VOUS AVEZ DIT « REPUBLIQUE EXEMPLAIRE » ?

images (48)Pour peu, ils finiraient par nous avoir à la pitié. A peine avait-on tourné la page de la pitoyable prestation télévisée de François Hollande que les aveux de Cahuzac venaient rappeler l’écho affaibli de la tirade « Moi, Président,  la République irréprochable » devenue « République apaisée et exemplaire ».  On hésite, devant l’énormité de la révélation, entre la consternation indignée et le rire franc et massif que suscite une pareille farce. A peine le roi a-t-il tenté  de restaurer son autorité compromise qu’un Don Salluste d’aujourd’hui, aussi attiré par l’or et le pouvoir que l’autre, vient lui faire exploser sa vérité au visage et couvre ses dernières déclarations de ridicule.

Vous avez dit exemplaire ? L’affaire Cahuzac, au contraire, relève plutôt de l’exceptionnel. Voilà un Ministre du budget qui est lui-même un fraudeur fiscal, un ancien conseiller de Ministre de la Santé qui détient une société de conseil auprés des industries pharmaceutiques, un socialiste pourfendant les riches et les exilés fiscaux, dirigeant la rigueur budgétaire et fiscale à laquelle sont soumis les Français, et qui est un riche qui planque son fric à l’étranger. A priori, c’est plus une caricature qu’un exemple. Mais, si on tire le fil de la pelote désormais découverte, l’exception ne risque-t-elle pas de devenir la règle d’un monde qui n’en respecte plus ? Certes, les implants capillaires génèrent une juteuse activité médicale, mais on peut nourrir des interrogations sur le flux du compte suisse émigré à Singapour, sur son origine, sur sa destination, sur son unicité. Y aurait-il des rémunérations d’entreprises dont les produits sont financés par la Sécurité Sociale ? Si cela se vérifie, on atteint le grand art de l’imposture, une sorte de record réalisé par un homme qui élu puis choisi pour assurer la meilleure gestion de l’argent public, en a siphonné une partie pour la mettre à l’abri dans une banque étrangére à laquelle son conseiller financier ne serait pas étranger. Force est de reconnaître le talent, exceptionnel ou exemplaire, on ne sait plus, du menteur : un champion du monde dont les séquences passeront en boucle dans les écoles de sciences politiques. En bloc et en détails, les yeux dans les yeux, à l’Assemblée Nationale, à la télévision où c’est moins grave, selon les politiques, puisque c’est le peuple qui la voit, le regard droit ou la larme à l’oeil, l’hypocrite, le comédien joue d’un aplomb sans pareil. Bon, mais autour de la tête d’affiche, il y avait le choeur, la main sur le coeur, commentant l’injustice subie, la douleur infligée, l’honnêteté outragée et témoignant soutien et compassion. Et il y avait les coryphées, Hollande et Ayrault, au courant de rien, et Moscovici, naïf et bon camarade au point de transmettre une information des autorités suisses blanchissant (c’est une manie) fin Janvier Jérome Cahuzac. Maintenant, ils entonnent le grand air de l’amitié trompée, de la confiance trahie, et de la justice exigée contre le pelé, le galeux d’où vient tout le mal. L’opposition se réveille un peu tardivement, mais l’occasion est trop belle de faire oublier sa grisaille pour dénoncer le noir absolu. Pourtant elle ne manque pas de personnages douteux. Elle a, elle-aussi, ses anciens Ministres du budget mis en examen dans des affaires de financement politique occulte. Au début de cette affaire, j’ai été d’autant plus surpris de sa modération, que j’avais moi-même été beaucoup plus mal traité pour avoir dit… la vérité.

