collectivités territoriales d’Outre mer dotées d’autonomie (COM-DA) de pratiquer la préférence régionale. Ce principe a été introduit à titre exceptionnel en Nouvelle Calédonie, en Polynésie française, à Saint Barthélémy. Une telle « préférence régionale » a aussi été introduite sur l’ile de la Réunion, en Corse, et également en Bretagne (décision du conseil régional de Bretagne 99, majorité RPR) Voire la préférence « nationale » ? Au Brésil et à Monaco, les détenteurs de la nationalité du pays sont prioritaires à l’embauche.

    De toute évidence, ni cette préférence nationale, ni la préférence locale, ne sont contraires aux traités européens. Puisque l’Union Européenne n’a jamais poursuivi la France pour usage d’une telle « préférence » dans un cas ou un autre.

    « La taxation des banques doit être mise en œuvre non comme une assurance mais comme un signal fort et un rappel au devoir et à la mesure pour des entreprises qui ont fait courir des risques inconsidérés à l’ensemble de nos sociétés. »

    Mieux. Que les États reprennent leurs billes. Soit – comme le propose M. BARROSO – en empêchant la spéculation sur les dettes publiques. Le Parlement pourrait voter une loi en ce sens dès la semaine prochaine. Soit enlever aux banques privées le droit de prêter aux États. Ces derniers ne pouvant désormais le faire qu’auprès de la BCE ou de Banque de France.

    « La seconde idée forte est la sécurité. Il faut renouer avec le discours de la fermeté »

    Et si le Parlement commençait à surveiller que les lois votées sont appliquées ? Et que la Justice possède suffisamment de moyens pour faire appliquer celles ci ?

    Quant à renouer avec le “discours de la fermeté”…Sachez M. VANNESTE que les “discours” les Français en ont soupé. Des actes maintenant ! Il serait temps !

    Au fait, à propos de “sécurité” et de “dépenses publiques” croyez vous que le Gouvernement envoie des signes intelligents aux citoyens lorsque :
    -les Ministres dépensent 100 000 euros pour un aller retour ! Et sans avoir à rembourser bien sur…Nous ne sommes pas en Allemagne, en Belgique, ou aux USA il est vrai. La France est endettée…C’est sur ? Parce qu’on en arrive à douter quand on voit le train de vie de certains !
    -l’on apprend que Mme DATI – et consorts – bénéficie d’une voiture de fonction (serait elle toujours Ministre régalienne ?)…Alors qu’aucune loi ne prévoit ce genre d’avantages en nature (seule le traitement de Ministre, pendant les six mois suivants la démission (forcée ?) est prévue par la loi !) ! La France est endettée ? Ha bon ?
    -M. FILLON utilise des jets privés (100 000 euros !) pour se rendre à Sablé ! Il ne connait pas le train ? GRATUIT !
    -les services secrets sont requis pour enquêter sur les affaires de fesse du Président et de sa femme ! Le modèle de SARKO c’est Tonton ? La discrétion en moins ? (Voulait il vraiment qu’on sache que, une fois de plus, il est le cocu le plus célèbre de France ? Louis XVI en son temps regretta d’avoir tant exposé son épouse dans “l’affaire du collier”) Perso, je suis pas sur que l’image de la France soit amélioré avec une telle affaire “à la gala” ! Est ce que je paye les mecs de la DGS, DST, DRI, et je ne sais quoi d’autres pour çà ? M. SARKOZY fait ce qu’il veut de son corps. Idem pour son épouse. S’il veut engager – en tant qu’individu – un type qui enquêtera sur les infidélités de Carla, qu’il le fasse. Mais qu’il arrête de dépenser l’argent de la France…Pour savoir si avec qui sa femme passe du bon temps !

  2. Afin de parler “Sécurité” …

    Suite au lynchage du 9 avril dans le centre de Grenoble pour une cigarette, c’est uniquement par hasard que je suis tombé sur le site :

    http://WWW.MAQUISARDS.COM

    Mon petit doigt me dit qu’il vaut mieux ne pas faire de commentaires afin de ne pas éteindre une lueur d’espoir pointant à l’horizon …

    Qui a dit que l’Histoire est un éternel recommencement ?

  3. @ F.F.T

    Je ne peux pas ne pas répondre.
    C’est le Général de Gaulle qui écrivait: “Puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera, après que j’aurai disparu, une source d’ardeurs nouvelles.”

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