Christian Vanneste sur la LOPPSI II

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes Chers Collègues,

L’examen de la LOPPSI appelle de ma part 3 remarques. Je voudrais en 1er lieu souligner l’axe fort de ce texte : Adapter la sécurité à l’évolution de la délinquance. Face à un glaive de plus en plus mobile, international, cybernétique ou tout simplement violent, le bouclier de la société présente deux faces. La première est rassurante. Il s’agit d’abord de moderniser et d’équiper. C’est le développement des moyens techniques et la rationalisation de leur utilisation qui vont permettre de continuer l’amélioration des résultats observés pratiquement de manière continue depuis 2002. C’est la vidéoprotection, ce sont les drones, c’est la concentration des personnels sur leur cœur de métier, ce sont les améliorations des fichiers qui vont accroître les performances.

Cette évolution peut susciter une inquiétude pour les libertés individuelles. Il faut être lucide. Toute société repose sur un équilibre entre liberté et contrôle social. Plus l’autonomie des individus augmente, plus leur mobilité s’accélère, plus la technique décuple leur capacité d’agir et de communiquer, plus la possibilité de la déviance et le risque de délit sont multipliés. Le village numérique mondial cher à Didier Lombard est quand même beaucoup moins sûr que le village tout court. Il faut donc qu’à l’auto-contrôle initié par une éducation semblable et univoque, se substitue un contrôle a posteriori, plus lointain, plus matériel. Le tout est de veiller à ce qu’il ne soit pas excessif, oppressant et qu’il ne s’étende pas au-delà du danger. La LOPPSI me paraît respecter ce double objectif.

Mais le bouclier possède aussi un revers qui peut faire naître une crainte plus fondée. La réponse technique ne doit pas masquer le recul de la réponse humaine. Le léger fléchissement des crédits est certes compensé par un doublement des investissements et des équipements, mais les moyens techniques ne peuvent pas tout. D’ailleurs, je constate par exemple que si la qualité, notamment écologique, des véhicules va s’améliorer, leur nombre va diminuer de 31 500 à 28 500 pour la police en particulier. Le souci environnemental est louable mais si certains évoquent aujourd’hui la pollution lumineuse, le bon sens préfère maintenir dans bien des endroits l’éclairage rassurant. De même, on voit mal comment moins de véhicules pourraient assurer une plus grande présence policière.

Or cette présence, si elle doit être mobile et non statique est plus que jamais indispensable. Le second point que je voulais souligner tient à la montée angoissante de la violence contre les personnes. Une situation intrafamiliale explosive, une relation tendue de voisinage, une cigarette refusée, une réprimande d’enseignant, un simple mauvais regard, et c’est le drame. La vidéoprotection permettra souvent d’arrêter l’auteur. Elle ne permettra pas d’intervenir avant que le couteau ne sorte. Si la police de proximité apparente de la fin des années 90 avec ses adjoints de sécurité sans formation ni pouvoir a été contreproductive, la réussite de la police d’investigation remise à l’honneur par Nicolas Sarkozy n’est pas suffisante. Il ne suffit pas d’élucider les faits passés et de dissuader, il faut aussi prévenir, par l’information, par le contact, par la coproduction avec la population d’une sécurité collective. Il faut poursuivre et amplifier l’expérience des UTEQ. Celle qui a été implantée dans le quartier de la Bourgogne à Tourcoing donne satisfaction. La violence est une dérive humaine qui a besoin d’une réponse humaine, elle-aussi. Dans tous les quartiers, même les plus sensibles, la police citoyenne doit être présente non comme une armée d’occupation avec ses drones, ses caméras et ses armes sophistiquées, mais, en reprenant Mao Tsé-toung, comme un poisson dans l’eau.

