La crise vue des Etats-Unis

reaganIl est 4h du matin et je suis actuellement en Californie dans le cadre d’un voyage d’études de l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie (liste des auditeurs). A l’heure ou les médias français annoncent que le nombre de demandeurs d’emplois a malheureusement de nouveau augmenté de manière spectaculaire, c’est pour moi l’occasion de prendre conscience de façon aigüe du caractère mondial de la crise et de la manière différente d’y réagir suivant les pays.

Ainsi, j’ai pu rencontrer des responsables et des professeurs de Berkeley et de Stanford, deux des universités les plus performantes mondialement. La vérité est évidente : il y a entre la France et les États-Unis une complémentarité. Ici, on ne trouve pas cet esprit critique systématique, prompt aux manifestations et aux grèves, mais avant tout de la positivité devant une situation grave, avec plus de 10% de chômeurs dans la Silicon Valley, c’est à dire un doublement en 6 mois, les américains ont dans leur esprit déjà tourné la page : ils sont, de fait, repartis.

C’est par exemple à Stanford toute une équipe qui travaille sur la voiture de demain, la voiture autonome. Autre complémentarité, celle qui a transparu dans le discours de William F. Miller, Professeur émérite à Stanford. Pour lui, la culture américaine récompense le risque et ne punit pas l’échec ; celui-ci est un apprentissage nécessaire et valorisant. En second lieu, l’ouverture dans la communication est essentielle, l’importance des contacts internationaux est primordial. En troisième lieu, il faut pratiquer l’interdisciplinarité et c’est dans la friction entre les différentes recherches que se situe la plupart des découvertes. Enfin, il faut des leaders à la tête de chaque action car ce sont eux qui impriment la volonté et l’investissement personnel nécessaires. Évidemment, cela ne correspond guère à notre état d’esprit.

En revanche, la pensée américaine telle qu’elle s’exprime manque souvent de clarté et de cohérence. Elle pratique l’empirisme, comme l’a dit un responsable du think-thank, Institute fort the Future, ils aiment le « fouilli-créateur ». De ce point de vue, la pensée française claire et rigoureuse, cartésienne en un mot, me parait un complément indispensable.

J’ai pris connaissance du discours de Nicolas SARKOZY prononcé hier soir à Saint-Quentin, chez Xavier BERTRAND. Il m’a paru faire une bonne synthèse de ces mentalités. Pragmatisme et positivité, avec également la capacité à fixer des priorités claires. Il a enfin abandonné -pour le moment- les sujets sociétaux incongrus comme le problème des beaux-parents (rappelez-vous celui-ci devait être examiné à l’origine fin mars or le Parlement se trouve être totalement embouteillé) pour en revenir au triptyque conservateur : liberté, responsabilité et sécurité. Et oui, il faut que la morale s’impose à l’économie parce que celle-ci n’est rien sans le civisme. Sur la première page du Two-days in USA apparait la photo de l’Oncle Sam avec le slogan « I Want you to invest » mais les priorités de ces investissements sont la santé et l’énergie.

Ce qui prouve que les américains sont capables de préserver l’essentiel tout en modifiant les objectifs.

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11 commentaires

  1. L WORD - 25 mars 2009 22 h 19 min

    Quelle chance vous avez d’aller à Stanford! vous citez régulièrement ce grand philosophe de René Girard et il est grand malgré l’ostracisme imbécile des « élites » de notre pays!
    Certes, je ne suis pas grande philosophe, mon entendement reste limité mais j’ai commencé à lire le plus « simple » de ses ouvrages (Je vois Satan tomber comme l’éclair) et c’est tellement limpide les vérités dérangeantes qu’il énonce sur le mal! bien sûr, vous le citez notamment par rapport à nous les homos, un groupe tellement hétéroclite mais sur le reste, je le préfère de loin à un philosophe hyper subjectif jusqu’au ridicule…Michel Onfray.