Certes, la République n’est pas exemplaire, mais l’affaire Cahuzac n’est pas exceptionnelle. C’est elle qui est exemplaire d’une politique qui est devenue une profession assez rémunératrice, mais surtout dispensatrice de pouvoirs, de prébendes et de privilèges, un métier à la marge des autres où les malins triomphent avec cette large complicité où s’apprécie l’habileté, même chez les adversaires, et où prospèrent des bandes réunies par une solidarité d’intérêts. Le goût du pouvoir, la soif de l’argent, le vertige de l’immunité, l’addiction aux plaisirs sans limite et sans risque, ou presque, ne sont pas généralisés mais y sont de plus en plus présents.  Fillon avait parlé de maffia à propos des tricheries qui avaient, de part et d’autre, jalonné l’élection à la présidence de l’UMP.  Le mot est fort, mais cible assez bien ce que devient l’activité politique : le moyen par lequel un certain nombre de personnes aux compétences contestables s’emparent alternativement d’un pouvoir et de ses ors, au nom du Bien Commun, pour ne pas l’assurer, mais pour continuer d’en vivre.

Mot clés:

7 commentaires

  1. audoussest - 3 avril 2013 18 h 37 min

    et en plus ils sont beaucoup trop nombreux pour les services qu’ils rendent
    aux citoyens (qui les entretiennent, eux, leurs amis ….)
    quand mettra-t-on fin à cette gaberie ?

    Répondre
  2. Thibault Loosveld - 4 avril 2013 17 h 58 min

    Comme le dit Myret Zaki, rédactrice en chef au magazine économique Bilan-Le Monde: « l’affaire Cahuzac est l’arbre qui cache la forêt. » ; il serait intéressant de demander à Victorin Lurel ce qu’il en pense !

    Répondre
  3. Thibault Loosveld - 5 avril 2013 10 h 05 min

    L’arbre qui cache la forêt: On sait que, pour les besoins de la campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon avança masqué sous le masque du front de gauche de peur que les électeurs associent son étiquette communiste aux meurtres de personnes innocentes. Le chef de l’extrême-gauche passe maintenant à autre chose: la spoliation des comptes en Suisse des élus de droite tant il est vrai que les élections municipales approchent.

    Répondre
    • LOOSVELD - 27 avril 2013 8 h 26 min

      L’arbre qui cache la forêt c’est aussi la façon de faire d’un internaute grand diseux petit faiseux.

