Mais où est donc passée la fierté française ?

La fierté française avait survécu à bien des vicissitudes. Des guerres perdues, on ne retenait que le sacrifice héroïque d’une poignée de combattants. Des discours sur le déclin économique de notre pays, on ne voulait entendre que la critique injuste d’un modèle social merveilleux au point d’éblouir le monde. De la confusion des moeurs et de la montée du communautarisme, on ne voulait voir que notre goût de la liberté et d’un respect de l’autre étendu à l’univers entier. Dans le fond, ce sont ces illusions réduites comme une peau de chagrin qui se blottissent dans les allocutions théâtrales du président que la France subit. Mais l’abîme qui sépare désormais la sinistre réalité de notre pays d’un décor chargé d’histoire, de mots pompeux et d’une mise en scène soignée est poignant.

La France a été au XVIIIe siècle le pays de l’esprit et des Lumières. L’ironie mordante, la satire, la parodie, le mot d’esprit ont fait briller la liberté de penser qui conduisit à la révolution et n’y survécut pas. Intelligence, élégance, finesse marquent la langue de cette époque, “pressée de rire de tout pour éviter d’en pleurer”, comme disait Beaumarchais. Une phrase d’un des derniers témoins de ce grand moment français, Rivarol, résumerait assez notre actuel chef de l’Etat : ” C’est un terrible avantage de n’avoir rien fait, mais il ne faut pas en abuser.” Ce technocrate et banquier ivre d’un supposé talent qui lui a permis un très précoce accès au pouvoir ne cesse de repenser la France, de la redessiner à son goût. Il s’agit toujours d’appliquer à la France réelle, telle qu’elle est devenue, une vision réductrice de son avenir en même temps qu’une mémoire idéologique sélective : des idées à la mode et des poncifs éculés, au gré des événements.

C’est ainsi que notre effondrement industriel laisse la place dans la rhétorique à la “start-up nation”. C’est ainsi que l’idéalisation du professeur, du “hussard noir de la république” sert à masquer le désastre scolaire. C’est ainsi que la liberté de penser étouffée par de multiples lois votées pour complaire aux groupes de pression communautaires renaît de ses cendres sous la forme de dessins obscènes. Qu’ils puissent exister aux dépens de l’islam dans une société d’hommes libres, et dans une nation de citoyens où cette religion n’a droit à aucun privilège est une évidence. Qu’ils soient au centre du débat, et comme le bastion ultime à défendre, est beaucoup plus discutable. Si l’Occident en général et la France en particulier n’avaient pas cultivé un esprit de repentance à l’égard des cultures jadis dominées au nom de la “civilisation”, s’ils n’avaient pas fait de l’altérité le sommet du droit au respect et à la reconnaissance, s’ils n’avaient pas sciemment bâillonné l’identité majoritaire au profit des minorités supposées humiliées ou exclues, s’ils n’avaient pas inscrit dans la loi la chasse aux prétendues “phobies”, on n’assisterait pas aujourd’hui  à ce curieux spectacle dans lequel des représentants arrogants d’une religion particulièrement intolérante expriment des exigences, réclament une censure, imposent des sanctions.

La liberté d’expression semble retranchée sur une île, après des meurtres qui n’ont pu être empêchés et ont été favorisés par une politique migratoire suicidaire, recroquevillée sur le rire et le spectacle, et sur des dessins dont la vulgarité demeure choquante, quel que soit le sujet, alors même que l’expression des idées au sein du débat ne jouit pas de la même liberté, et se trouve sans cesse convoquée au tribunal. Voltaire voyait dans l’amour socratique, bref l’homosexualité, “un vice mortel pour l’humanité, s’il était général”. J’ai du aller en Cassation pour qu’on m’autorise à exprimer cette évidence en termes d’ailleurs moins polémiques. Zemmour passe d’un procès à un autre pour critiquer avec ardeur et conviction la politique d’immigration, Renaud Camus de même, et on pourrait encore citer Christine Tassin et Pierre Cassen, ou encore Georges Bensoussan, finalement relaxé pour avoir dit que l’antisémitisme, l’hostilité aux Juifs était inscrite dans l’éducation des Arabes.

C’est certes un phénomène mondial. Des organisations comme Freedom House ou l’indice de démocratie de The Economist auscultent l’état de la liberté d’expression à travers le monde. En France, le délabrement est net. C’est le recul de nos libertés qui a fragilisé notre pays et en a fait la cible, parce qu’on s’attaque toujours au maillon le plus faible. Ce n’est pas la liberté de penser, l’esprit voltairien que l’on assiège, mais la mauvaise conscience, la culpabilité reconnue qui ont fait de la caricature et du dessin d’humour un refuge quand ils devraient être noyés dans un océan sans rivage où toutes les idées devraient naviguer sans entraves, avec la certitude que la répression se ferait à l’encontre de ceux qui s’y opposeraient, à l’intérieur comme à l’extérieur. Simplement faudrait-il espérer que la dignité ou la finesse de l’expression puissent ainsi dominer l’ensemble : le trait d’humour plutôt que le dessin grossier. Dans ce domaine, comme dans d’autres, y compris le savoir-faire sanitaire, l’heure n’est pas à la nostalgie mais à la restauration.

