Tout ça pour ça !

Nicolas Sarkozy à Versailles (photo AFP)
Nicolas Sarkozy à Versailles (photo AFP)

Il y a un an, je votais du bout des doigts une réforme constitutionnelle qui me paraissait ou insuffisante, ou trompeuse. Désormais, il est clair que c’est ce second qualificatif qui s’impose. Les députés, après avoir accepté une limitation scandaleuse du pouvoir qu’ils détiennent de parler au nom des citoyens, viennent aujourd’hui de participer à une mise en scène très réussie sans doute, mais qui porte clairement atteinte à la dignité du pouvoir législatif.

La séparation des pouvoirs, sans parler de l’équilibre évidemment rompu par la Vème république, exigeait que le Président qui peut dissoudre l’Assemblée Nationale ne puisse pas s’exprimer devant elle sans que celle-ci ait d’ailleurs le moyen de lui répondre. C’est à l’évidence le premier Ministre, auquel l’Assemblée peut retirer sa confiance, qui doit incarner l’exécutif devant le Parlement. La réforme constitutionnelle permet au président de prendre la parole devant le Congrès et on pouvait s’attendre à ce que cet exercice témoigne du talent habituel de son auteur.

Tel n’a pas été le cas. Certes, la communication présidentielle visait sans doute l’objectif d’occuper une fois de plus la une des médias, et les parlementaires n’avaient dans ce cadre qu’un rôle décoratif. Mais on pouvait s’attendre à ce que l’évènement soit marqué par des annonces importantes voire exceptionnelles par leur nouveauté ou leur ampleur.

On peut s’étonner d’abord de l’absence de toute allusion à la scène internationale. Ou c’est parce que le Président considère qu’il s’agit d’un domaine réservé, et dans ce cas il serait logique qu’il l’évoque devant les parlementaires à la place du premier Ministre. Ou il a délibérément choisi de se consacrer à la politique intérieure et singulièrement aux effets de la crise et à leurs remèdes éventuels, et dans ce cas, il aurait été davantage cohérent que le premier ministre délivre ce discours. Le risque ici est triple : celui d’un premier Ministre inutile, celui d’un omni-Président et celui d’un Président méprisant.

Sur le contenu, rien de bien nouveau qui ait pu justifier une prise de parole aussi solennelle. Le discours présidentiel s’est révélé comme la synthèse de tout ce qui a précédé : la crise change radicalement la donne et réclame une politique qui protège. Celle-ci doit se décliner dans trois registres de réformes, économiques, sociales et environnementales. Elle doit muscler notre pays en chassant les dépenses inutiles et en dynamisant notre outil de production. La France doit conserver des ouvriers et pour cela, elle doit fournir un effort d’investissement de même qu’elle doit, pour compenser, réaliser des économies de fonctionnement. J’ai applaudi ce passage mais je l’avais déjà entendu à Douai il y a six mois. Certes, le Président a raison de pourchasser les dépenses inutiles et notamment celles qui résultent des collectivités territoriales redondantes et de leur fiscalité. Mais c’est là une intention qui n’est pas récente. De même, l’idée d’une laïcité respectueuse des religions mais fidèle aux principes républicains tels que l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas non plus une primeur.

Enfin, la seule innovation réside dans l’annonce d’un emprunt. Il me semble que Bernard Accoyer avait eu la même idée il y a quelques temps et que cela avait fait sourire sans doute à tort. Je crains toutefois que beaucoup considèrent un nouvel emprunt d’État comme dangereux économiquement car il risque d’assécher le marché au détriment des entreprises en même temps qu’il constituera un risque supplémentaire de creusement de la dette que l’on veut pourtant réduire.

J’attendais de l’évènement d’aujourd’hui un souffle d’une autre ampleur, un deuxième souffle résolument tourné vers l’avenir : j’ai l’impression d’avoir seulement assisté à une piqure de rappel.

