LE PHILOSOPHE, LE SOCIOLOGUE, LE MILITANT ET LE TRAÎTRE

Échec à Tourcoing dès le 1er tour. Vague rose nationale amplifiée au 2ème tour. Il aurait fallu un miracle pour qu’une ville de près de 100 000 habitants au sein d’une agglomération vote à l’encontre du courant national, et de sa sociologie, en privilégiant les enjeux locaux. Elle n’a fait qu’anticiper en raison de la présence d’une seule liste à gauche. La liste que je conduisais a néanmoins réalisé le meilleur score de l’UMP dans l’opposition municipale, beaucoup mieux qu’à Lille ou Roubaix. Simplement, la marée de la droite populaire, celle du travail et de la sécurité que Nicolas Sarkozy avait su incarner, s’est retirée. Avec un recul moindre, Halluin, la seconde ville de ma circonscription qui avait voté plus à droite que Tourcoing en mai et juin, pouvait basculer. Je mesure combien la faiblesse de la marge tourquennoise rendait l’enjeu difficile faute de sensibiliser les électeurs à des questions purement locales.

Les électeurs plus âgés, forts de leur expérience et éclairés par les valeurs du long terme sont restés fidèles à leur choix de 2007. Les « zappeurs », les « extro déterminés » de la Foule Solitaire de David Riesman ont réagi par l’abstention et le basculement, en moins d’un an, aux bourdes présidentielles, dont la plus grave est d’avoir laissé filer le débat du travail au pouvoir d’achat. Le chômage baisse. Des emplois sont créés mais le pouvoir d’achat ne se décrète pas. Il ne peut être que la conséquence du travail des français, de leur productivité, de la compétitivité et de l’attractivité de notre pays. Encore fallait-il le dire et le répéter au lieu de s’enliser sur la question du pouvoir d’achat.

À Tourcoing, les deux principaux candidats étaient, l’un sociologue et l’autre philosophe. Les arguments rationnels du philosophe sur l’intérêt d’un Député Maire ou du basculement de la Communauté Urbaine pour Tourcoing n’ont eu aucun effet. Ses propositions très concrètes pour la sécurité ou l’économie comme la vidéosurveillance ou l’aménagement de la zone de la gare de marchandises n’ont pas été entendues. Sa critique de la gestion municipale et de l’urbanisme fiscal contraire à l’équilibre et à l’environnement, qui en est la conséquence, est restée inaudible.

Le sociologue a défini des cibles électorales et leur a décoché des slogans stimuli. Ces flèches portées par le vent national et une presse complaisante ont touché quelques cibles, mais pas au point de mobiliser un électeur sur quatre. Les jeunes : Vanneste est contre la culture. Il a censuré la médiathèque et a voulu supprimer le Grand Mix. Les Bobos : Vanneste est un extrémiste intolérant. L’électorat populaire : doublement de la police municipale, 5000 emplois, 3000 logements etc. Les arguments du candidat philosophe étaient plus construits et plus responsables. L’accent a été mis sur les propositions plus que sur les critiques. Le programme était cohérent et réaliste, étayé de nombreux exemples tirés d’autres villes. La liste était équilibrée et représentative, assez jeune. Ni son projet, ni sa composition n’en faisaient une liste extrémiste contrairement aux slogans de l’ancien Maire, complaisamment cités par la presse. Nos propositions passaient assez bien dans les cercles restreints des réunions publiques et privées. Elles n’ont manifestement pas touché le grand public, que la télévision nationale détermine plus qu’une presse locale de moins en moins lue, pour ne rien dire des tracts et du porte à porte au long cours mené pendant près de deux ans. Au moins restera-t-il de cette campagne le sentiment de la fraternité et du dévouement collectif de très nombreux militants pleins d’enthousiasme.