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  2. seb - 25 mars 2009 23 h 26 min

    Bon, première chose : bon voyage ! Je suppose que vous avez pris un vol Air France (gratuit pour les députés) pour vous y rendre…Et que notre ambassadeur vous a reçu avec toute la diligence et le respect qu’on peut attendre de lui, à votre égard. (Peut être même avez vous été reçu par le gouverneur de la Californie…Qui sait !)

    Je partage votre avis sur un point : les USA sont déjà tournés vers l’avenir…Quand notre France reste, malheureusement, à faire du sur place.

    En revanche, j’y vois deux raisons à cela :

    1. Barack Obama a compris que nous étions dans une période difficile…Nicolas Sarkozy, et ses homologues européens, à l’évidence…Non !

    En arrivant à la tête de son pays, Monsieur Obama a tout de suite demandé à son Administration, à son Gouvernement, ainsi qu’au Congrès…De faire preuve d’exemplarité.

    Je veux dire par là que Barack Obama a compris l’importance des symboles…Et ce n’est pas un hasard, à ce titre, si sa première lettre à un « Français » s’adressait à Monsieur Chirac, symbole de l’incarnation de la France lors de la guerre en Irak.

    Barack Obama a compris que ce sont les symboles, si je puis dire, qui font revenir la confiance.

    En France ? Monsieur Sarkozy, mise à part grogner (comme tout le monde, pour faire bien) sur le vilain patronat (effectivement stupide pour ce qui est du CAC 40…Mais ne mettons pas les 99% de patrons honnêtes et sérieux dans le même panier)…N’a accompli aucune symbolique.

    Par ex, sachant que son « salaire » (qui plus est augmenté de 273% !) c’est de l’argent de poche (le Président est nourri, logé, blanchi, etc. aux frais de la princesse) il aurait pu symboliquement l’abaisser…Pour montrer que « l’effort commun » est bien « commun » !

    De la même façon, le Gouvernement Fillon aurait pu renoncer au « parachute doré » qui permet à tout Ministre viré…D’obtenir…Une promotion ! (En redevenant député, sénateur, maire, etc.)…Et symboliquement, là encore…En exclure, par ailleurs, les députés européens Français (qui se voient ainsi offrir un privilège !)

    Ne parlons pas du Parlement français…Qui n’a rien trouvé de mieux que de cacher les gaspillages des Assemblées ! (Vous savez le fameux rapport demandé par Monsieur Accoyer, vite mis sous le tapis) Dans le même temps, aux USA…Le Congrès baissait ses propres rémunérations.

    Au niveau européen ? Les commissaires européens vont partir avec des parachutes dorés tout aussi immoraux que ceux des patrons du CAC 40. Chose d’autant plus désagréable que les commissaires européens sont censés être responsables…De la politique économique et financière de l’UE ! A quoi ont ils servi ? Récompense t on désormais l’incompétence ? Inversion des valeurs quand tu nous tiens…

    Rien d’étonnant, dès lors, que Barack Obama réussisse à redonner confiance à son Peuple…Quand Nicolas Sarkozy, et ses homologues européens…Eux…Dépriment les leurs !

    Je sais que je le dis souvent, mais les symboles sont primordiaux ! La France est bien placée pour le savoir !

    Regardez notre Histoire passé ou récente…C’est toujours la même chose :
    1) Un malheur s’abat sur la France…Et en général il ne vient pas tout seul. Ex : le traité de Troyes ; ex : la poignée de main à Montoire.
    2) La France avance vers le précipice. Ex : les Anglais sont prêts de faire tomber Orléans : ex : la France est « occupée » par l’ennemi et le « parti de l’étranger » (ex : comte de Bourgogne ; ex : régime de Vichy) « collabore ».
    3) MIRACLE ! Une lumière s’allume dans la belle France, l’espoir reprend. Ex : Jeanne d’Arc ; ex : le Général De Gaulle.
    4) La France se rétabli tant bien que mal. (Ex : Charles VII restaure l’unité du pays et MIRACLE la France redevient (en peu de temps en plus pour un pays à ce point affaibli) une grande puissance ! ; ex : Charles De Gaulle restaure l’unité du pays et MIRACLE la France retrouve de son allant !)

