La haine de soi nous tuera ! (II)

C’est entendu : comme le disait Camus, il faut être solidaire plutôt que solitaire et comme le propose la morale judéo-chrétienne, « aimer son prochain comme soi-même », selon le précepte inscrit dans le Lévitique. C’est dans le même livre qu’il est encore dit qu’il faut traiter l’étranger qui vient s’installer dans le pays comme s’il était un compatriote, et l’aimer, lui-aussi comme soi-même. Evidemment, ces deux formules, resituées dans l’ensemble du Lévitique, doivent être relativisées. D’abord, parce que l’amour de l’étranger y suppose deux conditions : la réciprocité (les Hébreux ont été des étrangers en Egypte), et le respect des obligations religieuses juives, comme celle de ne pas consommer de sang, sous peine d’être expulsé. Ensuite, parce qu’il s’agit d’étrangers qui s’installent, non d’envahisseurs. Enfin et surtout parce que ce livre est l’un des plus sanguinaires de la Bible : une bonne partie est consacrée aux sacrifices des animaux et la peine de mort y est édictée pour de nombreux interdits sexuels, notamment l’homosexualité. Autrement dit, et avec logique, le prochain est l’autre qui est proche, qui fait partie du groupe, ou qui vient vivre en son sein en se conformant à ses règles. Ce n’est pas le lointain, l’autre en tant qu’autre qu’on aime, non malgré, mais en raison de sa différence. Car cet attrait pour l’altérité risque bien de cacher une détestation de soi et de l’identité issue de la tradition du groupe auquel on appartient parce qu’on lui doit sa culture.

Or, l’amour de l’autre laisse aujourd’hui la place dans le débat public français et plus généralement occidental à un renversement systématique. L’antiracisme ne vise que celui supposé des « blancs » à l’encontre des autres et suscite à force un racisme anti-blanc qui se croit tout permis. C’est ainsi qu’un rappeur noir s’est cru autorisé à appeler à pendre les blancs sous prétexte d’inverser les images, comme s’il était habituel en France de pendre les noirs, en réalité ou dans des fictions. Les médias lui donnent d’ailleurs la parole pour expliquer le sens de sa créativité. On n’imagine mal la réciproque. De même, le concept « d’islamophobie » a prospéré en venant s’ajouter à toutes les phobies qui expédient, l’air de rien, toute idée conservatrice en psychiatrie. Mais qui oserait méconnaître le droit d’un Français chrétien à devenir musulman, alors que la conversion inverse est interdite dans la majorité des pays obéissant à l’islam, et qu’elle peut être punie de mort ?  On tolère aujourd’hui que l’on continue à caricaturer le Pape tandis qu’on s’abstient de blasphémer le prophète musulman, pour ne pas céder à la tentation de s’en prendre à « l’autre ». Lui ne se gène pourtant pas de le faire payer très cher. Il s’en est fallu de peu qu’un autre rappeur, du nom de Médine, auteur de « Jihad » se produise au Bataclan. L’idée que ces références à l’islamisme belliqueux soient une offense aux morts du 13/11/2015 n’a fini par s’imposer que parce quelques parents des victimes ont clamé leur douleur. Ils n’étaient pas la majorité, qui, elle s’interdisait l’amalgame, la généralisation, la désignation du coupable lorsqu’il est un « autre », par essence innocent face à notre culpabilité.

La désignation, fût-elle évidente, des coupables peut même transformer en coupable, en abominable délateur raciste, celui qui désigne. Zemmour qui connaît un succès de librairie parce qu’il ose écrire ce que beaucoup pensent à mots couverts, se voit interdire d’antenne de plus en plus souvent, et traîner devant les tribunaux dans la même proportion. Lier la délinquance à l’immigration, dénoncer l’incompatibilité de l’islamisme avec l’assimilation au sein de la République française sont devenus des péchés contre l’amour de l’autre, qui, lui, peut nous haïr à loisir, car il en a le droit, en tant que victime par nature. La colonisation, les crimes de la France coloniale, comme dirait Macron, le chômage et les conditions de vie dans les quartiers sensibles, toutes choses dont nous portons le poids inexcusable, expliquent les statistiques et justifient qu’on ne donne pas les noms ou qu’on passe sous silence les origines des auteurs des rixes entre bandes qui se propagent dans de nombreuses villes à la population remplacée.