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4 commentaires

  1. “Il y a un an, je votais du bout des doigts une réforme constitutionnelle qui me paraissait ou insuffisante, ou trompeuse.”

    Et oui…Toute la différence est là, entre le citoyen lambda et son représentant. Dans le doute, l’un s’abstient (de voter pour), et l’autre vote en se disant “advienne que pourra”. Et tant pis ou tant mieux pour le pays.

    “Les députés, après avoir accepté une limitation scandaleuse du pouvoir qu’ils détiennent de parler au nom des citoyens, viennent aujourd’hui de participer à une mise en scène très réussie sans doute, mais qui porte clairement atteinte à la dignité du pouvoir législatif.”

    Et oui. Comment les parlementaires ont ils pu croire qu’un type qui a toujours méprisé le Parlement et le Peuple (en ne faisant pas correctement son boulot de député, en considérant que les parlementaires sont les subalternes des Ministres) pourrait soudain avoir changé d’avis sur la question ?

    “La séparation des pouvoirs, sans parler de l’équilibre évidemment rompu par la Vème république, exigeait que le Président qui peut dissoudre l’Assemblée Nationale ne puisse pas s’exprimer devant elle sans que celle-ci ait d’ailleurs le moyen de lui répondre.”

    Erreur ! La V République, c’est le Premier Ministre qui “gouverne” et le Président qui “préside”. Le premier est responsable devant le Parlement, l’autre non. A ce titre, un strict respect de la Constitution aurait dû imposer au constituant dérivé qu’il pose des limites à l’intervention présidentielle…Et que le Parlement, sans nécessairement “débattre” puisse poser des questions au Président sur ses prérogatives présidentielles.

    Ce qui me choque, ce n’est pas que le Président s’exprime, en tant que tel, devant le Parlement. Ni que ce dernier ne puisse pas “débattre”. L’interdiction faite au Président de venir devant le Parlement est liée à un contexte historique spécifique, et le Président, selon la V République, est irresponsable devant le Parlement.

    En revanche, ce qui est détestable, c’est que le Parlement ait accepté de rabaisser le Premier Ministre, pour complaire à M. SARKOZY qui se prend pour Obama, et qui confond le régime présidentiel français avec le régime présidentiel américain, et qui souhaite imposer sa vision des choses à une Nation qui a pour nom la France.

    Il n’est cependant pas trop tard. Le constituant dérivé peut très bien réviser la Constitution, ou du moins la loi organique, sinon le Règlement, concernant cette séance du Président au Congrès. Encore faut il un peu de courage sur les bancs parlementaires….

    Pourquoi ne pas poser des limites à l’intervention de M. SARKOZY .? Ne pas être dans l’esprit de la V République ? Tout ceci, sans enlever son “joujou” à M. SARKOZY ? Pourquoi nécessairement rabaisser le Premier Ministre, alors que les deux têtes de l’Exécutif peuvent vivre en bon voisinage ?

    Le Président n’est pas “responsable” devant le Parlement. A ce titre, il ne convient pas qu’il nous fasse, comme il l’a en partie fait, un discours de politique générale. Cette mission revient à M. FILLON, qui est le Premier Ministre.

    En revanche, je crois que le Président doit venir chaque année, devant le Parlement, réuni en “Haute Cour” chargée de lui donner (ou non) un “brevet” sur son application de sa mission présidentielle.

    Je veux dire par là que le Président à des “devoirs” (artiicles 5) et des missions spécifiques, propres à son mandat. S’il fait preuve de “manquements à ses devoirs dans l’exercice de ses fonctions” mais que cela est réparable (nul n’est infaillible) la “Haute Cour” pourrait “entendre” le Président, chaque année, pour qu’il s’explique sur lesdits “manquements” constatés, et qu’il remédie à ceux ci. (Tous les “manquements” ne méritant, bien évidemment, pas nécessairement une destitution)

    Je prends un ex : récemment, M. SARKOZY (qui a écouté OBAMA) disait être parfaitement d’accord avec la formulation du Président Américain : “les musulmanes doivent pouvoir porter le voile”. Que M. OBAMA mêle religion et politique, c’est tout a fait admissible. Que M. SARKOZY le fasse, en revanche, ne l’est pas. La France est un pays LAIC. A ce titre, il ne revient pas au Président de changer cet état de fait. Gardien de la Laicité, il ne lui revient pas de porter jugement de celle ci.