La sociologie a donc gagné à court terme, mais la philosophie se situe sur le long terme. C’est la raison pour laquelle elle sait, elle que la gauche de la démagogie et du laxisme, de la destruction de la famille condamne notre société à mort comme la droite idéologique en incarne la résilience. La révolution conservatrice qui s’est propagée comme une onde dans le monde à partir du redressement national opéré par M. Thatcher n’a jamais vraiment atteint la France. C’est la raison de ses médiocres performances. Le vote des français est de ce point de vue un contre-sens, qui va affaiblir notre pays puisqu’il va permettre à de nouvelles collectivités territoriales de contrarier la nécessaire baisse de la dépense publique et des prélèvements obligatoires. Mais cela est trop compliqué pour les journalistes télévisuels plus soucieux de petites phrases, de dérapages verbaux, et fascinés par les non-événements de Dallas sur Seine.

Un mot donc sur le militant. Pas le vrai, non. Celui qui s’avance sous le masque du plumitif qui veut faire croire qu’il est journaliste alors qu’il n’est que la carte dans la manche gauche de l’adversaire.

Cela commence par des mots qu’on laisse passer dans un sens alors qu’on les censurerait dans l’autre : « personnage », « controversés », « sulfureux », « délinquant ».

Cela continue avec des questions qui sont comme par hasard celles que souhaite entendre l’adversaire : Allez-vous faire alliance avec le Front National demande-t-on à un candidat qui ne l’a jamais fait. On ne rappelle pas ce point, de même qu’on oublie d’interroger l’autre candidat sur son alliance avec le Parti Communiste. Cela ne manque pas de saveur à l’heure où l’une des dernières dictatures communistes avec la Corée du Nord, Cuba et le Vietnam réprime les tibétains. Faut-il rappeler que ceux qui se réclament d’un parti qui fut associé à l’une des pires entreprises totalitaires du XXème siècle siègent dans la majorité municipale ?

Autre question téléphonée : « Vous n’aviez pas l’investiture de l’UMP aux législatives, maintenant vous l’avez. Comment expliquez-vous cela ? » Il s’agit simplement de rappeler à mes électeurs potentiels que j’ai été condamné pour des propos homophobes. L’un des animateurs d’une émission d’information très importante au plan national, le Grand Jury RTL Le Monde ne manque pas une occasion de passer le message. Le « journalisme » condamne donc aujourd’hui le délit d’opinion avant même que la Cour de Cassation en ait décidé. Je ne crois pas qu’un tel comportement si contraire à l’histoire de cette profession soit digne d’elle.

Certaines questions, comme celle sur le Grand Mix, sont manifestement téléphonées. L’adversaire a même la référence prête pour contrer la réponse…

Enfin, la diffamation : Le Monde n’hésite pas à prétendre que j’aurais pratiqué la censure à la Médiathèque de Tourcoing lorsque j’étais adjoint. D’abord, c’est moi qui ai créé la Médiathèque et le directeur de celle-ci qui vient de prendre sa retraite dément formellement ces allégations. Le journal est obligé de publier un démenti. Mais cette expérience est intéressante. Lorsque la partie adverse veut faire passer un message, elle y parvient sans qu’il y ait de vérification. Que j’ai créé la Médiathèque, personne ne le dit. Que j’ai censuré, on l’écrit aussitôt sans la moindre preuve. Si un tel procédé avait été mis en œuvre contre mon adversaire, j’imagine l’indignation de la presse locale. Dans ce cas précis, silence.

Reste le dérisoire pour finir. Pour parfaire la caricature, il fallait un faux témoin tellement contrarié par mon « extrémisme » qu’il ne pouvait que rejoindre la gauche pour le second tour, mais sans le dire avant le premier afin de me prendre le maximum de voix. Dans le rôle du traître, de la carte dans la manche droite, un acteur sur le retour habitué aux seconds rôles, et qui dans les batailles fratricides qu’il a menées contre son propre camp n’aura décidément jamais passé le cap du 1er tour depuis 1973, et notamment en s’opposant à Monsieur Delnatte en 1985. Ce combat inutile a été pour beaucoup dans notre échec de 1989. Mais un tel comportement, celui du centrisme alimentaire et politicien, ne trahit pas la droite, mais la politique, et justifie malheureusement la bouderie des électeurs.