Un fait est significatif. Il fut un temps où l’antisémitisme focalisait le rejet de l’autre. Depuis qu’Israël est devenue une nation presque comme les autres, et que les Juifs apparaissent de plus en plus comme des Occidentaux, en dépit d’un moindre désir d’assimilation, si l’on tient compte du nombre des départs vers Israël par exemple, ils se trouvent à nouveau dans le mauvais camp : rejetés non plus parce qu’ils sont autres, mais parce qu’ils sont trop des « nôtres »… blancs, colonisateurs et dominants…. (à suivre)

5 commentaires

  1. Amouyal - 2 octobre 2018 6 h 06 min

    Cher Mr Vanneste ,
    Vous faites fausse route sur les juifs français :
    D abord le mode d integration retenu par les juifs depuis Napoleon requiert une adhesion totale a la nation et permet au judaisme de se reserver une place dans la sphere privée , ce qui correspond parfaitement a l ethique laïque et a fort bien fonctionné durant 2 siecles .
    Aujourdhui la situation a changé sur 2 points :
    – la republique française s affaisse et ne defend plus ses regles , se laissant gagner par le clientelisme et la veulerie , ce qui a placé les juifs français en position de citoyens de second ordre depuis 20 ans alors que jusque la les juifs avaient loué le systeme français qui leur ouvrait toutes les portes et a permis a tant d entre nous de donner les grands français que nous connaissons
    – l etat d Israel en renforçant sa place a replaçé le sionisme , mouvement millenaire du peuple juif au centre de la vision juive et enclenché un mouvement historique de retour vers notre terre ancestrale , ce mouvement est irresistible et supplante l amour réel des juifs français pour leur patrie mais ne l annule pas , il suffit de questionner ces nouveaux israeliens qui portent la France au coeur de la nation juive renaissante .

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    • vanneste - 2 octobre 2018 11 h 24 min

      A propos des juifs français, je n’émets aucun jugement. Je me contente de constater un moindre désir d’assimilation que l’on voit par un affichage plus visible de l’appartenance religieuse, affichage courageux d’ailleurs, et surtout par une pratique plus importante de l’Alya. Quant aux raisons de l’évolution, je crois, hélas que vous avez raison.

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  2. Pitton Rita - 2 octobre 2018 9 h 45 min

    La France , l’Europe n’est pas occupée politiquement par l’Islam mais par les sionistes qui occupent évidemment la France !!
    Notre France doit rester française , chrétienne pas juive , ni musulmane , ni animiste africaine .
    Mais on met en place le Nouvel Ordre Mondial sioniste sodomite qui apportera l’Apocalypse.
    Prions et combattons .Amen

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  3. gosheim - 3 octobre 2018 13 h 38 min

     » Le prochain est l’autre qui est proche, qui fait partie du groupe, ou qui vient vivre en son sein en se conformant à ses règles. Ce n’est pas le lointain, l’autre en tant qu’autre qu’on aime, non malgré, mais en raison de sa différence. Car cet attrait pour l’altérité risque bien de cacher une détestation de soi et de l’identité issue de la tradition du groupe auquel on appartient parce qu’on lui doit sa culture. »

     » le sionisme , mouvement millenaire du peuple juif au centre de la vision juive a enclenché un mouvement historique de retour vers la terre ancestrale , ce mouvement est irresistible et supplante l amour réel des juifs français pour leur patrie mais ne l annule pas , il suffit de questionner ces nouveaux israeliens qui portent la France au coeur de la nation juive renaissante  »

    Je partage et n’ai rien à ajouter 🙂

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  4. en passant - 3 octobre 2018 14 h 51 min

    Il semble en effet, comme vous le dites, qu’une des raisons pour lesquelles Israël est mal vu de la gauche est que c’est un Etat-nation d’avant le post-modernisme.

    C’est aussi le cas pour certains à droite, comme ici :

    http://www.bvoltaire.fr/zemmour-doit-sexprimer-librement-meme-lorsquon-nest-pas-daccord-avec-son-sionisme/

    dont l’auteur me semble mal comprendre ce que dit Zemmour, par ailleurs.

    Pour autant, puisque vous traitez du rapport de la France avec ses minorités, il semble difficile d’ignorer que la campagne de détestation de la France a commencé suite aux conflits de 1967 et 1973, et a eu pour thème principal l’imposition d’une vision inexacte et repentante de la politique de Vichy. Vision qui n’était pas celle de ceux qui avaient connu la période, Jankélévitch (dans ses écrits de l’époque puis des années d’après-guerre) par exemple.

    Le même mouvement a d’ailleurs aussi eu lieu aux US, et même en Israël, ce qui montre que contrairement à une opinion courante il ne s’agissait pas d’étouffement du débat (pour les US, voir le livre de Peter Novick, l’holocauste dans la vie américaine).

    Je doute qu’il soit possible de revenir à un rapport à l’histoire de France moins destructeur sans remettre les choses au point sur les responsabilités réelles de Vichy, qui ne sont pas ce qu’en ont dit Chirac et quelques autres. Notamment parce que la politique nazie était connue des seuls nazie, et n’a été comprise que progressivement. Elle s’est d’ailleurs modifiée avec le temps.

    Je doute également que ceux qui ont été endoctriné sur cette vision des choses acceptent facilement de la modifier, notamment s’ils n’y ont pas intérêt.

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