Enfin, en troisième lieu, je voudrais vous livrer, Monsieur le Ministre une véritable inquiétude. J’ai voté parfois avec enthousiasme un certain nombre de textes. Leur mise en œuvre s’est avérée parfois bien décevante. Trois exemples. Je pensais voir remplacer les Laguna de 160 000 km de la Bac de Tourcoing par les BMW et autres AUDI qu’elles étaient chargées de poursuivre une fois celles-ci rattrapées et saisies. Elles sont restées à grands frais sous la garde de la justice. J’ai failli proposer un amendement contre la mendicité agressive et organisée qui envahit notamment les carrefours de la métropole lilloise. Le texte existe déjà. Il est sévère. J’observe qu’il n’est pas appliqué. Le débat sur les halls d’immeuble fut épique. Cette mesure a donné lieu à des suites judiciaires infimes : 87 condamnations seulement pour 2007. Elle était pourtant essentielle car elle permettrait de mettre fin au rapport de force, lourd de menaces de représailles qui gangrène la sécurité de certains quartiers au profit des bandes et de leurs trafics. Je souhaite pour ma part qu’à l’occasion de cette nouvelle loi, vous vous engagiez, Monsieur le Ministre, à mettre en œuvre ou à parfaire des dispositifs déjà votés mais insuffisamment appliqués.

Il était de bon ton dans certains milieux d’épingler l’exigence légitime de sécurité, du méprisant adjectif « sécuritaire ». Cette mode à disparu. Le bon sens prévaut aujourd’hui qui rappelle que la sécurité est la première de nos libertés et l’une des demandes les plus fortes de la société. Les débats idéologiques stériles se sont réfugiés aux extrémités irresponsables du champ politique. La discussion est devenue plus technique. Je crois cependant qu’elle ne doit pas l’être totalement, car la protection des personnes, de leur vie, de leur intégrité, de leur dignité et de leurs droits est avant tout une exigence humaine.

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5 commentaires

  1. Ce texte n’est pas mieux que Hadopi M. Vanneste. Je trouve très dommage que vous persistiez à nier l’évidence (mais peut être la proximité d’élections justifie t il ceci !)

    a) Pouvez vous me dire – concrètement – en quoi la vidéosurveillance (car une caméra n’a jamais protégée qui qui que ce soit : utiliser la novlangue n’est pas à même de changer cette réalité) est une bonne chose ? Et surtout comment elle permettra d’arrêter les individus se rendant coupables de délits voire de crimes ? Je doute fortement que celui qui agresse une jeune femme soit respectueux du droit, au point dd’enlever sa cagoule avant de passer à l’acte ! Comme leur nom l’indique, seules les “forces de l’ordre” – qui ne s’appelent pas r2d2 – peuvent protéger quiconque. Tout simplement parce qu’elles peuvent opposer à l’agresseur une résistance physique !

    Etant donné les nombreuses sources que je vous ai fourni sur l’échec de la vidéosurveillance – lorsqu’elle est mal utilisée (partout sur le territoire), ou utilisée tel le saint graal (autrement dit seule, sans accompagnement extérieur : forces de l’ordre, éclairage public, proximite de commerces et de moyens de communication, etc) – je n’y reviendrais pas. Le seul ex de la Californie, qui jadis a aussi eu la lubie de la vidéosurveillance tout azimut, devrait pourtant vous éclairer : système coûteux, pour résultat médiocre. Mais effectivement, sur le long terme, la vidéosurveillance coûte moins chère que des policiers ou des gendarmes…Reste, M. Vanneste, que l’on fait là des économies de bouts de chandelle, puisque in fine la délinquance est toujours là, et de plus en plus violente.

    Dernièrement, j’assistais à une réunion de la CCI sur “la sécurité dans vos commerces”. Pitoyable ! Selon le chef de la gendarmerie, il faut…Tenez vous bien !…En cas de hold up, faire en sorte que les voleurs se tournent vers la caméra ! Bien inspiré, un commerçant à demander audit chef de la gendarmerie, s’il voulait qu’on prie les voleurs d’enlever voile, foulard, et autres !

    Imaginons tout de même le cas d’un agresseur qui très naif n’aurait pas l’intelligence de masquer son visage (car il est bien évident que cet individu se moque de la loi dès lors qu’il l’enfreint en d’autres situations !) : le croyez vous assez bête pour ne pas “faire un tour d’horizon” ?

    Très souvent – je parle sous la dictée du chef de gendarmerie – lesdits agresseurs, voleurs, sont des personnes qui ont très bien analysées la situation. Autant dire qu’il faudra peu de temps à ce ou ces derniers pour repérer vos caméras stupides ! Et in fine, quel bienfait pour la Société ? Aucun.

    Savez vous à quoi servent les pseudos “caméras de surveillance” dans les supermarchés ? A protéger les individus ? Que nenni ! A surveiller les consommateurs ? Pas plus !