J’ai quant à moi, mis à profit cette semaine pour respirer un peu d’air pur loin de ce genre de personnages. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire le « Gandhi » de Jacques Attali, ce Gandhi auquel Maurice Schumann a consacré une partie de son essai « La Mort née de leur propre vie ». Gandhi profondément conservateur et religieux, et profondément humaniste et libérateur, parce qu’il mettait la Morale au-dessus de la Politique et faisait de la Force de la Vérité, le premier des devoirs et la première des valeurs.

12 commentaires

  1. Ticetac - 17 mars 2008 19 h 38 min

    Pas mal ! Joli même ! Quand on connaît les arcanes de la politique tourquennoise, on ne peut qu’être d’accord avec cette si fine analyse…
    Quant au félon journaliste, ses articles de presse étaient si peu objectifs qu’il ne doit guère avoir la conscience tranquile.
    Avec toute ma cordiale sympathie

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  2. Dalma - 17 mars 2008 22 h 01 min

    « C’est la raison pour laquelle elle sait, elle que la gauche de la démagogie et du laxisme, de la destruction de la famille condamne notre société à mort comme la droite idéologique en incarne la résilience. »

    Parler de laxisme pendant qu’une commission planche sur la dépénalisation des criminels en col blanc, parler de destruction de la famille quand on envisage la généralisation du travail dominical… Tout est affaire de point de vue, n’est-ce pas ?

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  3. Charly - 17 mars 2008 22 h 22 min

    « Un mot donc sur le militant. Pas le vrai, non. Celui qui s’avance sous le masque du plumitif qui veut faire croire qu’il est journaliste alors qu’il n’est que la carte dans la manche gauche de l’adversaire. »

    Je ne vois pas qui cela pourrait viser… hum hum…!!
    Je suis bien évidemment d’accord avec ticetac !

    Sinon excellent post que je partage complètement.

    Charly

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  4. Le conservateur - 18 mars 2008 0 h 27 min

    Cher Monsieur Vanneste,

    Je vous rejoins tout à fait.

    Une partie de la droite se refuse à utiliser les même armes que la gauche, les « bombes sales » de la diffamation, du mensonge gras et éhonté (comme le plan de rigueur en 2008 ou la TVA sociale en 2007). La gauche, pour sa part, n’a pas cette délicatesse. Déséquilibre renforcé par la démocratie médiatique dans laquelle nous vivons, qui parfois pourrait donner légitimement raison aux détracteurs de la démocratie.

    La sociologie est la grande arme de la gauche depuis plusieurs décennies. Aux Etats-Unis le mouvement est flagrant : le parti démocrate insiste systématiquement sur les différences, les discriminations, les vieilles rancoeurs : il encourage les afro-américains à se sentir rejetés – c’est le rôle d’un vieux routier comme Jesse Jackson qui parcourt les routes en affirmant que le Parti Républicain est raciste. Ou bien il courtise les homosexuels en inventant des revendications particulières – et l’on peut même se demander dans quelle mesure le Parti Démocrate lui même n’est pas à l’origine du concept de « communauté gay » aujourd’hui « mondialisé ». Dans la campagne de 2008, la couleur d’Obama et le sexe d’Hillary semblent les principaux arguments électoraux avec la guerre en Irak. En France, le même mouvement de fonds est à l’oeuvre. On isole les individus dans des boites, et comme vous l’avez montré, on traite chacun avec quelques douceurs, ou bien l’on invente carrément une fable relayée par les médias. Comment expliquer autrement que Mme Royal ait récolté 90% des voix musulmanes en 2007 ?

    Tout cela constitue évidemment un grave danger pour la démocratie, car cette stratégie suppose d’entretenir en permanence ce qui oppose les citoyens, plutôt que ce qui les rapproche. On n’est pas citoyen français, mais blanc catholique hétéro citadin, ou bien jeune fonctionnaire homosexuel. C’est la guerre de tous contre tous, dans le cadre apparemment feutré de la démocratie, jusqu’à ce que …

    M’est avis que la droite n’a pas encore trouvé la réponse à ce travail de sape de la gauche. La balkanisation, la communautarisation ont de beaux jours devant elles. Je crains même que la droite, à défaut d’y répondre, n’encourage le mouvement, par exemple au travers de sa soumission à la parité obligatiore (non comme objectif philosophique louable mais comme contrainte légale) ou à la « diversité spectacle ». Descendante des contre-révolutionnaires (pour une part), c’est à la droite qu’est dévolue la mission de réaffirmer l’égalité des citoyens, et le bien commun comme supérieur aux intérêts particuliers. Faux paradoxe, car ces thèmes nourrissent la réflexion des libéraux-conservateurs depuis au moins le XVII ème siècle, il me semble.