      Répondre
  4. kerneilla - 6 avril 2013 10 h 34 min

    Ce monde permet tout …
    Publié le 4 avril 2013
    Un séminariste de ma paroisse nous rapportait les mots, bien sentis, d’un cardinal américain : « le monde permet tout, mais ne pardonne rien ! Dans l’Église, quant à elle, tout n’est pas permis, mais elle pardonne tout ! ».
    Quand je vois la vague de colère, de mensonges, d’outrages qui se déversent ces jours-ci sur Jérôme Cahuzac, je ne peux m’empêcher d’être dubitatif.Quel est ce monde politique, social, public, médiatique, qui prône d’un côté la liberté à outrance : libéralisme économique, social, sexuel, etc., et qui de l’autre condamne avec une violence inouïe à la première faute ?
    Je sais bien que ces fautes politiques choquent. Je sais bien qu’il faudrait plus d’honnêteté en politique et dans la vie publique. Je sais aussi que peu d’élus peuvent s’en réclamer. Mais quelle est cette société qui ne recherche que des boucs émissaires ? Quels sont ces médias qui se délectent de faire tomber des hommes, les uns après les autres, sans se soucier de leur santé physique ou mentale ? Depuis hier, c’est comme si la France se « réjouissait » de voir un homme tomber en enfer, tellement profondément que ces amis commencent à avoir peur pour sa vie.
    Le monde se bat contre l’Église depuis tant d’années. Mais l’Église, elle, sait distinguer entre les actes de péché et le pécheur. Les actes sont condamnés ; jamais la personne. Le monde, lui, s’en fout : si un acte est mauvais, c’est toute la personne qui paye et qui doit tomber.
    Qui sommes-nous ? Dans quelle société sommes-nous arrivés pour déverser tant de haine ? Le scandale de cet homme, c’est en fait le scandale d’une société tout entière où plus personne ne cherche réellement à être honnête, à payer ses taxes, à payer ses impôts, à servir le bien commun et à partager avec l’autre (la société n’ignore-t-elle pas aujourd’hui ce que veut dire ce mot ?). Le scandale de cet homme, c’est le reflet d’une société où chacun veut sauver sa peau plutôt que celle de son voisin.
    « Il vaut mieux qu’un seul homme meurt pour tout le peuple », a prophétisé le grand prêtre à l’adresse du Christ. Loin de moi l’idée de faire Cahuzac un prophète, évidemment. Mais ne sommes-nous pas dans la situation où l’accusation nous arrange bien parce qu’elle nous détourne – quelques  instants seulement – de notre propre péché ? « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », disait le Christ. Il faudrait bien que notre société fasse un retour sur elle-même ; qu’elle s’arrête quelque peu et qu’elle se demande : ce péché, que je dénonce à cor et à cri, est-ce le sien ou est-ce le signe d’une société qui a perdu le sens du bien ? Qui a perdu le sens de la vérité ? Qui a perdu le sens du vrai ?
    Ces mots vous paraitront peut-être trop légers … mais moi, c’est la force médiatique qui se déverse depuis deux jours qui me paraît légère. Peut-on vivre encore en liberté, en fraternité, en égalité, si à la moindre chute, j’assassine mon frère plutôt que de le sauver ? Jérôme Cahuzac est coupable. Il l’a reconnu lui-même. Soit. Imaginez que cela soit votre frère qui ait agi de la sorte : que feriez-vous ? Notre devise républicaine n’est-elle que parole creuse et vaine ?
    De quel côté est la miséricorde ? De quels côtés sommes-nous vraiment ? Moi aussi je rêverai que nos politiques soient purs, saints, propres, etc. Mais depuis que le monde est monde, il n’y a eu qu’une « Immaculée Conception » ! Le reste n’est que pécheur. Alors, comment vivre avec cela ? On ne peut pas, d’un côté, prôner chaque jour la liberté de chaque citoyen qui mène à l’individualisme le plus primaire et de l’autre, condamner publiquement, sans miséricorde, et avec tant de violence le moindre pécheur. Il y a, me semble-t-il, à retrouver le sens de ce que veut dire « vivre en société » : là est peut-être la planche de salut d’une société qui s’enferme chaque jour un peu plus dans le déni de la réalité, dans la promotion de la violence, et l’inverse même de ce qu’est la fraternité. Les heures sombres de notre histoire où les condamnations publiques pleuvaient comme à Gravelotte ne sont pas si loin, malheureusement …
    Mais le Christianisme a toujours enseigné une chose qu’il serait bon que notre pays redécouvre : s’occuper du plus pauvre et plus fragile (ce que l’on entend régulièrement) signifie aussi et peut-être surtout s’occuper du pécheur ! Parce que là sont notre première fragilité et notre pauvreté. La condamnation n’a jamais servi à rien. Bien au contraire, seule une parole comme celle du Christ « moi non plus je ne te condamne pas ; mais va et ne pèche plus » peut ouvrir le pécheur à un avenir et une espérance.
    P. Cédric BURGUN

    Répondre
  5. kerneilla - 6 avril 2013 10 h 40 min

    pour votre information, référence du texte ci-dessus
    http://www.cedric.burgun.eu/?p=771

    Répondre
  6. Dominique - 10 avril 2013 11 h 12 min

    MORALISATION DE LA VIE PUBLIQUE / TRANSPARENCE SUR L’APPARTENANCE À LA FRANC-MAÇONNERIE

    On parle beaucoup de transparence en ce moment, mais il en est une dont beaucoup de Français aimeraient bénéficier lors d’une campagne électorale, c’est la transparence d’un candidat sur son ppartenance ou non à la franc-maçonnerie, assortie d’une révocation immédiate s’il a menti.

    Répondre

Exprimez vous!