Le Creuset du 11 Novembre.

Le 11 Novembre 2012 célébrera pour la première fois non seulement l’armistice et la victoire de 1918, mais aussi l’hommage rendu à tous les morts civils et militaires pour la France. Ce sera l’application de la loi du 28 Février 2012 qui a eu le double mérite de mettre un terme à la dispersion voire la dilution des journées du souvenir et de consacrer la mémoire du plus grand sacrifice humain jamais consenti par la France pour son existence, sa liberté et sa grandeur. La mort des 1.400.000 tués, pour la plupart entre la vingtième et la trentième année, les 700.000 invalides a constitué une blessure dont la France, épuisée, mettra longtemps à se relever, heureuse de sa victoire, mais désormais paralysée par son prix. On a voulu voir dans cette loi la volonté d’instaurer un Memorial Day français. C’est vrai en partie seulement. Les autres anniversaires sont maintenus avec plus ou moins de détermination. Le 8 Mai qui célèbre la défaite du Nazisme et l’origine de l’Europe unie et pacifiée demeurera. Les manifestations officielles qui ne sont pas des fêtes nationales s’effaceront sans doute avec le temps et la disparition des témoins : Indochine, Afrique du Nord. Les célébrations soutenues par certaines familles politiques ou associatives seront l’expression de la vitalité de celles-ci, mais elles n’auront pas un caractère vraiment national. Le 9 Novembre, j’étais à Colombey : en tant que Président du RPF, c’était bien naturel, mais j’ai bien vu que mon idée que tout Français pouvait légitimement rendre hommage au Général De Gaulle n’était pas appréciée par les membres de l’UMP présents à proximité de la tombe. Ce jour-phare du 11 Novembre, destiné à éclairer les autres journées mémorielles et les sacrifices sans date des morts sur les théâtres d’opérations extérieures, aura aussi le mérite d’empêcher qu’on reconnaisse officiellement la date du prétendu cessez-le-feu en Algérie, après lequel des dizaines de milliers de Harkis, des milliers de Pieds-Noirs et des centaines de soldats français sont morts, victimes de la trahison et de la lâcheté. Puisse cette journée et son bleuet, pendant du coquelicot britannique susciter chez les plus jeunes l’idée que la France, sa Liberté et ses valeurs méritent qu’on les défende. La première manifestation contre l’occupant allemand avait rassemblé des milliers de lycéens et d’étudiants autour de l’Arc-de-Triomphe le 11 Novembre 1940.

Ce creuset est celui où est venu se fondre l’unité nationale des monarchistes et des républicains, des “diverses Familles Spirituelles de la France”, comme l’écrivait Barrès, en particulier des Catholiques, des Israélites et des socialistes. “Toutes nos familles spirituelles, quand elles combattent pour la France, songent toujours à défendre un bien, une âme dont elles sont les dépositaires et qui peut-être utile à l’humanité entière”, écrivait-il. Tous ces hommes,venus des provinces encore riches de leur diversité culturelle et historique, participaient à la défense d’une identité nationale, qui, une fois sauvée, n’a pas vocation à s’imposer aux autres, mais à s’offrir à eux dans un salutaire et fructueux dialogue. Le maurrassien Jacques Bainville qui a si bien su prévoir les risques d’une victoire mal maîtrisée, ou Giraudoux, chargé de notre propagande en 1940 étaient des connaisseurs et des admirateurs de la culture allemande. La première guerre aurait pu éviter la seconde et préparer non pas l’unité de l’Europe, mais au moins l’installation d’une paix durable et la naissance d’une solidarité continentale. ” Quelques jours vont dire si notre victoire aura des résultats durables ou si elle n’aura été qu’une victoire à la PYRRHUS… L’Allemagne s’étendrait dans toute l’Europe centrale et sa masse écraserait le continent” prophétisait le premier, le 14 Novembre 1918.

La mémoire ne doit pas seulement être le souvenir. Celui qui connaît le passé n’est pas condamné à le revivre. Si le 11 Novembre commémore le plus lourd sacrifice, il doit aussi servir à développer une plus grande lucidité sur l’histoire. L'”étrange défaite” de 1940, comme l’a écrit Marc Bloch, doit être le creuset de notre réflexion pour le présent et pour l’avenir. Un pays assommé par sa coûteuse victoire, tétanisé à l’idée d’une nouvelle guerre, enfermé dans l’illusion d’un défense invincible, des politiciens mus par des idéologies contradictoires, vengeresses ou pacifistes, mais en tout cas éloignées d’une solide conception de l’intérêt national, des généraux auréolés d’une victoire qui ne devait rien à leur génie militaire ont permis à une Allemagne humiliée, mais toujours unie et forte, libérée de ses rivales en Europe centrale et orientale de préparer sa revanche sous le pire des régimes. Célébrer le 11 Novembre, c’est rendre hommage à tous les Français qui dans l’histoire ont fait don de leur personne à la France, non aux chefs civils et militaires qui, pour beaucoup n’ont pas été à la hauteur de ce don.

 

 

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4 commentaires

  1. En ce qui me concerne, quand je vois notre armée défiler le 14 juillet, je pense à tous ces hommes – mais aussi ces femmes – qui ont vaillamment donné leur force et parfois même leur vie, pour la France et cela à travers les siècles.

    Je n’estime pas moins les Francs (souvent Français) qui ont bataillé en Orient pour défendre l’idéal français d’alors, que les Poilus de 14/18. Je ne remercie pas moins les soldats de l’an II, qui ont affronté bien des périls, que l’armée hétéroclite d’un Philippe Auguste devant Bouvines.

    Tous ont le visage de la France et méritent d’être honorés. Qu’ils aient combattu sous les ordres du Maréchal Foch ou défendu la cause du pays en Algérie, au Maroc, mais aussi en Indochine.

    Qu’ils s’appellent Jeanne d’Arc, Louis XIV ou soient de parfaits inconnus, défendant leur ville contre les attaques incessantes d’un certain Henri V d’Angleterre.

    Le 11 novembre, je pense plus particulièrement à la France. Pour moi, ce “creuset” comme vous dites, est significatif de l’amour des Français à son égard. C’est un “bis repetitas” de la bataille de Bouvines, où soudain sous l’égide du souverain (Philippe Auguste, le Peuple Français), tout un chacun oublie ses particularités pour ne faire qu’un avec le pays.

  2. ” L’ »étrange défaite » de 1940, comme l’a écrit Marc Bloch, doit être le creuset de notre réflexion pour le présent et pour l’avenir. ”

    L’étrange défaite était ainsi présentée par Paul Reynaud dans sa déposition pendant le procès du maréchal Pétain: ” Messieurs, ma déposition comprendra trois parties, elle répondra aux questions suivantes: Pour quelles raisons, le 16 mai 1940, ai-je fait entrer le maréchal Pétain dans mon Gouvernement; Quels sont les évènements ayant abouti, le 16 juin 1940, à la demande d’armistice; Quels sont les éléments, révélés ou survenus depuis, ayant apporté à mes yeux la preuve que le maréchal Pétain s’est livré à un complot pour s’emparer du pouvoir au prix d’un armistice qui servait puissamment l’ennemi ?”

    Et, puisque Manuel Valls a mis en cause les députés de l’opposition au sujet du retour du terrorisme, on peut se demander si le ministre de l’intérieur d’effacer tout ce qui peut être apporté aux yeux des élus de droite.

  3. Sur l’étrange défaite un livre intéressant :

    1940 et si la France avait continué la guerre

    Auteurs : Jacques Sapir, Frank Stora, Loïc Mahé

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