Le 11 Septembre, 15 ans après.

golfIl y a 15 ans quatre avions de ligne américains étaient détournés et projetés sur des cibles fortement symboliques, les deux tours du World Trade Center de New York, le Pentagone et peut-être la Maison Blanche à Washington. Les trois premiers objectifs ont été atteints. Le dernier ne l’a pas été sans doute en raison d’un acte d’héroïsme des passagers. Ces attentats ont provoqué la mort de près de 3000 personnes. Sur les 19 terroristes, 15 étaient saoudiens. Le Congrès des Etats-Unis vient de voter une loi qui permet aux victimes et à leurs ayants droit de poursuivre en justice les Etats impliqués dans les actes terroristes. L’Arabie saoudite est évidemment la première visée. Le Président Obama peut refuser de signer cette loi et lui opposer son veto. Il a exprimé sa réticence en la justifiant par les risques qu’elle entraînerait pour les Etats-Unis dont la politique étrangère serait entravée par la levée de l’immunité dont jouissent jusqu’à présent les Etats. Ceux-ci pourraient agir en représailles. Le gouvernement saoudien a déjà brandi une menace sur les bons du trésor américains. Le Congrès à majorité républicaine pourrait contourner le veto présidentiel à la majorité des 2/3. C’est donc un double bras-de-fer qui se dessine, l’un entre le Président et le Parlement américains, l’autre entre Washington et Riyad, capitale de la richissime famille Saoud, la grande et fidèle alliée de l’Amérique. Cette situation doit éclairer l’histoire récente et la situation présente, mais avec la lumière trouble de la politique menée par un Oncle Sam plus ambigu que jamais.

L’Arabie est qualifiée de « saoudite » en raison de la famille qui a trois reprises a pris le pouvoir dans le Nejd. Entre les deux guerres mondiales, elle a étendu par les armes son pouvoir sur la plus grande partie de la péninsule en chassant notamment les Hachémites, alliés aux Britanniques,de La Mecque. Ceux-ci règnent encore en Jordanie. Ils pouvaient revendiquer le califat en tant que descendants du Prophète. Les Saoud se contentent d’être les « gardiens » contestés des lieux saints. Les 2236 morts dans une bousculade lors du dernier pèlerinage fournissent un argument de poids aux critiques, iraniennes, c’est-à-dire chiites notamment. Cette famille a depuis le début, au XVIIIe siècle, promu les idées d’une forme extrême de l’islam, le wahhabisme, qu’elle applique scrupuleusement sur son territoire. Mais les extraordinaires ressources pétrolières découvertes sur celui-ci ont conduit à deux conséquences : la première est le grand intérêt des USA pour ce pays. Cette alliance sans doute souterraine lors de la lutte indirecte contre les Anglais s’est concrétisée par l’accord entre le roi Ibn Saoud et le Président Rooseveelt en 1945. Les effluves pétroliers ont fait oublier aux Américains les remugles d’une religion enfermée dans son passé. La seconde conséquence est bien sûr la richesse considérable qui est tombée sur cette famille et indirectement sur le pays. Elle lui permet d’être un acteur majeur au moins dans le monde arabe et islamique.

Depuis, ce couple, uni par l’intérêt mais discordant sur tout le reste, joue dans le monde un rôle considérable et plein de risques. Sans doute, le protecteur militaire des Saoud peut-il obtenir de ceux-ci une retenue dans l’hostilité envers son autre allié de la région, Israël, théoriquement ennemi juré des salafistes. Mais les Saoud préfèrent s’en prendre à l’Iran des hérétiques chiites. Plutôt que de combattre l’Etat islamique, menaçant certes, mais salafiste lui-aussi, ils ont attaqué les chiites du Yémen, les Houthis. Le choix des Saoud est rarement en contradiction avec la volonté américaine. Ils ont soutenu Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran. Les Américains ont écrasé Saddam lorsque son armée a envahi le Koweit et menacé l’ensemble des monarchies pétrolières du Golfe. Cette entente paradoxale a connu sa plus belle réussite lorsque les islamistes financés par les Saoudiens, armés par les Américains et ravitaillés par les Pakistanais ont battu les soviétiques et sans doute précipité l’effondrement du bloc communiste. Malgré cette victoire des « croyants » sur les « sans-dieu », il y avait un sacré ver dans le fruit. Le wahhabisme était sorti de sa cage dorée saoudienne pour se battre seul, armé, et revigoré par son succès. Il a tout-de-suite vu que la décadence occidentale était un ennemi aussi et qu’il fallait abattre pour remettre l’islam dans la voie du djihad, de la conquête mondiale, qui est au coeur de son message. Il s’est appelé Al-Qaïda, prénom Ben Laden, et a frappé les Etats-Unis en plein coeur. Depuis 15 ans, le monde et la France en particulier sont confrontés à ce réveil et aux retombées néfastes d’une politique américaine qui va de manoeuvres en maladresses, et qui soulève des soupçons de plus en plus forts sur les valeurs qu’elle prétend défendre.

L’alternance des Républicains et des démocrates à Washington, c’est celle des coups de boutoir des premiers et de la passivité assortie d’actions plus discrètes chez les seconds. Le soutien aux Afghans, c’était Reagan, la première et la seconde intervention en Irak, les Bush, père et fils. Carter, Clinton ont laissé prospérer le danger, le premier en Iran, le second un peu partout, en Somalie, en Irak, au Yémen. Obama est à leur suite. Si l’on peut contester l’action brutale de Bush en Irak, que dire de l’inaction de son successeur qui a laissé empirer le mal pour laisser à la fin de ses deux mandats une multiplicité de conflits tout autour du monde musulman,et pas seulement d’ailleurs. Ce sont ces guerres qui expliquent en partie et justifient dans les discours « la crise migratoire » et l’accueil que l’Europe devrait réserver aux « réfugiés ». Le jeu compliqué et trouble de Washington atteint son sommet en Syrie où sous prétexte de combattre une dictature, qui, elle, ne bénéficie pas de l’immunité, les USA aident, sur le territoire souverain d’un Etat qui n’a nullement menacé la paix du monde, des rebelles qui sont pour la plupart des métastases d’Al-Qaïda. Que le rejeton émancipé le plus visible, l’Etat islamique,  soit l’ennemi ciblé ne doit nullement masquer l’ambiguïté du reste. Le 11 Septembre a suscité un mouvement légitime de solidarité envers le peuple américain. Les alliances douteuses et la politique à la fois égoïste et dangereuse du pouvoir de Washington ne peuvent soulever aucune sympathie à son égard.

 

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2 commentaires

  1. kerneilla - 12 septembre 2016 18 h 17 min

    Il est juste de reprocher aux USA certaines dérives, mais que dire de la France alliée à ces mêmes monarchies du Golfe qui promeuvent le terrorisme islamique, pour les mêmes raisons d’intérêts économiques ? Il faudrait aussi que la France soit cohérente…

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  2. DELAFOSSE - 12 septembre 2016 19 h 47 min

    Si les financiers de l’Europe et des Etats Unis ne les avaient enrichis avec propres intérêts, ils seraient toujours sous leurs toiles de tente au coté de leurs chèvres et leurs chameaux.
    Nous sommes allés sur la Lune, on envoie des robots sur Mars et nous roulons toujours avec des véhicules munis de moteurs à essence comme il y a cent ans…
    cherchez l’erreur et balayons devant notre porte !

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