Michael Jackson ou une vie consommée…

La mort de Michael Jackson fait apparaître un visage dans un miroir. On revoit un enfant à la voix superbe et au regard plein de joie de vivre, puis celui d’un jeune danseur exceptionnel. Progressivement, le visage se déforme, le message se trouble, le geste se fait provoquant. Mais, c’est parce que l’ambigüité et la transgression sont devenues des appels puissants à expérimenter, à consommer.

Une vie pleine d’atouts, de talents, de grâce, a été dévorée par la double mâchoire des rêves de pacotille et des rapacités du showbiz et d’une certaine médecine. Ainsi apparaît ambivalente à mes yeux l’image de Michael Jackson : elle est d’abord celle du jeune artiste noir qui atteint le sommet et montre que cela est possible aux États-Unis. Elle est aussi celle d’une société où à force de croire que tout est possible on finit par ne plus savoir qui l’on est. Michael Jackson, c’est le rêve américain que « l’ubris », la démesure de cette civilisation transforme en cauchemar. Son destin rejoint celui de James Dean, Maryline Monroe, Elvis Presley. Peut-être en face de ces demi-dieux, de ces stars qui incarnent les mythes de l’Amérique, l’Europe doit-elle se souvenir qu’elle a été le berceau d’une civilisation de la mesure et de l’équilibre, même si plus d’une fois, elle a trahi cette vocation.

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3 commentaires

  1. On pourrait trouver d’autres paraboles sur la vie de Michael Jackson… L’homme noir voulant devenir blanc, l’homme-enfant recherchant ce qu’on lui a volé, l’homme perfectionniste qui finit dans les drogues… Le kitsch n’a pas de limite. Sous le beau tableau d’une Europe fraternelle berceau d’une civilisation de la mesure et de l’équilibre se cache un transgresseur, qui plus est ambigüe. Un monstre en quelque sorte. Il a au moins droit au statut de demi-dieu, en parfait bouc émissaire girardien.

    C’est peut-être ça qu’on devrait retenir… L’insoutenable kitsch avec lequel on enterre nos morts, à coups d’épitaphes dorées.

  2. C’est très étrange que vous parliez de “demi-dieux”. L’expression est assez rare et je ne la connais que chez Hölderlin, dans le poème “Der Rhein”, et elle s’applique à Rousseau. Heidegger a consacré un très long commentaire à “Der Rhein”, mais, bizarrement, a sauté ce passage (ce n’est pas si bizarre que cela)… Il y a, dans la star américaine, quelque chose de l’homme moderne, c’est-à-dire de l’homme européen, qui tente d’atteindre tous les maximums possibles, suivant la belle formule mais un peu vide de sens de Valéry… Je partage votre avis : l’Europe doit se souvenir qu’elle a été “le berceau d’une civilisation de la mesure et de l’équilibre”, mais elle doit aussi avoir à l’esprit qu’elle a enfanté la démesure…

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