    Idem. Dans son “discours” on a entendu un entêtement envers la loi HADOPI. M. SARKOZY ne l’a évidemment pas dit explicitement, mais ses propos laissaient penser “la décision du Conseil Constitutionnel je m’en tamponne”. Or…De tels écarts, un tel manque de respect, exige que le Parlement rappelle certaines évidences à M. SARKOZY. Et avec Lafontaine on pourrait dire “vous êtes le plus privilégié des privilégiés. En conséquence, il vous faut admettre des devoirs envers la France pljus forts qu’envers aucun autre”. (Paroles prononcés par Lafontaine, et reprises par M. MAZARIN à l’intention du jeune Louis XIV prêt à donner la France contre un sourire de Marie de Mancini.

    Le Président a également manqué à ses “devoirs” externes. En tant que membre du Conseil Européen il aurait ainsi pu expliquer les conclusions du 19 juin, et en tant que membre de l’ONU la situation iranienne…Et surtout s’expliquer sur le “bouclier nucléaire” en faveur des Emirats Arabes Unis, qui au passage nous met en porte à faux dès le premier signe de conflit !

    Toutes ces atteintes, plus ou moins directes, envers notre Loi Fondamentale, sans aller jusqu’à “l’attentement” contre la Constitution, doivent être rappelées, et obtenir réparation par le Président.

    Autre regret. Vue le coût démentiel de ce “Congrès” pour simple caprice sarkozien (avec la bénédiction du Parlement : les efforts envers les dépenses inutiles sont flagrants !!!) le Parlement aurait pu exiger la présence de M. FILLON, pour que lui, qui “gouverne” le pays…Fasse un discours de politique générale, comme la Constitution non seulement le lui permet, mais l’y oblige. Il est regrettable que le Parlement, une fois de plus, se soit tut. Tout le problème est d’ailleurs là. Vous dites que ce “spectacle” somptuaire a rabaissé le Parlement. Mais qui a donné son agrément, a une telle mascarade ? Le Parlement a des pouvoirs – et le pouvoir constituant n’est pas le moins important – mais il ne s’en sert pas ! Et comme les parlementaires pensent “advienne que pourra”, ils votent, et c’est souvent le pire qui survient.

    IL N’Y A JAMAIS EU DE “DOMAINE RESERVE” ! De Gaulle était un militaire de métier ! Il avait donc quelques raisons de se préoccuper de “l’extérieur” d’autant qu’il avait eu une formation diplomatique, et que son rôle éminent, pendant la guerre, l’obligeait à incarner, plus que jamais, la France.

    MAIS LA CONSTITUTION, elle, ne crée aucun DOMAINE RESERVE. Le Premier Ministre GOUVERNE aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Sans le Premier Ministre, il n’y a ni politique intérieure, ni politique extérieure ! Le Président est responsable du RESPECT DES TRAITES, mais s’il est nécessaire pour “ratifier” un traité…C’est la signature du Premier Ministre qui engage le pays, et aucune autre. Si le Parlement souhaitait entendre et discourir sur le monde, l’UE, ou l’intérieur, l’interlocuteur légitime s’appelle FRANCOIS FILLON.

