Un Président pour inaugurer les Chrysanthèmes ?

20140606PHOWWW00635François Hollande avait prévenu : l’année 2014 serait riche en commémorations : le centième anniversaire de déclenchement de la Grande Guerre, le soixante-dixième des débarquements libérateurs, et dans les années qui suivent, la célébration des grands événements qui ont jalonné les années 1914-1918 et 1945.  La place de la Mémoire dans la vie des nations est essentielle. Elle forge une conscience collective, un sentiment d’appartenance sans lesquels il n’y a pas de cohésion nationale. Or les Français subissent plusieurs évolutions négatives qui rendent cette thérapie nécessaire. Le déclin du pays devient évident. Son identité s’affaiblit. Les valeurs qui soutenaient son unité s’étiolent. La fierté nationale est laminée par une idéologie masochiste qui fait de l’Histoire une cause de repentance plutôt qu’une source d’ardeur et de confiance. Aussi est-il important qu’on rappelle non seulement les souffrances endurées par nos compatriotes lors des deux conflits mondiaux, mais aussi les sacrifices et la bravoure de ceux qui, de diverses manières, ont permis dans les deux cas à la France de se dire victorieuse, de demeurer libre et de se redresser. Les membres des Forces Françaises Libres et les résistants ont sauvé l’honneur d’un pays que ses dirigeants avaient affaibli au point de laisser son destin à la merci des nazis ou des Alliés, les Américains et les Britanniques, mais aussi les Russes, dont les Chefs d’Etat sont réunis aujourd’hui en Normandie.

Il doit toutefois être permis de formuler quelques réserves suscitées par la volonté d’être lucide à l’égard des commémorations. Celles-ci ont pour objet de mettre en exergue les hommes et les femmes qui ont défendu l’indépendance de leurs pays, assuré la victoire des valeurs démocratiques et humanistes qui en étaient inséparables, et restauré la paix. Leur exemple doit servir aux jeunes générations, développer chez elles le dépassement de l’individualisme stérile et susciter le désir de participer à un effort collectif. Ce message essentiel ne peut conserver sa force que si ceux qui le portent bénéficient d’un certain crédit et si le projet qu’ils proposent est dans la ligne des efforts du passé que l’on commémore. Or le paysage politique de notre pays est en complet décalage avec  les valeurs que l’on prétend célébrer. On peut même voir dans notre présent le retour des comportements qui ont conduit la France à ces tragédies : les guerres insuffisamment prévues et préparées par des politiciens, et par des militaires courtisans,  enlisés dans leurs combines et leurs petits calculs et incapables d’une vision salutaire pour leur pays. 2014, c’est aussi le soixantième anniversaire de Dien-Bien-Phu, ce désastre militaire subi par l’Armée issue de la Libération et provoquée par l’incompétence et l’irresponsabilité des dirigeants civils et militaires. Le marécage de la IIIe comme celui de la IVe République, la médiocrité de notre personnel politique ont produit les mêmes catastrophes. Des hommes politiques d’exception sont associés aux grandes célébrations du souvenir. On observera seulement que c’est la tragédie qui a mis en lumière les Clemenceau, les Churchill, les de Gaulle, et que les gouvernants actuels ressemblent davantage à ceux qui ont laissé la tragédie arriver. Rares sont les dirigeants qui osent dire la vérité et prendre des décisions risquées ou impopulaires. Churchill dit après Munich : « vous aurez quand même la guerre » et promet du « sang, de la sueur et des larmes ». Il gagne la guerre… et perd les élections. A tout moment des personnages de cette trempe peuvent apparaître si la connivence du système ne les écarte pas. Mme Thatcher aurait pu renoncer aux Malouines. La revendication argentine ne manquait pas de soutiens, les îles étaient lointaines et peu habitées. Plusieurs centaines de britanniques ont trouvé la mort lors de ce conflit. Elle a affronté ces obstacles parce qu’un principe était en jeu, l’honneur du Royaume-Uni engagé auprès des Britanniques majoritaires sur ce lointain territoire et face à la dictature de Buenos-Aires.  Lorsque ceux qui sont capables d’être à la hauteur du passé évoquent celui-ci, c’est totalement légitime. Pour les autres, le doute se fait jour. Où finit le devoir de mémoire ? Où commence la récupération de politiciens en mal de popularité ?

François Hollande a bien réagi au Mali. Par ailleurs, il a malheureusement fait preuve d’un alignement sur la politique américaine qui le prive de jouer un rôle majeur dans le rapprochement nécessaire entre l’Europe de l’Ouest et la Russie. Il faut souhaiter que la grande rencontre de 19 Chefs d’Etat à Bénouville soit pour lui l’occasion de retrouver toute sa place dans le concert des nations. Le Président Poutine qui est, lui, un homme politique d’exception, est venu. Il a eu un échange avec le nouveau Président ukrainien, tandis que le Président américain, allié des monarchies pétrolières, continue à jouer les fauteurs de guerre aussi bien en Syrie qu’en Ukraine et se fait fort d’isoler la Russie. La gratitude envers les Etats-Unis n’implique pas de cautionner leurs errements actuels. Ce 6 Juin peut-être une simple opération de reconquête de l’opinion française. Ce peut-être aussi l’occasion de renouer avec une liberté diplomatique constructive, ce qui serait la meilleure façon de commémorer l’événement qui a permis de libérer le pays. Le Président n’est pas là pour trouver un refuge dans « l’inauguration des chrysanthèmes », selon le mot de de Gaulle !

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4 commentaires

  1. DELAFOSSE - 6 juin 2014 18 h 50 min

    Tout ce « débarquement en Normandie » de Chefs d’Etat et de têtes couronnées,c’était bien joli.
    Mais comme l’a si bien dit un Vétéran Américain,  » Le plus émouvant pour moi,c’est ce groupe de jeunes venu me voir pour me dire simplement merci… Il y a eu aussi cette vieille dame, qui a vu toute sa famille disparaître dans les bombardements à Caen et déclare… »Moi je n’ai de merci à dire à personne ».
    En outre,transformer une tragédie internationale en comédie musicale…cela a dû en surprendre ou décevoir plus d’un !

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  2. Isabeau - 8 juin 2014 13 h 04 min

    Pour Dien Bien Phu, est-ce que l’incompétence de nos généraux était réellement en cause ? Que je sache, les Américains n’ont guère fait mieux contre les troupes du Việt Minh…

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  3. DELAFOSSE - 9 juin 2014 15 h 05 min

    Il suffit de lire le Coran pour s’apercevoir qu’il en est rien…encore faut-il qu’il soit lu?compris et appliqué correctement .

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  4. Thibault Loosveld - 9 juin 2014 21 h 47 min

    A Ouistreham, le président socialiste a martelé que le nationalisme -allemand fallait-il comprendre- conduisit à la seconde guerre mondiale. Car, du côté « français », ce sont les membres du CSAR et de l’OSARN et des socialistes qui demandèrent cette guerre à l’Allemagne, du moment que sa victoire fût certaine.
    Il faut évidement honorer tous ses Anglo-Saxons morts pour la France, mais, pour les gaullistes, l’opération Dragoon fut sans doute plus importante. D’ailleurs, chaque année, les media minimisent les conséquences diplomatiques du débarquement en Provence, suite auquel des FFL atteignirent Cuneo en un temps record si nous le comparons aux offensives des Anglais et des Américains pour traverser la rivière Pô.

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