    Donnez aux Français des « signes »…Et comme aux USA, comme jadis…Notre belle France pourra de nouveau s’unir…Pour reprendre un morale de championne !

    2. Barack Obama sait qu’il est Président des USA…Nicolas Sarkozy ne comprend pas qu’il a gagné l’élection présidentielle depuis maintenant deux ans…

    Barack Obama se conduit en véritable Président. Je veux dire par là qu’il a UNI le pays DERRIERE LUI. Monsieur Sarkozy en est encore à critiquer « l’opposition » et à expliquer qu’il voudrait bien se représenter en 2012 ! (Est ce l’attitude qu’on peut attendre d’un Président qui nous dit être face à la « crise du siècle » ?)

    Barack Obama est aussi un Président dans un sens plus profond encore : il est un Chef d’Etat. Nicolas Sarkozy est…Et demeure…Un chef de parti. Si l »on peut se mobiliser pour le pays…Qui voudrait mourir pour un parti ? Si l’on peut s’engager pour les USA comme pour la France…Qui peut vouloir aider l’UMP ?

    D’ailleurs, les différences se voient tout de suite :

    Quel Président, conscient des difficultés de son pays, accepterait qu’une bonne moisson de ses Ministres…Partent en campagne électorale (européenne ou régionale !)…Quand de toute évidence (nous traversons « la crise du siècle » n’est ce pas ?) le pays est en danger ? Nécessite une attention non pas partielle…Mais totale ?

    Vous dites que l’esprit n’est pas le même aux USA et en France ? Certes…Le Gouvernement de Obama est aussi moins méprisant envers les citoyens, que ne l’est celui de Monsieur Fillon.

    Jamais vous ne verrez aux USA, un Ministre de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur…Laisser à l’abandon son Ministère, laisser en plan ses dossiers alors que ceux dont elle a la charge lui demande écoute et débat…Pour aller courir la campagne ! (électorale)

    Jamais vous ne verriez, non plus, un Ministre des Relations avec le Parlement…Fuir ses responsabilités (et celà au moment même où de toute évidence, sa présence est nécessaire ! Le Parlement n’est il pas entrain de réécrire son Réglement ? Monsieur Karoutchi n’est il donc pas censé jouer les intermédiaires ?)

    De la même manière, le Ministre de l’Agriculture, et de la Justice…Ne mettraient pas, aux USA, leurs ambitions personnelles…Avant la tâche qui leur a été confié : prendre soin du pays.

    Or…Que fait Monsieur Barnier ? Il accepte qu’on solde la viticulture française pour plaire (soit disant) aux Chinois ! (Mais rassurons nous, le même est prêt à retourner sa veste pour les élections européennes (revirement de sa parole). Gageons qu’il le fera encore, une fois commissaire européen…A l’agriculture !)

    Quant à Mme Dati…Toute son attention est désormais concentré sur la ville où elle est maire, et sa candidature au niveau européen n’est qu’une contrainte qui lui a été imposé par le Président.

    Quel Gouvernement sérieux, affrontant la « crise du siècle » pourrait sincèrement avoir le temps de penser « boutique » et élection ? Aucun. Et vous demandez aux Français de positiver alors que le Gouvernement (qui appelle les Français aux efforts et aux sacrifices) n’a ni conscience de la crise (n’est elle pas « imaginée » par le peuple ignare, pour Alain Minc grand ami de vous savez qui) ni conscience que les citoyens l’observent ? Et s’étonnent, et comparent…Cette frivolité avec le sérieux de l’équipe Obama ?

    Comment avoir le moral quand rien ne permet de « positiver » ? Faut il « positiver » parce que Monsieur Sarkozy « a toujours rêvé d’être Président de la République » ? Ou doit on déprimer encore plus que ce genre de considérations puissent agiter l’esprit d’un homme qui devrait au contraire penser à la France, non en tant que conquête électorale…Mais en temps que personne, en tant que pays, en temps que bien commun…Dont il faut nécessairement prendre soin.