 

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11 commentaires

  1. Arrivera peut-être le jour où “les moutons de Panurge” que nous sommes, acculés dans le fond de leur bergerie, deviendront eux aussi envers leurs prédateurs, “des loups enragés”.

  2. “toutes les idées devraient naviguer sans entraves, avec la certitude que la répression se ferait à l’encontre de ceux qui s’y opposeraient, à l’intérieur comme à l’extérieur. Simplement faudrait-il espérer que la dignité ou la finesse de l’expression puissent ainsi dominer l’ensemble”
    Fasse le Ciel que cela devienne possible, et que des juges politisés (à gauche bien entendu) cessent de harceler les hommes libres et courageux qui osent combattre la censure étatique, médiatique…; ces juges sont une honte pour la Justice et pour la France… Pouvons nous leur suggérer de s’attaquer plutôt aux criminels, délinquants et autres voyous ?

  3. “La fierté française avait survécu à bien des vicissitudes. Des guerres perdues, on ne retenait que le sacrifice héroïque d’une poignée de combattants. Des discours sur le déclin économique de notre pays, on ne voulait entendre que la critique injuste d’un modèle social merveilleux au point d’éblouir le monde. De la confusion des moeurs et de la montée du communautarisme, on ne voulait voir que notre goût de la liberté et d’un respect de l’autre étendu à l’univers entier.”

    Dans la destruction méthodique des atouts industriels de notre pays, au nom de la doctrine libérale, on affirmait apercevoir la libération des forces vives de la nation (toiletteurs pour caniche, experts comptables, professeurs de philosophie recyclés en politique…).

    Dans les nombreuses mises en garde sur la détérioration des services publics au fil de réformes inspirées par le mépris libéral des fonctionnaires, se traduisant par exemple par une baisse excessive du nombre de lits en réanimation, on ne voulait voir que la manifestation d’un corporatisme suranné.

  4. Les égorgés de demain sont encore parmi nous. Faudra-t-il un coup d’état militaire pour sauver, si ce n’est la France, pour le moins les Français ?
    Pour cela, notre pays ne manquent pas de généraux bourrés d’étoiles et de médailles.
    Effectivement “Où est passée la fierté dans notre pays ? Mais aussi la volonté et j’en passe…

    1. Si les Français ne prennent pas leurs responsabilités en votant pour un candidat désireux de sauver la France de la lèpre islamiste, alors il sera totalement légitime que des officiers généraux bien inspirés et soucieux de l’intérêt supérieur de la patrie se substituent au peuple de France, prennent les leurs et accèdent au pouvoir par un putsch afin de sauver ce qui peut encore l’être .

  5. Non Christian la liberté de penser ne peut pas renaître sous la forme de dessins obscènes à l’égard d’une religion . Que ça puisse exister n’est pas une évidence .

    On peut critiquer les religions mais de façon pondérée .Derrière le blasphème se trouve la haine .

    1. Le blasphème n’existe pas dans la laïcité. C’est pour les croyants, faire preuve de leur tolérance que d’accepter ce fait.
      Et si blasphème il y a, ce n’est pas le problème des hommes, c’est celui de Dieu lui-même qui est bien assez grand pour régler éventuellement lui-même les insultes à son égard !
      On peut admettre que certains abrutis ne le comprennent pas, mais nous ?

  6. Delafosse non les croyants ne doivent pas tolérer une laïcité qui se donne le droit de blasphémer car cette laïcité n’apporte à la France que du merdier . Théorie du genre , homosexualité , athéisme , attaque des religions par des profs athées etc. On fête Halloween Satanique à l’école non ??

    Tu parles de Dieu qui doit régler ? Non c’est nous qui devons intervenir .Dieu compte sur nous .

    J’allais te répondre hier mais j’étais pas sur Internet .

  7. Bienheureux ceux qui connaissent vraiment les intentions de Dieu ! Mais j’ai quand même lu quelque part que : “Dieu reconnaîtra les siens”.
    Il n’y a pas de liberté sans droit au blasphème, il n’y a pas de vraie foi sans liberté.
    Ce n’est jamais plaisant de voir ce type de caricature, mais qui sommes nous pour réglementer, interdire ou autoriser ce qui est bien ou mal en vertu de quoi et pour qui ?
    Le mal ne donne-t-il pas encore plus de valeur au bien ?
    Si ça se trouve, le blasphème ce n’est jamais que se moquer de quelqu’un qui s’en fout complètement.
    Ne retournons pas au moyen-âge et allons de l’avant. Le virus qui sévit n’attendra pas que l’on se décide à passer vraiment à l’essentiel !

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