    C’est lui qui est responsable devant le Parlement. Et c’est lui qui gouverne. RIEN N’OBLIGE le PREMIER MINISTRE à avoir la même pensée que le Président, fut il élue au suffrage universel ! Si la chose est flagrante lors des “cohabitations”, je rappelle que constitutionnellement parlant, rien n’oblige M. FILLON à suivre les directives “du château”. Un Premier Ministre peut très bien, pendant un an, soigner sa popularité, auprès du Parlement et du Peuple, s’affirmer comme chef de la majorité…Et bonne chance au Président pour trouver un motif, suffisamment sérieux, pour virer l’opportun.

    Partie pour dépenser 500 000 euros…Le Parlement aurait pu avoir l’idée d’utiliser la journée pour faire parler M. FILLON, et pourquoi pas, instaurer une séance particulière de “questions au Gouvernement” à la différence prêt que le Premier Ministre n’aurait point eu qu’à répondre, mais aurait été dans un vrai débat : possibilité pour le Parlement de répondre au Premier Ministre, comme dans un “chat”. La journée aurait, ainsi, pu s’avérer utile. Au lieu de cela, une séance de comm payée par les sympathiques contribuables !

    M. SARKOZY n’a toujours pas compris que ce que les Français recherchent dans un “Président” c’est…Un Capétien moderne. Pas une statue de cire. Mais pas non plus un “zouave”.

    Je pense qu’il devrait lire “les rois qui ont fait la France” de M. BORDONOVE. (Il parait qu’il lit maintenant)

    Qu’ont en commun ces rois ? Ils incarnent la France, la Royauté, avec une grande dignité, ils sont rassembleurs (pour les plus célèbres au moins) et respectés, mais ils sont aussi des bâtisseurs, des constructeurs, des créateurs, qui donnent le “là” non pas tant au niveau de la politique du pays, qu’envers la “vision” à atteindre.

    C’est d’autant plus important que la France n’est jamais autant la France que lorsqu’elle est rassemblée, lorsqu’elle est forte, et qu’elle se sent aimée.

    M. SARKOZY doit comprendre qu’il n’est pas Premier Ministre, et qu’il ne doit pas se comporter en chef de parti. Ce n’est pas pour lui que je dis çà, mais pour la France. Car à chaque fois qu’en “haut” cela va mal, les choses ne vont pas mieux en “bas”.

    Prenons l’ex du fameux Charles VII. Charles VII c’est le fameux “Dauphin” de Jeanne d’Arc. Et bien, quel est le premier geste de Jeanne ? Son obsession ? Faire sacrer Charles. Et que lui dit elle ? Qu’une fois ce rite accompli, les ennemis du pays ne pourront que reculer. La Pucelle a raison.

    Car le problème de la France, ce n’est pas d’être pauvre, ou nostalgique. Son problème, c’est la division. Pour renaitre, la France a besoin d’un point d’ancrage, qui soit rassembleur. Hier le roi, aujourd’hui le Président.

    Le problème de Charles VII, c’est qu’il se comportait en chef de parti (chef des Armagnacs), en régent (Premier Ministre) du Royaume, et qu’il était accusé d’avoir trahi sa foi (son honneur) en tuant Jean Sans Peur. Et bien tout cela, le sacre allait l’effacer ! Doute sur la légitimité de Charles ? Plus de doute. Incapacité à rassembler ? Fini ! Doute sur l’intégrité du monarque ? Fini ! Et comme par hasard….Cinq ans plus tard, la France avait un roi légitime, respecté, et était le Royaume le plus prospère d’Europe ! Preuve que l’unité du pays est le préalable à toute “reprise” ! Encore faudrait il que le “point d’ancrage” naturel (le Président) s’en aperçoive…

  2. Nadine Morano conservée, par-contre Christine Boutin la “tradi” effrontée (envers Sarko) : éjectée. Dommage pour le volet social car au logement ou sur le thème des prisons elle est très bien mais à la famille…le scandale que l’on aurait eu!!! c’est un fait, même la droite est obligée de devenir progressiste et marginaliser ceux qui ont le réflexe discriminateur facile…arroseurs arrosés!

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