    Monsieur Sarkozy est un excellent candidat à l’élection présidentielle. C’est un très bon communicant. Mais de même qu’on ne devient pas « roi » simplement par l’attribution d’une couronne ou d’un sacre…On ne peut être Président, si l’on ne fait pas l’effort de vouloir l’être.

    Quand Monsieur Sarkozy arrêtera de rejeter la France, lorsqu’il cessera de la repousser, quand il comprendra que tout droit s’accompagne de devoir, y compris pour le Président de la République, alors oui…Ses discours (écris par Monsieur Gaino) pourront trouver un écho auprès des Français.

    Il ne suffit pas de stigmatiser la légèreté, sinon l’inconséquence des grands patrons. Il faut agir pour montrer l’ex.

    Louis XVI demandait à sa noblesse de montrer l’ex…Mais lui même ne savait pas dire « non » à Marie Antoinette ou à ses frères. Comment voulez vous que des patrons qui voient le Président s’afficher avec des montres à 45000 euros l’une, circuler en jet privé au lien de prendre (serait ce si dégradant ?) le train ou la compagnie Air France (les deux gratuits pour les élus), dépenser sinon gaspiller l’argent public par les fenêtres…Puissent eux, être moralement irréprochables ?

    C’est impossible ! Le « la » c’est au sommet de le donner. Or…Comme vous le savez sans doute, si la tête est pourrie…Comment le corps ne le serait il pas ?

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  3. Têtuniçois - 25 mars 2009 23 h 31 min

    Comment vous allez en Californie ?! Vous allez vous pervertir dans l’Etat américain qui compte le plus d’homosexuels .
    Etes-vous allé à Castro ? J’imagine votre tête en tombant par hasard sur la gay pride de San Francisco …
    Et que dire de Berkeley campus où j’ai été étudiant et où j’ai fréquenté une association d’étudiants gays .
    Vos valeurs sont à l’opposé complète de celle du campus de Berkeley .

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  4. Equipe CV - 26 mars 2009 0 h 34 min

    @ LWord : pourquoi vous sentez-vous de trop sur ce site ? Tout le monde y est admis et vos interventions sont appréciées de tous ! Particulièrement lorsque vous citez l’excellent René Girard et l’un de ses meilleurs ouvrage et je vois Satan tomber comme l’éclair… De grâce restez parmi nous ! Très bonne nuit !

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  5. L WORD - 26 mars 2009 9 h 17 min

    Merci ça me réchauffe le coeur, j’en ai bien besoin actuellement.

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  6. seb - 26 mars 2009 12 h 16 min

    Quand je dis que le Gouvernement (et le Parlement, qui va sans aucun doute agréer à cette dépense somptuaire) n’a pas conscience que le pays est en crise !

    http://www.20minutes.fr/article/314693/France-Sarkozy-tient-a-ce-que-Johnny-allume-le-feu-le-14-Juillet.php

    De quoi remotiver les manifestants (visiblement il y a de l’argent dans les caisses publiques!) et relancer le débat sur le fameux bouclier fiscal (s’il sert à faire en sorte que les « riches » restent chez nous…Pourquoi Johnny habite t il en Suisse ?)

    http://www.lepoint.fr/actualites-societe/exclusif-sarkozy-impose-johnny-pour-le-concert-du-14-juillet/920/0/328809

    Décidemment, le Président est de plus en plus indigne de sa charge !

    Pourquoi ne pas aussi relancer les « Plaisirs de l’Ile Enchantée » en l’honneur de Carla tant qu’il y est ?

    Pendant ce temps là, Obama diminue son salaire !

    Quand je vous dis qu’on va droit vers le Directoire, peut être même en pire !

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  7. Needflee - 26 mars 2009 12 h 23 min

    M Vanneste, j’avais corresp[ondu avec vous par e-mail au courant de l’année dernière et j’aimerais reprendre cette correspondance sauf que je ne recois pas de réponse de votre part. Avez vous changé d’e-mail ? Merci de me recontacter sur mon adresse (enregistrée avec le commentaire)

    Répondre
  8. seb - 27 mars 2009 10 h 14 min

    Encore un coup de comm gouvernementale pour vendre du vent !!! Merci Malakine !