    Je le sais. Je connais bien ce milieu ! Ces caméras n’ont qu’un seul intérêt : et il est marketing. Un supermarché se contrefiche d’avoir des caméras pour identifier des individus suspects, dès lors qu’il possède des portiques. La seule utilité desdites caméras est pour le magasin, qui ainsi peut faire, à peu de frais, des études comportementales !

    Un autre commerçant, que je connais bien, a lui fait part de son expérience. Cambriolé quatre fois, le brave a financé une caméra qui…Bien évidemment, a été immédiatement endommagé par lesdits cambrioleurs ! Autant dire que ses biens, sa personne, ont été considérablement “protégés” par la vidéosurveillance !

    Où est la “protection” dans la vidéosurveillance ? La personne tabassée ne le serait elle plus devant caméra ? Parce que des pseudos policiers suivraient l’acte en direct ?

    Je parle, là encore, sous le controle du chef de la gendarmerie. Quand une personne est “identifiée” par caméra, par la police ou la gendarmerie, il faut aux services plus d’une demi heure pour arriver sur les lieux ! Et encore ! Si les effectifs sont assez nombreux…

    “la police citoyenne doit être présente non comme une armée d’occupation avec ses drones, ses caméras et ses armes sophistiquées, mais, en reprenant Mao Tsé-toung, comme un poisson dans l’eau.”

    Quelle référence ! Le problème, M. Vanneste c’est : comment vous assurerez vous que votre “milice citoyenne” – qu’est ce d’autre – ne sera pas le gang qui fait sa loi dans le quartier justement ? Et puis, si personnellement je veux bien que les citoyens “assistent” la police, ils ne sont pas là pour la remplacer…Ou alors il faut baisser les impots. Parce que je ne vois pas l’utilité de financer la police, si celle ci, au lieu de me protéger, passe son temps à faire “du chiffre” pour plaire à Hortefeux !

    “J’ai failli proposer un amendement contre la mendicité agressive et organisée qui envahit notamment les carrefours de la métropole lilloise.”

    Il faudrait peut être voter, dans ce cas, des textes juridiquement blindés, et surtout donner suffisamment d’effectifs à la police pour faire ce travail supplémentaire, ce que ne permet pas l’idiote RGPP qui est néfaste pour le pays, et rapporte des clous.

    “Il était de bon ton dans certains milieux d’épingler l’exigence légitime de sécurité, du méprisant adjectif « sécuritaire ». Cette mode à disparu. Le bon sens prévaut aujourd’hui qui rappelle que la sécurité est la première de nos libertés et l’une des demandes les plus fortes de la société.”

    FAUX. La première des libertés fondamentales s’appelle la SURETE. Et elle ne peut être dissociée des trois autres libertés fondamentales écrites dans la DDHC.

    “Les débats idéologiques stériles se sont réfugiés aux extrémités irresponsables du champ politique. La discussion est devenue plus technique. Je crois cependant qu’elle ne doit pas l’être totalement, car la protection des personnes, de leur vie, de leur intégrité, de leur dignité et de leurs droits est avant tout une exigence humaine.”

    Alors pourquoi continuer l’idiote politique du “chiffre” alors qu’une politique du “résultat” serait beaucoup plus probante ?

    Ex politique du chiffre : hier j’ai fait vingt sept visites. Sur celles ci, j’ai fait trois nouveaux clients, visité quatre clients actuels, et les autres étant de la prospection.

    Cette prospection s’est soldée par un échec puisque je n’ai pu “faire affaire” qu’avec trois d’entre eux.

    Pourtant, mes “chiffres” sont bons. En revanche, la société pour qui je travaille, elle, n’a gagné que trois nouveaux clients, trois prospects intéréssés, et gardé quatre clients.

    Autrement dit, j’ai passé le maximum de mon temps à faire des activités qui ne répondent pas au résultat attendu – avoir des clients – mais bien à la politique du “chiffre”. Mes “stats” sont bonnes.

    Ex politique du résultat : je suis payé au résultat. Autrement dit, que je fasse dix ou cent visites, peu importe. Je commence à gagner de l’argent, quand j’en fait, également, gagné à ma société.

    Si vous êtes entrepreneur, lequel des commerciaux prenez vous ?
    Le deuxième…Non ?

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