    (Je vais poster cette opinion sur mon site également)

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  5. Christian Vanneste - 18 mars 2008 11 h 08 min

    En effet… Dimanche, j’étais effaré d’entendre à la radio que le bloggeur (???) Grébert (?) qui s’était présenté à Puteaux se revendiquait comme candidat « gay » ! Le communautarisme a de beaux jours devant lui. Hélas Il nous faut agir tant qu’il est encore temps pour l’Intérêt général et la Politique en règle générale.

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  6. Etienne - 18 mars 2008 12 h 05 min

    Les politiques ne devraient agir que dans l’intérêt général. Or quid aujourd’hui de celui-ci ou tout le monde se réclame et se vit selon son propre petit intérêt.
    Quant à l’Europe : que penser de ce déni de démocratie lorsque le peupe vote majoritairement non mais que ses élus votent oui derrière son dos.

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  7. Yann - 23 mars 2008 2 h 09 min

    Très rare de lire un représentant du Peuple répondre à ses lecteurs. Je suis sympathisant FN mais je sais reconnaitre les hommes de valeur comme vous ou Jacques Myard. L’UMP est un parti socialiste, immigrationniste et mondialiste, je ne comprends pas qu’un Patriote puisse se complaire dans ce marécage puant, sinon pour se faire élire. Néanmoins bonne chance pour vos prochains combats que nous souhaitons victorieux.

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  8. Christian Vanneste - 24 mars 2008 17 h 32 min

    Monsieur,
    Merci pour votre message. Militant puis élu gaulliste, j’ai toute ma vie essayé de me battre pour la pérennité de la Nation, l’épanouissement de la Famille et la Liberté. Ces trois objectifs sont inscrits dans les statuts de l’UMP que j’ai rejoins dès 2002. Je me suis depuis inscrit au CNI (dont je suis le vice-président) qui correspond mieux à ces valeurs. C’est un combat et il n’est pas aisé.
    Bien à vous

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  9. harakiri26 - 27 mars 2008 8 h 41 min

    Tiens je n’avais pas vu que les commentaires étaient de nouveau possibles … ou bien ils sont allègrement filtrés.

    J’ai vu que RDDV avait aussi pris une casquette à Tours. Je ne serai pas naïf au point que croire que c’est la loi funeste DADVSI qui est à l’origine que vos échecs. Mais disons que ce matin j’ai le sourire (je sais, je traîne pour réagir).

    Je suis arrivé sur vos sites et blogs suite à la loi DADVSI. J’en repartirai sur vos échecs électoraux. Il y aurait encore à ferrailler sur votre homophobie … Mais je vous rassure, vu la tendance actuelle à droite, vous êtes dans une honnête moyenne. C’est désespérant mais c’est comme ça.

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  10. Equipe CV - 27 mars 2008 11 h 13 min

    Jamais pour vous !
    Vous seriez en effet naif de croire que c’est cette loi… Pour ce qui est des échecs de CV : nous vous faisons juste remarquer qu’il a été élu avec plus de voix que Nicolas Sarkozy en juin dernier dans sa circonscription, et qu’il n’était pas maire sortant. Il n’a donc rien perdu…
    Quant à la droite, nous sommes enchantés que cela vous déplaise et comme vous le dites si bien « c’est comme ça »…
    Cordialement

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  11. therese - 27 mars 2008 22 h 23 min

    Nous avons perdus mais nous avons fait une campagne propre et sans mensonges et c’est ce qu’il y a de plus important!Christian n’a rien à se reprocher nous sommes tous trés fier de lui!Merci Christian pour tout
    Amitiés

    Thérèse

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  12. Christian Vanneste - 28 mars 2008 2 h 04 min

    Merci beaucoup chère Thérèse !
    Bien cordialement

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