    Voici un superbe article qui relève la mystification du Gouvernement, et le fait qu’on prend vraiment les citoyens pour des idiots !!! Au contraire…Une fois de plus…D’Obama, qui au moins a le mérite de respecter ses compatriotes lui !

    « Réglementer la rémunération des dirigeants des entreprises aidées : une mystification !

    Face à l’intransigeance du MEDEF, le gouvernement a annoncé qu’il allait, dès la semaine prochaine, encadrer les rémunérations des dirigeants des entreprises aidées par l’Etat pour interdire notamment les stocks options et les les bonus. Enfin ! diront certainement la plupart des commentateurs, citant en exemple Saint-Obama, qui lui a pris une telle décision depuis belle lurette.

    Et pourtant cette décision, si elle se confirme, serait proprement scandaleuse ! Il s’agirait d’une mesure cosmétique et démagogique, destinée à calmer la colère du peuple, sans pour autant ne rien changer au système. Car, dans le même temps, le gouvernement est fermement décidé à laisser jouer les lois du marché pour les entreprises profitables.

    Nicolas Sarkozy dans son discours de Saint-Quentin a bien annoncé une réglementation de la rémunération des dirigeants dans le cadre d’une future loi sur le partage des profits qui devrait être présentée au parlement à l’automne. Pourtant des indices très clairs nous laissent à penser qu’il ne s’agit là que d’une promesse en l’air de plus.

    La loi sur la rémunération des dirigeants n’est pas à l’ordre du jour

    Ainsi que le rapporte Slovar, Patrick Devedjian a prôné la plus totale liberté pour les entreprises dans lesquelles l’Etat n’intervient pas : « L’État n’a pas non plus vocation à fixer tous les salaires du pays. Nous sommes dans un pays de liberté », a-t-il déclaré, ne trouvant par exemple « pas choquant » les bonus accordés aux dirigeants du groupe GDF-Suez . « C’est une rémunération très confortable. Cela dit, l’État n’a pas mis d’argent, et c’est une entreprise qui en gagne, et qui embauche »

    Henri Guaino, n’a pas tenu des propos bien différent hier sur France Inter, renvoyant la perspective de règlementation de la rémunération des dirigeants au grand débat mondial sur la réforme du capitalisme financier, le problème ne pouvant pas selon lui « être posé uniquement au niveau national, mais dans un cadre beaucoup plus large ».

    Dans l’immédiat, l’effort de l’Etat va donc se concentrer sur les entreprises qui ont bénéficié des aides de l’Etat. Et tout le monde trouve ça normal ! Comme si les pratiques y étaient plus choquantes, comme si l’Etat avait besoin de cette légitimité pour intervenir …

    Cette idée pernicieuse, d’essence profondément libérale, de la conditionnalité des aides a pollué tous les esprits, y compris les plus contestataires.

    Il s’agit de poser quelques exigences en contrepartie d’une aide publique. C’est quelque chose qui se pratique habituellement dans les collectivités locales : On pose des conditions à l’attribution d’une subvention, lesquelles sont transcrites dans des conventions et le cas échéant, on ajuste le montant de l’aide au regard de l’exécution du projet, au prorata des investissements réalisés ou des emplois crées.

    La puissance publique n’agit pas par contrat

    En revanche, cette technique appliquée à l’Etat est aberrante, car au contraire des collectivités, l’Etat dispose du pouvoir normatif. Il n’a aucunement besoin d’accorder des aides pour imposer des règles. Est-ce qu’on exige de l’Etat qu’il subventionne les automobilistes pour leur imposer des limitations de vitesse ? Conditionner la légitimité de l’Etat à poser des règles à son intervention financière revient à le rabaisser au niveau d’acteur privé, d’un vulgaire banquier. L’Etat, c’est la puissance publique. Il ne régule pas les phénomènes sociaux par des contrats bilatéraux, mais par la Loi.

