Le formidable one man show de Frédéric Mitterrand à Seignosse

Samedi matin, Frédéric Mitterrand était l’invité vedette de l’université d’été de l’UMP à Seignosse. Il a fait un tabac.

D’abord le style. Le nouveau ministre de la Culture, qui a eu droit à la salle plénière pour plancher sur le thème « la culture pour changer le monde», a choisit de ne pas s’exprimer assis ou derrière une tribune. L’ancien présentateur de la télévision déambulait sur scène, micro à la main.

Côté réponses, aussi, c’était pas mal. Les jeunes UMP ont pu poser leurs questions par SMS. Mitterrand montre là toute l’étendue de son talent. Un vrai one man show.

« Le CSA a relevé la vulgarité de certaines émissions de télé réalité. Que comptez-vous faire? » L’interroge-t-on. « Rien, répond-il. Nous sommes dans une société libre. » Et de poursuivre: « Personne n’est obligé de regarder un programme de télé réalité. Hier soir, dans ma chambre d’hôtel… » Une nuée de aaaaaah s’élève de la salle. Mitterrand reprend: « C’est fini cela, quand on est ministre. On est sage…Enfin on peut peut-être en parler après. Donc hier, j’ai regardé Secret Story, quelques longs instants même, un peu comme un savant se penche sur une pièce entomologique. Puis je suis passé sur la Deux, où il y avait par bonheur…moi. Et vous voulez que j’intervienne dans un système télévisuel où il y avait d’un côté l’horreur et la vulgarité et de l’autre la quintessence de la culture. Jamais! » Tonnerre de rires et d’applaudissements…

« Suffit-il de crier pour être un artiste? », lui demande-t-on. Le maître de la rue de Valois en profite pour faire son mea culpa sur Orelsan, le rappeur, auteur de Sale pute, qu’il avait comparé à Rimbaud, après la déprogrammation dont ce dernier avait été « victime » lors des Francofolies de La Rochelle en juillet. « Je suis peut-être allé trop vite, dit-il, mais je ne supporte pas l’idée de la censure. Mais à égale importance, je ne supporte pas l’agression verbale. Les propos de ce rappeur étaient très pénibles. Si on écoute les autres rappeurs, ils disent souvent des choses très pénibles. Dans le climat qui était là, la volonté de censure l’emportait sur l’agression. Aujourd’hui j’aurai tendance à être plus sévère. »

Interrogé sur les langues régionales, il déclare sa flamme à l’écrivain antillaise Maryse Condé: « L’Hexagone ne l’a pas reconnue comme il aurait dû la reconnaître. » Il dit son opposition à toute simplification de l’orthographe ou sa croyance en la bonne santé de la langue française: « Il reste tout. Ce n’est pas parce qu’on mange des big mac ou que l’on porte des jeans qu’on ne peut pas lire Paul Valéry. Arrêtez avec cette vision désolée de la langue française. Elle est immanquablement vivante. »

Cela aura duré une heure. A la fin de son premier meeting politique, Frédéric Mitterrand a droit à une belle standing ovation.

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Un commentaire

  1. Il remonte dans mon estime F. Mitterrand ! Une bonne baffe à Closets, qui a de toute évidence pris la grosse tête ! (Et voilà ce que cela fait d’avoir deux best sellers)

    J’ai lu le livre de M. Closets…A la bibliothèque (autant le lire, mais l’acheter non). Quels propos indigestes !

    A ses yeux, la maîtrise de l’orthographe lexicale (le respect de la graphie des mots) serait un “don” (fondé sur la mémoire visuelle), et non le fruit d’un apprentissage. Voilà l’argument qu’avance M. de Closets pour appeler de ses voeux une “désacralisation de l’orthographe”. M. de Closets reconnait lui même en être une victime.

    Ce monsieur me fait penser à tous ceux qui prétendent être modernes en avançant des idées prétendues iconoclastes, mais qui n’ont pas la moindre idée du monde dans lequel nous vivons en réalité. Ils ont des comptes à régler mais ne mesurent pas à quel point leur petite vendetta, appliquée au niveau de la société, peut se révéler catastrophique. Au lieu de se payer une analyse avec les revenus de ses précédents bouquins qui-enfoncent-des-portes-ouvertes, M. de Closets se croit malin de se vider en public.

    Oui, beaucoup de gens, en particulier les djeunz sont “challengés” niveau orthographe. C’est un fait. Mais la plupart du temps, ce n’est pas une question de mémoire visuelle, mais tout simplement parce qu’ils ne lisent plus, et qu’ils s’en tapent, symptôme d’un déclin du niveau d’éducation. Certains écrivent tellement mal qu’ils en deviennent incompréhensibles. Abaisser les exigences en orthographe, ce n’est pas rendre service, c’est condamner un peu plus à l’exclusion sociale des gens qui ont déjà un lourd passif. C’est renoncer par ailleurs un peu plus à transmettre notre culture.

    Mais cela, M. de Closets qui ne doit pas beaucoup sortir du 6 ème arrondissement, s’en rend t-il compte ?

    Suivons l’argument de Closets : la bosse de l’orthographe serait physiologique, et donc à l’origine de discriminations. Un pas de plus, et des parents attaqueront en justice l’Educ Nat pour que l’on cesse de noter leur enfant “challengé” sur l’orthographe. A partir de là, tout est possible. Si l’orthographe n’est plus notée, elle ne sera plus enseignée ou étudiée avec sérieux, c’est une loi naturelle.

    Evidemment prétendre qu’il existe au niveau du lycée des discriminations fondées sur l’orthographe est aberrant au regard du taux de succès au BAC. Je pense que depuis longtemps l’orthographe n’est plus considérée comme sacrée par les enseignants. Où par ailleurs M. de Closet se contredit lui-même, en avançant l’argument du clavier “qui révolutionne la manière d’écrire”, c’est que les claviers ont justement des correcteurs orthographiques, corrigeant ainsi ce qui constitue à ses yeux une discrimination. J’ajoute que certains ont des problèmes de coordination ou de réflexes : faut-il arrêter d’enseigner le code de la route ?

    Comme tous les gens trop intelligents (sur le papier), M. de Closets oublie les lois de base de mère nature. C’est la contrainte qui fait progresser. L’absence de contrainte entraîne le déclin des organismes vivants.

    PS : je n’ai pas moi même la prétention de maîtriser l’orthographe.

    PS2 : les mauvaises langues disent que ce livre est une commande d’un certain Nicolas S., homme influent, qui ne supporterait pas ce qui le dépasse. Après avoir poursuivi de sa hargne la culture générale (princesse de clèves), c’est l’orthographe qui serait désormais dans son collimateur. (Finalement, ce serait peut être une bonne idée : jamais la princesse de clèves ne s’est jamais aussi bien vendue !)

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