    En outre, il ne s’agit pas de s’assurer de la bonne exécution d’un projet dont on a voulu inciter la réalisation et aidé au financement. Il s’agit de modifier substantiellement les règles de fonctionnement de l’entreprise.

    Aider n’est pas nationaliser

    Le fait d’accorder des aides à une entreprise, même pour la sauver et quand bien même l’intervention se manifesterait par prise de participation, ne fait pas d’elle pour autant un service public ou une administration. Il s’agira toujours d’une entreprise qui évolue dans un monde concurrentiel avec les mêmes règles du jeu que ses homologues.

    Si l’Etat prétend plafonner les rémunérations des dirigeants ou interdire les stocks options, pourquoi s’arrêter en si bon chemin et ne pas en profiter pour interdire les licenciements, prescrire des embauches, relocaliser les activités ou augmenter les salaires ? S’il s’engage dans cette voie, de telles revendications ne tarderont pas à s’exprimer et il sera bien en peine d’expliquer qu’il peut modifier par contrat les règles de rémunération des dirigeants, mais pas celles de l’ensemble du personnel ou les décisions stratégiques de l’entreprise.

    Ou est le principe d’égalité ?

    Il convient ensuite de déterminer si les obligations exigées en contrepartie de l’aide constituent une forme de soutien ou un handicap que l’on inflige à l’entreprise.

    On peut en effet considérer que la limitation des rémunérations portera préjudice à l’entreprise car elle aura pour effet de démotiver son management et l’inciter à partir vers des entreprises plus rémunératrices. Quel sens cela aurait-il de pénaliser une entreprise que l’on prétend aider ?

    Mais on peut aussi considérer que la limitation des rémunérations aidera l’entreprise à se développer en préservant ses ressources pour les salaires, les actionnaires ou l’investissement. Mais alors, dans ce cas, pourquoi donc ne pas imposer cette règle de bonne gestion à l’ensemble du tissu économique ?

    Toutes les entreprises sont « aidées » !

    Enfin quel est ce concept curieux « d’entreprise aidée » ?? Toutes les entreprises sont aidées d’une manière ou d’une autre, directement par les exonérations de charges sur les bas salaires, les crédits d’impôts divers et variés, ou indirectement par les conditions favorables que la collectivité créé pour son développement : La formation de ses salariés, les infrastructures, les services publics dont elle peut bénéficier… Une entreprise n’est pas une abstraction qui vivrait hors sol dans une concurrence mondiale éthérée. C’est un système productif en interaction étroite avec son environnement socio-économique.

    Une mystification !

    Fondamentalement, ce qui est choquant, ce n’est pas que les bonus soient financés par des fonds publics. Les sur-rémunérations sont de toute manière prélevées sur des victimes innocentes, salariés ou clients. Elles sont choquantes en elles mêmes, parce qu’elle s’assimile à du vol ou de la prédation, parce qu’elles sont totalement déconnectées de l’activité de l’entreprise, parce qu’elles s’assimilent d’avantage à par une rente de situation qu’à une rémunération d’un travail.

    La conditionnalité des aides d’Etat est donc le type même de la fausse bonne idée, dangereuse sur le plan théorique comme inopérante pratique. Elle n’a surgit dans le débat que pour calmer l’émotion d’une opinion publique traumatisée par le désastre de la crise et choquée de constater que ceux qui devaient en assumer la responsabilité continuaient à mener grand train, comme si de rien n’était.

    Croire que l’on va s’attaquer aux excès du capitalisme financier ou apprendre le sens de la plus élémentaire morale à ses dirigeants en leur demandant de bien vouloir prendre quelques engagements en contrepartie des aides que l’Etat leur a accordé, relève de la pure mystification. Il ne s’agit pas d’une mesure de régulation ou de moralisation, mais une simple mesure de gestion de l’émotion publique. »

    Pitoyable Gouvernement ! Et pendant ce temps là, à « Bruxelles » on se distribue les places et les bonus !

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